Le gouvernement Higgs présente un discours du Trône triomphaliste sur la COVID -19

FREDERICTON — Le gouvernement du premier ministre Blaine Higgs s’est félicité, mardi, d’avoir mieux géré la pandémie que la plupart des autres provinces, affirmant dans son discours du Trône que le Nouveau-Brunswick avait reçu «des critiques positives de partout au Canada».

Les progressistes-conservateurs de M. Higgs, qui ont obtenu une majorité lors des élections générales il y a deux mois, ont précisé mardi leurs priorités législatives, mais une grande partie du discours visait à remercier les Néo-Brunswickois pour leur force et leur résilience en ces temps de crise sanitaire et économique.

Le discours du Trône a souligné le fait que les efforts du Nouveau-Brunswick pour ralentir la propagation de la COVID-19 s’étaient traduits par l’un des taux d’infection les plus bas au monde. Depuis que l’Organisation mondiale de la santé a parlé de pandémie, le 12 mars, le Nouveau-Brunswick a enregistré 379 cas et six décès.

Le gouvernement Higgs a rappelé aux Néo-Brunswickois que l’économie de la province avait été rouverte plus tôt que la plupart des autres, et son discours citait des chiffres de Statistique Canada montrant que la province avait retrouvé des emplois perdus plus rapidement que toute autre province en août.

La réponse officielle aux appels répétés des dirigeants autochtones pour une enquête publique indépendante, dirigée par les Autochtones, sur le racisme systémique dans la province était particulièrement absente du discours.

Les chefs wolastoqey et mi’kmaq ont demandé une telle enquête à la suite de la mort de Chantel Moore et Rodney Levi, deux Autochtones tués par la police en juin. Les dirigeants mi’kmaq ont également demandé des réformes immédiates du système judiciaire, notamment une meilleure formation policière et une participation accrue des Autochtones à la surveillance des corps policiers.

M. Higgs a systématiquement rejeté ces demandes, et le discours du Trône ne faisait d’ailleurs aucune mention de ces enjeux. 

La première nation Wolastoqey a publié lundi une déclaration disant que ni M. Higgs ni personne de son cabinet n’avait contacté les six chefs Wolastoqey depuis les élections du 14 septembre. «Nous avons appelé le gouvernement à lancer une enquête sur le racisme systémique dans les 30 jours suivant les élections. Nous y sommes et le gouvernement continue de refuser d’écouter», a déclaré le chef Gabriel Atwin, de la première nation de Pilick. 

Vague et ambitieux 

Le discours du Trône lu mardi engage toutefois le gouvernement à soutenir les entrepreneurs autochtones, à répondre à l’enquête fédérale sur les femmes autochtones disparues et assassinées et à favoriser l’enseignement des langues mi’kmaq, passamaquoddy et wolastoqey dans les écoles de la province.

Comme pour la plupart des discours du Trône, celui-ci décrivait le programme législatif du gouvernement en termes généraux, s’appuyant sur un langage vague et ambitieux. On y retrouvait toutefois quelques engagements notables:

– augmenter l’immigration pour atteindre une hausse de la population de 10 000 personnes par an d’ici 2027; 

– modifier la loi sur le changement climatique afin de réglementer les émissions de gaz à effet de serre des grands émetteurs, pour une réduction de 10 % d’ici 2030;

– accroître le nombre d’entreprises qui exportent, pour les faire passer de 3 % à plus près de la moyenne nationale de 5 %;

– réduire les temps d’attente pour les opérations de la hanche et du genou, afin d’atteindre la référence nationale de six mois ou moins;

– rédiger un plan quinquennal pour les soins de santé mentale et les dépendances.

Les Acadiens déçus

Du côté des francophones, la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) déplore que le gouvernement Higgs n’ait pas accepté de créer à l’Assemblée législative un comité permanent des langues officielles, comme elle le réclamait, pour «rendre moins partisans les enjeux linguistiques au sein de l’appareil législatif».  

La SANB reconnaît que le gouvernement Higgs s’engage à entreprendre un examen exhaustif de la Loi sur les langues officielles au Nouveau-Brunswick. Mais l’organisme souligne que cette révision est déjà prévue dans la loi et que le discours du Trône «ne fournit par ailleurs aucun détail quant à l’encadrement et à l’échéancier de cette révision».   

«Nous avons appris qu’avec le gouvernement Higgs, il ne faut pas avoir les attentes hautes en matière de langues officielles», a indiqué le président de la SANB, Alexandre Cédric Doucet, dans un communiqué. «Cela dit, la SANB sera prête à travailler de près avec le gouvernement pour assurer une révision de la Loi sur les langues officielles qui respecte les aspirations des Acadiens, Acadiennes et francophones de la province.»

Laisser un commentaire