Le grand patron de Facebook talonné par les sénateurs américains

WASHINGTON — C’est un Mark Zuckerberg contrit qui a affronté les sénateurs américains, mardi, admettant qu’il avait «clairement fait une erreur» en croyant que Cambridge Analytica — une firme liée au président Donald Trump — avait supprimé les données Facebook qu’elle avait collectées pour influencer les élections de 2016 aux États-Unis.

Le grand patron du réseau social Facebook a expliqué que ses employés avaient considéré ce dossier comme étant classé, car ils croyaient que les données avaient été détruites. 

À l’époque, Facebook n’avait pas informé la Commission fédérale du commerce. M. Zuckerberg a assuré qu’il réagirait différemment aujourd’hui s’il était confronté à la même situation.

Dans son allocution d’ouverture, le fondateur du réseau social a exprimé des regrets pour ne pas en avoir assez fait afin d’éviter que Cambridge Analytica recueille les informations personnelles de 87 millions d’utilisateurs, dont quelque 622 000 abonnés canadiens.

Il s’est aussi excusé pour les fausses nouvelles, les discours haineux et l’ingérence de la Russie dans les élections de 2016. 

Interrogé par le sénateur démocrate Patrick Leahy, Mark Zukerberg a confirmé que Facebook travaillait avec le procureur spécial Robert Mueller, qui enquête sur l’ingérence de la Russie dans l’élection présidentielle ayant mené à la victoire de Donald Trump.

M. Zuckerberg n’a pas été interviewé personnellement par M. Mueller, et il n’était pas en mesure de dire si certains de ses employés avaient reçu des citations à comparaître.

«Je veux faire attention ici, parce que notre travail avec le procureur spécial est confidentiel, alors je veux m’assurer que je ne révèle rien de confidentiel en public», a-t-il ajouté.

Plus tôt cette année, le procureur Mueller a porté des accusations envers 13 individus et trois entreprises russes soupçonnés de s’être immiscés dans le scrutin américain en utilisant les réseaux sociaux, notamment en achetant des publicités — dont certaines apparaissaient sur Facebook.

Des excuses «depuis 14 ans»

Le concepteur du réseau social s’était déjà excusé à plusieurs reprises pour le scandale des données personnelles, mais c’était la première fois qu’il le faisait devant le Congrès américain. Il doit aussi témoigner devant un comité de la Chambre des représentants mercredi.

Le sénateur républicain John Thune a déclaré que Facebook s’excusait depuis 14 ans pour avoir pris des «décisions malavisées».

«En quoi les excuses d’aujourd’hui sont-elles différentes?», a lancé le sénateur.

M. Zuckerberg a admis que Facebook avait fait plusieurs erreurs par le passé. «Je crois que c’est plutôt impossible, je crois, de lancer une entreprise dans un dortoir et de la faire croître d’une ampleur qu’on connaît aujourd’hui sans faire quelques erreurs.»

Il a ajouté que Facebook était en ce moment en transition «philosophique» en ce qui a trait à sa prise de responsabilité. Il a reconnu que l’entreprise devrait avoir un rôle plus proactif pour s’assurer que ses outils soient utilisés «d’une bonne et saine façon».

Quant aux discours haineux, le fondateur du réseau social a affirmé que l’entreprise s’affairait à mettre au point des outils d’intelligence artificielle pour s’attaquer à ce problème. Il croit que ces outils pourraient être disponibles d’ici cinq à dix ans.

Avec ce témoignage, M. Zuckerberg tente de rétablir la confiance en son entreprise, mais aussi de limiter les réglementations que certains élus américains envisagent.