Jim Watson et Justin Trudeau estimaient que Ford ne prenait pas ses responsabilités

OTTAWA — La Commission sur l’état d’urgence a appris mardi que le maire d’Ottawa, Jim Watson, et le premier ministre Justin Trudeau ont à un certain moment accusé le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, de se dérober à ses responsabilités lors des manifestations du «convoi de la liberté».

Le maire Watson a livré mardi un témoignage très attendu devant la commission d’enquête publique qui examine la décision du gouvernement fédéral d’invoquer la Loi sur les mesures d’urgence, en février dernier. La commission se penche aussi sur les mesures adoptées pour faire face à l’occupation du centre-ville d’Ottawa, qui a duré près de trois semaines.

Le maire Watson a déclaré à la commission que dès les premiers jours de la manifestation, qui a commencé le 28 janvier, il est devenu clair pour lui que la police d’Ottawa était «complètement dépassée en nombre». Il a ajouté qu’il était à l’époque frustré par le temps qu’il a fallu pour obtenir des renforts. 

Le 7 février, environ deux semaines après le début des manifestations, la police d’Ottawa affirmait que ses ressources étaient «épuisées», selon des documents déposés auprès de la commission. Le Service de police d’Ottawa a déclaré à la Ville que 250 agents de corps policiers partenaires n’étaient pas encore disponibles.

«Je pense que même un profane comme moi a réalisé que le Service de police d’Ottawa était débordé en termes de ressources», a déclaré mardi M. Watson, en rappelant que les policiers devaient aussi assurer la sécurité du reste de la ville.

Le maire Watson estime que tous les ordres de gouvernement doivent assumer la responsabilité de ne pas avoir agi assez rapidement dans les circonstances. «Quand on regarde rétrospectivement ce qui s’est passé, il ne fait aucun doute qu’il y a eu plusieurs points de défaillance en cours de route, que ce soit la Ville, les gouvernements provinciaux ou fédéral.»

Selon lui, le premier ministre Ford «estimait que c’était une perte de temps» de participer à des réunions entre les trois ordres de gouvernement.

Dans un appel téléphonique du 8 février avec le premier ministre Trudeau, le maire Watson exprime d’ailleurs sa frustration que Doug Ford ne collabore pas aux efforts conjoints. Selon la transcription et le résumé de cet appel, déposés à la commission, le maire soutenait que la solliciteuse générale de l’Ontario, Sylvia Jones, n’était «pas honnête» quant au nombre d’agents de la Police provinciale à l’oeuvre sur le terrain.

M. Trudeau répond alors: «Ford s’est dérobé de sa responsabilité pour des raisons politiques, comme vous l’avez souligné, et il est important que nous ne les laissions pas faire, et nous avons l’intention de vous soutenir là-dessus.» 

Ford solidaire d’Ottawa

M. Ford ne figure pas sur la liste des témoins qui seront convoqués devant la commission. Interrogé lundi par les journalistes, il a déclaré que le recours à la Loi sur les mesures d’urgence avait été nécessaire pour mettre un terme à une situation «inacceptable» et qu’il s’était rangé derrière le premier ministre Trudeau tout au long du siège d’Ottawa.

Zachary Zarnett-Klein, porte-parole de la solliciteuse générale de l’Ontario, a indiqué dans une déclaration que «les politiciens ne dirigent pas et ne devraient pas diriger d’opérations policières spécifiques».

«Pendant l’occupation, notre gouvernement est resté concentré sur la fourniture des outils dont nos partenaires policiers avaient besoin pour mettre fin à la situation.»

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Marco Mendicino, a soutenu la version de M. Ford selon laquelle les gouvernements fédéral et provincial marchaient main dans la main – malgré la transcription de la conversation téléphonique.

À l’issue de la réunion du cabinet, mardi, le ministre Mendicino a soutenu que les deux premiers ministres ont tous deux déclaré qu’ils étaient «côte à côte» dans ce dossier. 

Le ministre estime que les témoignages et les documents produits pour la commission d’enquête jusqu’ici montrent à quel point les trois ordres de gouvernement communiquaient entre eux et que la police faisait tout ce qu’elle pouvait.

Manque de prévoyance

Lors de son témoignage, mardi, le maire Watson s’est aussi demandé pourquoi les renseignements recueillis par tous les ordres de gouvernement ne disposaient pas d’informations précises sur le nombre de personnes qui convergeaient vers Ottawa et combien de temps elles prévoyaient y rester.

Des milliers de manifestants étaient arrivés à Ottawa le 28 janvier et, selon le témoignage lundi du directeur de la Ville, Steve Kanellakos, l’administration municipale croyait que la majorité de ces gens seraient partis après la fin de semaine. 

Par contre, la commission a appris lundi que la Ville avait été prévenue que les manifestants du convoi avaient l’intention de s’incruster à Ottawa.

On a déposé notamment à la commission un courriel du «Canada United Truckers Convoy», relayé aux autorités de la Ville et au maire Watson le 25 janvier, avant la première fin de semaine de manifestations. Le courriel indiquait déjà que les manifestants tentaient de réserver des chambres d’hôtel pour «au moins 30 jours».

La police disposait également d’informations d’une association régionale d’hôteliers qui suggéraient que les manifestants prévoyaient de rester longtemps à Ottawa. L’association a écrit dans un rapport du 26 janvier, relayé à la Ville, que «toutes les informations de source ouverte et nos interactions avec les organisateurs indiquent que ce sera un événement important et extrêmement fluide qui pourrait durer longtemps».

La rue Wellington

Le maire Watson a déclaré par ailleurs mardi que la police aurait dû installer des barrières de style «jersey» pour empêcher les manifestants de gagner le centre-ville, en particulier la rue Wellington, en face du Parlement.

«Nous avons permis que cette artère principale — et ça s’est répandu dans les rues résidentielles — soit assiégée par un groupe de gens qui n’avaient aucun respect pour la loi et aucun respect pour les résidants de notre ville», a déclaré le maire Watson.

Les manifestants ont pu installer sur la rue Wellington une scène, a-t-il dit, et déployer «ces drapeaux vulgaires (…) avec en toile de fond la colline du Parlement, comme s’ils avaient conquis le pays».

Dans les jours qui ont précédé le recours à la Loi sur les mesures d’urgence, les responsables municipaux et les organisateurs du convoi avaient négocié un accord visant à déplacer les semi-remorques hors des quartiers résidentiels, pour les amener dans la rue Wellington, devant la colline du Parlement.

Grâce à cet accord, certains véhicules, y compris des poids lourds, ont quitté des rues résidentielles et se sont retrouvés soit devant la Colline, soit à l’extérieur de la ville. «Je pense que nous avons fait de notre mieux pour respecter l’accord, tout comme les camionneurs qui ont déménagé, et nous l’apprécions», a déclaré le maire Watson.

Le gouvernement libéral fédéral a invoqué la Loi sur les mesures d’urgence le 14 février, accordant à la police des pouvoirs temporaires extraordinaires dans le but d’éliminer les manifestations qui ont bloqué les rues du centre-ville pendant près de trois semaines.

Le maire Watson a indiqué mardi qu’il croyait que la Loi sur les mesures d’urgence avait contribué à mettre fin aux manifestations.

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