Le gouvernement canadien lance un fonds d’aide pour les Rohingyas

OTTAWA — Le gouvernement fédéral égalera pendant un mois les dons que verseront les Canadiens pour venir en aide aux centaines de milliers de Rohingyas qui ont fui les violences au Myanmar et trouvé refuge au Bangladesh voisin.

La ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, a annoncé mardi en conférence de presse à Ottawa la création du Fonds de secours pour la crise au Myanmar, entourée de députés et de représentants d’organismes humanitaires partenaires.

Elle a plaidé que les besoins sur le terrain étaient «énormes», et que les dons aideraient les réfugiés de cette minorité musulmane persécutée à «retrouver un peu de dignité humaine jusqu’à ce qu’ils puissent rentrer chez eux et vivre, espérons-le, en paix et en sécurité au Myanmar».

À ses côtés, des représentants de la Croix-Rouge canadienne, Pat Laberge, et de Islamic Relief Canada, Zaid al-Rawni, ont témoigné de l’ampleur de la crise humanitaire, qui ne montre d’après eux pas de signe d’apaisement.

«Je reviens tout juste (du camp de réfugiés bangladais) Cox’s Bazar et de Sitwe, au Myanmar. Les conditions sont atroces. (…) Il n’y a pas une seule toilette, une seule source d’eau potable, pour s’assurer que les conditions sanitaires soient sécuritaires», a relaté M. al-Rawni.

Et sans une intervention rapide de la communauté internationale, la prochaine nouvelle que l’on entendra en provenance du Bangladesh sera «sur le nombre d’enfants qui sont morts à cause d’une épidémie de choléra», a-t-il prévenu.

Une écrasante majorité des réfugiés qui font la traversée en bateau entre les deux pays, soit environ 70 pour cent, sont des femmes, des filles et de jeunes enfants, d’après ce qu’a précisé la ministre Bibeau et confirmé à ses côtés Zaid al-Rawni.

Selon ce dernier, «il y a, tristement, une seule façon» d’expliquer ce déséquilibre. «Les femmes à qui j’ai parlé racontent que les hommes de leurs villages sont (séparés des femmes et) ciblés par des exécutions (extrajudiciaires)», a laissé tomber le travailleur humanitaire.

Le gouvernement canadien considère que les Rohingyas sont les victimes de «crimes contre l’humanité» et de «nettoyage ethnique», comme l’a déclaré la semaine dernière la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

La crise humanitaire qui se joue au Myanmar a fait de la dirigeante de facto du pays, Aung San Suu Kyi, la cible de nombreuses critiques. Certains de ses corécipiendaires du prix Nobel de la paix, dont Desmond Tutu et Malala Yousafzai, lui ont publiquement reproché son inaction.

La ministre Bibeau préfère attendre le rapport de l’envoyé spécial d’Ottawa au pays, l’ancien premier ministre ontarien et chef libéral intérimaire Bob Rae, avant de se prononcer sur le leadership de celle que la junte militaire a assignée à son domicile de Yangon pendant une quinzaine d’années.

«C’est difficile de statuer clairement. Aung San Suu Kyi est la dirigeante au niveau civil (…) mais il y a le pouvoir militaire qui est très important là-bas. Donc, il est difficile de juger de la situation. C’est pour ça que M. Rae a été mandaté pour aller sur le terrain», a fait valoir Mme Bibeau.

Selon des chiffres dévoilés la semaine dernière par les Nations unies, environ un million de Rohingyas ont fui l’État de Rakhine, dont plus de 600 000 depuis l’intensification des violences dans cette région du nord-ouest du pays, en août dernier.

La création du fonds de contrepartie, auquel les Canadiens peuvent contribuer via un site web du gouvernement, est la plus récente initiative déployée par Ottawa pour venir en aide à la population des Rohingyas.

Jusqu’à présent, le gouvernement fédéral a versé 25 millions $ en aide à des partenaires pour répondre aux besoins humanitaires essentiels au Myanmar et au Bangladesh, en particulier ceux des plus vulnérables et ceux des femmes et des filles.

Il n’est pas prévu, pour le moment, de mettre sur pied un programme d’accueil pour les réfugiés de cette minorité musulmane, qui avait déjà été décrite comme «la plus persécutée du monde» avant la flambée de violence d’août dernier.

«Chaque dollar qu’on investit en ce moment peut faire un plus long bout de chemin sur le terrain», a indiqué la ministre Bibeau, précisant que son collègue à l’Immigration, Ahmed Hussen, «suit le dossier de près» lui aussi.

Le ministre Hussen a soutenu lundi avoir entendu du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) que la priorité en ce moment «est de répondre aux besoins immédiats des réfugiés sur le terrain et de trouver des solutions durables».

L’agence onusienne, a-t-il précisé, a dit «très clairement que la réinstallation est, dans les faits, la mauvaise approche», car elle considère que «ce sont des citoyens du Myanmar et qu’ils méritent de rentrer chez eux».

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