Le financement de la Défense est assuré malgré le déficit, dit le ministre Sajjan

OTTAWA — Le ministre de la Défense affirme que des dépenses de plusieurs centaines de milliards de dollars prévues pour l’armée au cours des deux prochaines décennies sont «assurées», malgré le déficit fédéral grandissant face à la crise de la COVID-19.

Les différents acteurs du milieu de la défense craignent de plus en plus que le gouvernement libéral décide de réduire le budget de l’armée pour freiner ce qui devrait être un déficit de 343 milliards $ cette année seulement, alors que le gouvernement continue de dépenser pour aider les Canadiens à faire face aux conséquences de la pandémie.

Ces craintes émanent de l’expérience du passé: les Forces armées canadiennes ont été touchées par de profondes compressions lorsque Ottawa a eu du mal à équilibrer ses comptes au cours des années 1990, puis de nouveau au début des années 2010, après le dernier ralentissement économique.

Mais le ministre Harjit Sajjan assure que le gouvernement n’a pas l’intention d’abandonner sa stratégie de défense, dévoilée en 2017 et connue sous le nom de «Protection, Sécurité, Engagement» (PSE), qui prévoyait des dépenses de 553 milliards $ sur 20 ans. Une grande partie de cette somme doit permettre d’acheter de nouveaux équipements tels que des avions de combat et des navires de guerre.

«Nous n’allons pas simplement prendre une décision irréfléchie sur ce que nous voulons pour notre avenir», a déclaré M. Sajjan dans une entrevue accordée à La Presse Canadienne en marge de la retraite du cabinet fédéral cette semaine.

«Nous allons faire une analyse très approfondie, tout comme nous l’avons fait dans le passé, établir un bon dossier à ce sujet et ensuite prendre une décision sur où nous voulons aller. Mais le financement (de la stratégie PSE) est assuré. Nous poursuivons les investissements.»

M. Sajjan a soutenu que la pandémie actuelle, ainsi que le nombre croissant de catastrophes naturelles au Canada ces dernières années et l’instabilité croissante à l’étranger, soulignent plus que jamais la nécessité de disposer d’une armée forte.

Un investissement dans l’économie

Il a estimé que l’argent dépensé pour les Forces armées canadiennes devrait être considéré comme un investissement dans l’armée et dans l’économie, compte tenu des avantages industriels associés à la construction de nouveaux navires, véhicules blindés et aéronefs.

«Si vous regardez simplement notre stratégie nationale de construction navale, nous savons que dollar pour dollar, cet argent va dans notre économie», a-t-il souligné, ajoutant que cela mènerait à la création d’emplois dans tout le pays.

Le ministre a toutefois laissé entendre qu’il pourrait y avoir des «ajustements» dans le plan de défense du gouvernement libéral. Il n’a pas donné de détails, mais a indiqué que le gouvernement avait cherché des moyens d’accélérer les dépenses militaires pendant la pandémie en raison des bénéfices économiques que cela pouvait entraîner.

Il reste par ailleurs des inconnues à l’horizon, notamment une étude menée par le directeur parlementaire du budget qui doit déterminer si les 60 milliards $ réservés à 15 nouveaux navires de guerre pour la marine suffiront, ou pas.

Les libéraux doivent également se prononcer sur un plan de remplacement de la chaîne de radars dans l’Arctique utilisée pour détecter les menaces aéroportées approchant de l’Amérique du Nord. Les commandants militaires ont déclaré qu’ils étaient obsolètes et que leur remplacement coûterait probablement des milliards de dollars.

Les spéculations quant à une éventuelle réduction du budget militaire sont aussi liées au remplacement du chef d’état-major Jonathan Vance, qui a annoncé le mois dernier son intention de prendre sa retraite. Le gouvernement a rencontré ses successeurs potentiels la semaine dernière. Certains initiés et observateurs de la défense croient que le choix du nouveau chef d’état-major signalera les priorités des libéraux pour l’armée au cours des prochaines années.

Laisser un commentaire
Les plus populaires