Le Manitoba opte pour une taxe sur le carbone fixe à 25 $ la tonne

WINNIPEG — Le gouvernement progressiste-conservateur du Manitoba entend imposer dès l’an prochain une «taxe sur le carbone» de 25 $ la tonne, qui n’augmentera pas progressivement par la suite, contrairement à ce que réclament les libéraux à Ottawa. Le premier ministre fédéral a aussitôt promis d’imposer sa propre taxe, comme il l’avait annoncé.

Le premier ministre du Manitoba, Brian Pallister, a assuré vendredi que son plan allait contribuer à réduire davantage les émissions de gaz à effet de serre sans trop affecter le portefeuille des contribuables.

Au Manitoba, cette taxe devrait faire augmenter le prix de l’essence d’environ cinq cents le litre, et s’appliquera à d’autres combustibles comme le gaz naturel et le charbon. Selon le gouvernement, un couple avec deux enfants paiera environ 356 $ de plus par année. Par ailleurs, le secteur agricole, important au Manitoba, bénéficiera d’une exemption de la taxe sur le carburant pour la machinerie.

Dans le cadre de son initiative nationale, le gouvernement fédéral souhaite que les provinces adoptent un système de «bourse du carbone», ou imposent une taxe sur le carbone de 10 $ la tonne à compter de l’an prochain, pour l’augmenter graduellement chaque année afin d’atteindre 50 $ la tonne en 2022. Si une province refuse, le gouvernement fédéral a prévenu qu’il imposerait lui-même la taxe, mais qu’il verserait ensuite les recettes à la province.

Le premier ministre Justin Trudeau l’a d’ailleurs répété vendredi, lors d’une visite à Saint-Bruno-de-Montarville, en Montérégie: si une province ne respecte pas la cible fédérale, son gouvernement va intervenir pour que la différence soit comblée.

Le Manitoba considère qu’un taux fixe de 25 $ la tonne est plus équitable. La taxe permettrait au Manitoba d’engranger environ 260 millions $ par année. Le gouvernement tiendra des consultations pour déterminer à quoi serviront ces nouvelles recettes fiscales. On pourrait par exemple réduire les impôts ou aider les municipalités qui voudraient se tourner vers les autobus électriques.

Un million de mégatonnes

Quelques gros émetteurs industriels de GES, comme le producteur de fertilisants Koch, à Brandon, paieraient le taux fédéral ou albertain jusqu’à une certaine cible, après quoi le taux de 25 $ la tonne s’appliquerait.

Le gouvernement manitobain estime que sa mesure permettra de réduire les émissions d’environ un million de millions de tonnes en cinq ans, surtout grâce à l’effet modérateur de la taxe sur la consommation d’énergie.

La ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, a estimé vendredi qu’à 25 $ la tonne, le Manitoba devra corriger le tir après quelques années.

La plupart des provinces ont annoncé des mesures pour se conformer aux objectifs nationaux d’Ottawa. La Saskatchewan est la seule province qui a menacé de ne pas mettre en place de taxe sur le carbone. Le Québec et l’Ontario ont opté pour le système de plafonnement et d’échange de droits d’émissions, communément appelé «bourse du carbone».

Plus tôt ce mois-ci, le premier ministre manitobain avait rendu public l’avis juridique d’un expert constitutionnel qui concluait que le fédéral avait le droit d’exiger aux provinces une taxe, ou même de l’imposer. En revanche, la province pourrait défendre devant les tribunaux son propre taux, si elle pouvait démontrer que sa mesure se révèle aussi efficace que la cible fédérale pour réduire ses émissions.

Brian Pallister s’est souvent montré critique à l’égard de la cible de 50 $ la tonne du fédéral. Il estime d’ailleurs qu’on devrait tenir compte, dans les calculs, des milliards de dollars que la province a déjà investis dans le développement de son réseau hydroélectrique, une source d’énergie «propre».

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