Le gouvernement du Canada examine un contrat d’équipement de la GRC lié à la Chine

OTTAWA — Le gouvernement fédéral examine un contrat d’équipement de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) conclu avec une entreprise qui a des liens avec le gouvernement chinois, a indiqué mercredi le premier ministre Justin Trudeau. 

Radio-Canada rapporte que Services publics et Approvisionnement Canada a accordé l’an dernier un contrat de 549 637 $ à l’entreprise ontarienne Sinclair Technologies pour la construction et l’entretien d’un système de filtrage des radiofréquences (filtrage RF) pour la GRC.

La société mère de Sinclair Technologies, Norsat International, appartient à la société chinoise de télécommunications Hytera depuis 2017, et le gouvernement chinois détient environ 10% d’Hytera via un fonds d’investissement.

Alors que les agences de sécurité et du renseignement «parlent depuis bien des années des inquiétudes qu’elles ont par rapport à l’ingérence et l’interférence étrangère dans nos institutions», le premier ministre Justin Trudeau a déclaré qu’il trouvait déconcertant que d’autres parties de la fonction publique signent un contrat avec des niveaux de sécurité douteux pour la GRC.

«D’autres fonctionnaires dans d’autres parties de notre gouvernement sont en train de signer des contrats avec des compagnies qui ne sont probablement pas des partenaires fiables en matière de sécurité», a dénoncé M. Trudeau, mercredi, à Montréal, en marge d’une annonce sur des projets de conservation.

Il a déclaré qu’il avait de «vraies questions» pour les fonctionnaires qui ont signé le contrat et que son gouvernement prévoit revoir les protocoles de sécurité par rapport aux appels d’offres.

Cité par Radio-Canada, Services publics et Approvisionnement Canada a déclaré que le contrat ne comportait aucune exigence relative à la sécurité et que la propriété de l’entreprise ne faisait pas partie des critères.

La Commission fédérale des communications des États-Unis a interdit l’utilisation de la technologie Hytera à des fins de sécurité publique, de sécurité gouvernementale et de surveillance des infrastructures critiques en 2021, lorsqu’elle a été considérée comme un risque pour la sécurité nationale.

En février, Hytera a été inculpée de 21 chefs d’accusation dans une affaire d’espionnage après que des responsables ont allégué que l’entreprise avait volé des secrets commerciaux à son concurrent américain Motorola Solutions. Hytera a nié les allégations.

«Je trouve étonnant que le système de contrats de Justin Trudeau ait permis à une entreprise dont la société mère propriétaire aux États-Unis est accusée de 21 délits d’espionnage différents, d’installer une technologie sur le système de notre force policière afin de bloquer l’espionnage», a déclaré le chef conservateur Pierre Poilievre, mercredi, dans un rare échange avec la presse devant la Chambre des communes.

Le contrat doit être annulé, a affirmé M. Poilievre, qui a insisté pour que le premier ministre en assume la responsabilité.

«Je veux dire, c’est presque quelque chose que l’on s’attendrait à trouver dans un roman d’espionnage, mais les personnages dans les romans d’espionnage ne seraient jamais aussi incompétents», a-t-il déclaré.

Le ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino, a dit qu’il avait demandé à son personnel d’examiner de près le contrat et de revoir le processus d’attribution.

«Nous avons les yeux grands ouverts sur les menaces que représentent les États hostiles et les acteurs non gouvernementaux», a déclaré M. Mendicino après une réunion du caucus libéral mercredi.

«L’une des raisons pour lesquelles nous avons mis en place un processus qui examine les opportunités potentielles ou les vecteurs d’ingérence étrangère dans le contexte des contrats, est de protéger l’intérêt national canadien, de garantir notre sécurité nationale.»

Radio-Canada affirme que la GRC a exprimé sa confiance dans la sécurité du système et que tout entrepreneur impliqué devait obtenir une autorisation de sécurité. 

Le ministre de l’Innovation, François-Philippe Champagne, a déclaré que le gouvernement devait appliquer un niveau de contrôle lorsqu’il s’agissait de «défis géopolitiques concernant la Chine».

«Nous devons rester plus vigilants pour empêcher des choses comme ça, comprendre pourquoi et comment quelque chose peut arriver», a-t-il fait valoir en dehors de la réunion du caucus libéral.

Le whip adjoint conservateur Chris Warkentin a qualifié le contrat «d’incompréhensible» et a appelé à une révision immédiate.

«Pas plus tard que la semaine dernière, ils ont fait des annonces importantes qui disaient qu’ils allaient prendre au sérieux la sécurité du Canada. Cela viole toutes les pensées raisonnables que toute personne aurait en matière de sécurité nationale», a-t-il déclaré.

La GRC, Sinclair Technologies et Services publics et Approvisionnement Canada n’ont pas immédiatement répondu aux demandes de La Presse Canadienne pour commenter le dossier. 

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