Le maire de Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix blamé pour abus de pouvoir

QUÉBEC — Abus d’autorité, mauvaise compréhension des rôles et responsabilités, le maire de Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix fait l’objet d’un sévère blâme de la part du commissaire à l’intégrité municipale et aux enquêtes (CIME).

Dans un rapport publié tout juste avant le congé de Noël, le commissaire conclut au terme de son enquête que le maire Claude Leroux «ne respecte pas son rôle et les responsabilités qui lui sont dévolues».

D’après les informations contenues dans le document, on reproche à M. Leroux d’intervenir directement auprès des fonctionnaires de la municipalité en leur donnant des ordres alors que le rôle de gestionnaire du personnel revient à la direction générale. Le maire aurait notamment forcé un membre du personnel à rembourser des dépenses effectuées par son épouse pour le compte de la municipalité sans avoir obtenu l’approbation nécessaire du conseil municipal par voie de résolution.

Selon la version donnée au commissaire par le maire, celui-ci n’aurait pas «ordonné le paiement», mais plutôt «offert de retourner l’alcool (…) si la Municipalité ne payait pas immédiatement la dépense».

Claude Leroux se serait aussi improvisé responsable des travaux publics en épiant des fonctionnaires municipaux et en les suivant dans leurs tâches sur le territoire de la municipalité. En plus de les espionner dans leur travail, le maire serait intervenu pour leur donner des directives, sapant du même coup l’autorité des réels responsables de la municipalité.

Un ex-employé des travaux publics, Alain Demers, a confié avoir subi ce traitement pendant sept ans avant de quitter son emploi par exaspération. «Il nous traitait comme de la merde, se souvient-il. Il n’y a rien qu’on faisait qui était correct.»

Cet ancien fonctionnaire dit avoir fait des plaintes à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). Il raconte que le maire se cachait pour l’observer, qu’il lui a déjà ordonné de transporter des sacs de sable chez des amis personnels et qu’il l’a insulté régulièrement.

«Je suis parti parce que c’était rendu que le dimanche soir j’angoissais. C’est la plus belle décision de ma vie», confie M. Demers en précisant que de nombreux autres employés ont fait comme lui. 

Un fait que confirme le maire Claude Leroux lui-même dans le rapport lorsqu’il allègue que «tous les employés qui se plaignaient de son comportement ou de son mode de fonctionnement ont été congédiés, ont quitté ou sont sur le point de le faire».

Toujours selon le rapport du CIME, les autres membres du conseil municipal auraient formulé des avertissements à l’intention du maire Leroux afin de corriger son comportement, mais celui-ci en aurait fait fi.

«Il justifie ces interventions au motif qu’il est le maire et qu’il dirige la municipalité, sans considérer que ses pouvoirs sont strictement balisés par la loi», peut-on lire dans le document disponible en ligne sur le portail du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation.

On apprend aussi dans le rapport que le maire «démontre un certain manque de considération envers l’administration municipale» et qu’il s’emporte contre le personnel, ce qui aurait pour conséquence de créer «un climat de travail qui n’est pas sain».

Formation et éthique

Dans le but de redresser la situation, le commissaire formule plusieurs recommandations à la municipalité de Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix, dont celle d’organiser une séance de formation offerte par le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation «sur les rôles et les responsabilités des élus municipaux».

On recommande aussi l’adoption d’un code d’éthique et de déontologie qui inclut «des règles assurant le respect de l’administration municipale par les membres du conseil». De plus, une formation en matière de prévention du harcèlement au travail ainsi qu’une politique de gestion des plaintes de harcèlement psychologique sont suggérées par le commissaire.

Finalement, le CIME exige que son rapport soit déposé publiquement à la prochaine séance du conseil et que la lettre de présentation qui l’accompagne soit lue par la directrice générale et publiée en tant qu’avis public.

La municipalité de Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix devra aussi informer le commissaire à l’intégrité des mesures mises en place pour mettre en application ses recommandations d’ici quatre mois.

Réaction de Claude Leroux

Le maire Claude Leroux a décliné la demande d’entrevue de La Presse Canadienne pour réagir aux gestes qui lui sont reprochés. Dans une réponse écrite, il indique que «l’ensemble de (ses) réponses aux blâmes» se trouve dans le rapport.

On peut y lire que M. Leroux «reconnaît avoir outrepassé son rôle et ses responsabilités de maire», mais dit l’avoir fait avec «bonne volonté» en rejetant la faute sur l’incompétence du personnel. Il plaide que l’inaction des employés l’a «incité» à intervenir au-delà de ses fonctions.

Au sujet des mauvais comportements et des gestes de harcèlement dont ont fait part des employés, le maire impute son tempérament au fait qu’il serait «passionné». «C’est pour cette raison qu’il peut sembler s’emporter à certaines occasions. Il estime plutôt parler avec conviction», peut-on lire.

Claude Leroux a été élu une première fois en 2013, puis réélu avec une mince majorité de 36 voix en 2017. Des élections municipales sont prévues le 7 novembre prochain partout au Québec.