Le magnat canadien de la mode Peter Nygard formellement accusé aux États-Unis

WINNIPEG — Les autorités américaines affirment que le magnat canadien de la mode Peter Nygard a été inculpé de neuf chefs d’accusation, notamment d’extorsion et de trafic sexuel.

Un communiqué de presse du bureau du procureur des États-Unis pour le district sud de New York indique que les accusations portent sur «une conduite criminelle sur plusieurs décennies impliquant au moins des dizaines de victimes aux États-Unis, aux Bahamas et au Canada, entre autres endroits».

Le communiqué a été publié au nom d’Audrey Strauss, procureure fédérale du district sud de New York, de William F. Sweeney Jr., du bureau du FBI à New York, et de Dermot Shea, commissaire de la police de New York.

M. Nygard a été arrêté lundi à Winnipeg en vertu de la Loi sur l’extradition. Il a comparu devant un juge mardi après-midi.

Il est entré lentement dans la salle d’audience, menotté et entouré de trois shérifs. Il a ensuite été placé en détention en attendant la suite des procédures. Aucune date n’a été fixée pour une audience sur le cautionnement et les procédures doivent reprendre devant le tribunal le 13 janvier.

Le bureau du procureur note qu’aucune des allégations contre M. Nygard n’a été prouvée devant les tribunaux.

Les autorités américaines allèguent que sur une période de 25 ans, M. Nygard a utilisé l’influence de son entreprise de mode, ainsi que ses employés et ses fonds, pour recruter et utiliser des femmes et des filles pour sa gratification sexuelle et celle de ses amis et associés.

«Nygard ciblait fréquemment des femmes et des filles mineures qui venaient de milieux économiques défavorisés et/ou qui avaient des antécédents d’abus», allègue l’acte d’accusation.

«Il contrôlait ses victimes par des menaces, de fausses promesses d’occasions de mannequinat et d’autres possibilités d’avancement professionnel, un soutien financier et d’autres moyens coercitifs, notamment une surveillance constante, des restrictions de mouvement et un isolement physique.»

«Nygard a agressé sexuellement certaines de ses victimes. D’autres victimes ont été agressées par des associés de Nygard ou droguées pour s’assurer qu’elles se conformaient à ses exigences sexuelles», peut-on lire dans le document.

Une action collective

M. Nygard a fondé sa société de mode en 1967 à Winnipeg, où elle est passée d’une participation partielle dans un fabricant de vêtements pour femmes à une marque vendue dans les magasins du monde entier.

Il a démissionné de la présidence de l’entreprise après que le FBI et la police de New York ont mené une perquisition dans ses bureaux en février.

Le créateur de mode fait face aux États-Unis à une action collective relativement à des allégations d’agression sexuelle dont auraient été victimes des dizaines de femmes.

Cinquante-sept femmes — dont 18 Canadiennes — se sont jointes à la poursuite, qui allègue que M. Nygard a utilisé la violence, l’intimidation, la corruption et les employés de son entreprise pour attirer ses victimes et éviter de devoir répondre de ses actes pendant des décennies.

M. Nygard a nié toutes les allégations et affirme être la cible d’un complot émanant d’une dispute avec son voisin milliardaire aux Bahamas.

Greg G. Gutzler, un avocat de ces plaignantes, a souligné qu’elles étaient encouragées par le début d’une forme de justice pour les victimes du magnat de la mode.

«Nous sommes encouragés qu’une petite mesure de justice pour Peter Nygard se développe enfin», a déclaré l’avocat. «Nous sommes soulagés qu’une certaine mesure de responsabilité soit, nous l’espérons, imminente, mais nous ne pouvons pas nous empêcher de dire que cela aurait dû être fait il y a des décennies.»

Ces femmes demandent un procès devant jury et réclament des dommages-intérêts dont l’ampleur reste à déterminer.

Dans les documents déposés au tribunal plus tôt cette année, M. Nygard a fait valoir que le tribunal de New York n’avait pas la juridiction pour entendre la poursuite.

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