Le juge Robin Camp s’excuse pour ses «propos blessants» à un procès pour viol

CALGARY – Comparaissant vendredi devant un comité du Conseil canadien de la magistrature, le juge Robin Camp a présenté ses excuses pour les propos qu’il avait tenus lors d’un procès pour agression sexuelle en 2014.

Le juge Camp, alors à la Cour provinciale de l’Alberta, avait demandé à la présumée victime pourquoi elle n’avait pas tout simplement serré les genoux au moment de l’agression. Il avait aussi soutenu que «douleur et sexe font parfois bon ménage», et avait à plusieurs reprises parlé de la présumée victime en l’appelant «l’accusée» — un lapsus qu’il a répété vendredi devant le comité de discipline, avant de rectifier le tir.

Le juge Camp, qui siège aujourd’hui à la Cour fédérale, a soutenu vendredi qu’il avait depuis réalisé à quel point ses propos étaient blessants et inappropriés.

Le Conseil de la magistrature a déjà entendu plus tôt cette semaine la plaignante, qui a affirmé que le comportement du juge Camp l’avait dévastée. La jeune femme, qui avait 19 ans au moment de l’agression présumée, a même songé au suicide après le procès. Le juge Camp avait finalement acquitté l’accusé, estimant que sa version des faits était plus crédible que celle de la présumée victime. La Cour d’appel a depuis ordonné un nouveau procès, qui n’a pas encore eu lieu.

La transcription du premier procès révèle que le juge Camp a mis en doute la moralité de la femme et laissé entendre qu’elle aurait pu se débattre davantage contre son présumé agresseur.

Vendredi, le juge, aujourd’hui âgé de 64 ans, a indiqué à ses pairs qu’il n’aurait jamais dû prononcer de telles paroles.

«Je n’ai pas été un bon juge — je croyais l’être», a-t-il dit. «Je n’ai pas adopté le ton adéquat dans mes observations aux avocats. J’ai été brusque, je me croyais drôle.»

Le magistrat admet que ses «questions étaient non seulement blessantes, mais elles laissaient croire que la plaignante aurait dû réagir». Après avoir relu ses propos et y avoir réfléchi, il se dit «profondément désolé d’avoir intimidé» la plaignante, «en utilisant des propos facétieux».

La plaignante a soutenu cette semaine devant le Conseil qu’après avoir entendu les propos du juge, elle avait commencé à se détester, à se culpabiliser, à se considérer comme une «femme facile».

Pour sa défense, M. Camp a fait appeler à la barre une juge, une professeure de droit et une psychologue, qui ont été payées par le magistrat pour le ramener dans le droit chemin lorsque ses propos sont devenus publics. Les trois femmes ont toutes déclaré devant le Conseil que le juge Camp avait changé, et elles ont admis qu’il n’était pas adéquatement formé à l’époque pour présider un procès d’agression sexuelle.

Né en Afrique du Sud, Robin Camp avait d’abord oeuvré dans le secteur de l’aide juridique avant d’émigrer à Calgary, en 1998, où il a concentré sa pratique sur le droit relatif aux contrats, aux faillites et aux fiducies, ainsi que sur les litiges dans le secteur du pétrole et du gaz. Il a été nommé juge à la Cour provinciale de l’Alberta en 2012 sans toutefois recevoir une formation sur le droit en matière d’agression sexuelle ou sur la manière de mener un procès pour agression sexuelle.

Le comité qui a entendu le dossier à Calgary présentera ses recommandations au Conseil canadien de la magistrature. Si le Conseil estime que le juge Camp doit être écarté de ses fonctions, il soumettra ses conclusions à la ministre fédérale de la Justice, à qui reviendra la décision finale.