Le Manitoba déplore un flou sur la réforme de protection de l’enfance autochtone

WINNIPEG — Le gouvernement fédéral doit mettre en branle d’ici six semaines l’une des plus importantes réformes du système de protection de l’enfance autochtone, et Ottawa n’a pas encore communiqué d’information sur la manière dont elle sera implantée ou financée, affirme la ministre des Familles du Manitoba.

Heather Stefanson a dit juger «inacceptable» cette façon d’engager des réformes dans un domaine aussi important «qui aura un impact sur les personnes les plus vulnérables de la société».

Mme Stefanson a dit avoir partagé ses préoccupations avec l’ancien ministre des Services aux Autochtones, Seamus O’Regan, le mois dernier, au sujet de la mise en vigueur du projet de loi C-92, qui doit inclure une refonte en profondeur des services à l’enfance pour les Autochtones dans tout le pays.

La ministre a indiqué qu’elle n’avait jamais reçu de réponse.

Mme Stefanson a affirmé qu’elle avait envoyé une autre lettre cette semaine au ministre des Services aux Autochones nouvellement désigné, Marc Miller, réaffirmant les préoccupations de la province.

Le gouvernement fédéral a déjà déclaré que la loi réduirait le nombre d’enfants autochtones pris en charge en affirmant les droits inhérents des communautés des Premières Nations, des Inuits et des Métis.

Selon le site du gouvernement du Canada, la Loi concernant les enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuits et des Métis affirme notamment les droits des Premières Nations, des Inuits et des Métis d’exercer leur compétence sur les services à l’enfance et à la famille; établit des principes nationaux tels que l’intérêt supérieur de l’enfant, la continuité culturelle et l’égalité réelle et contribue à la mise en œuvre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

Les groupes autochtones — qui ne sont pas définis dans la législation — doivent remettre un avis d’intention d’exercer leur compétence ou demander la conclusion d’un accord de coordination tripartite avec les gouvernements fédéral et provincial. Ces groupes autochtones élaboreraient ou appliqueraient des lois existantes en matière de protection de l’enfance, qui l’emporteraient sur les lois fédérales et provinciales.

Il n’y a pas de financement attaché à la législation.

Rola Tfaili, une porte-parole de Services aux Autochtones Canada, a déclaré que le ministère ne pouvait pas fournir d’informations spécifiques avant la nouvelle année. Mme Tfaili a affirmé que la mise en œuvre sera élaborée de concert avec les partenaires et les parties prenantes autochtones.

Mme Stefanson a déclaré qu’elle soutenait l’objectif général de la loi, mais a déploré l’absence, selon elle, d’un plan clair sur la manière dont elle serait mise en œuvre ou financée.

Au Manitoba, les enjeux sont grands, a-t-elle ajouté. Environ 10 000 enfants sont pris en charge dans la province et environ 90 pour cent sont autochtones.

«Nous voulons faire en sorte que ces enfants ne tombent pas dans les fissures à la suite des changements imposés par le gouvernement fédéral», a-t-elle déclaré.

Il y a plus de 60 Premières Nations au Manitoba. Bien que de nombreuses personnes vivent dans des réserves, un nombre important vit dans des centres urbains.

Il y a aussi une importante population métisse. Mme Stefanson a dit croire que la loi devrait traiter les situations dans lesquelles les enfants ont des liens avec plusieurs communautés.

Elle s’inquiète des répercussions de la réforme sur le partage de renseignements entre organismes, comme le registre des enfants maltraités, et sur l’équité en matière de prise en charge et de travail au sein du système judiciaire provincial.

Le Manitoba procède actuellement à sa propre réforme du système de protection de l’enfance et cela aura probablement une incidence sur ces plans, a-t-elle mentionné.

«C’est sans doute la plus grande réforme de la protection de l’enfance dans l’histoire de notre pays et il n’y a pas eu de dialogue», a-t-elle soutenu.

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