Le milieu communautaire lance un cri du cœur pour soutenir les demandeurs d’asile

MONTRÉAL — La crise des demandeurs d’asile se traduit actuellement par un étouffement des ressources communautaires, déplore un regroupement d’organismes de quartier de Montréal, qui réclame de l’oxygène et des mesures d’aide immédiates de la part des gouvernements.

La réouverture des frontières internationales, après une fermeture forcée par la crise sanitaire en 2020 et en 2021, a provoqué un afflux jamais-vu de demandeurs d’asile aux portes du Canada. 

L’an dernier seulement, ce sont quelque 90 000 demandeurs d’asile qui sont venus chercher refuge au Québec; du nombre, 40% sont arrivés par le chemin Roxham, chiffre Stephan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI). 

Si l’on en retrouve beaucoup dans la métropole, ces demandeurs d’asile percolent aussi dans les couronnes nord et sud de l’île, mais aussi, dans une moindre mesure, dans plusieurs régions du Québec, a-t-il ajouté.

N’ayant pas accès aux services publics, ce nombre inédit d’immigrants sans-papier se tourne vers les organismes communautaires, qui font à leur tour face à une demande inouïe, sans toutefois obtenir quelque compensation financière supplémentaire que ce soit, ni du gouvernement provincial ni du palier fédéral.

«Malgré notre bonne volonté et nos efforts, nos ressources ne suffisent pas», déplore Catherine Pappas, directrice générale de la Corporation de développement communautaire de Côte-des-Neiges.

Déjà aux prises avec un exode du personnel là où les salaires sont généralement plus généreux, ces organismes de quartier voient aussi leurs employés restants à bout de souffle, ne sachant pas combien de temps ils pourront tenir le fort. 

«La situation est critique, dénonce pour sa part Maria Ximena Flores, de la Coalition montréalaise des Tables de quartier (CMTQ) et du Comité des organismes sociaux de Saint-Laurent/COSSL. Il faut agir rapidement avant que ça ne devienne encore plus dramatique et que tout nous explose en plein visage.»

Demandes

Pour les demandeurs d’asile, ces obstacles bureaucratiques et administratifs représentent une épreuve supplémentaire dans un parcours du combattant déjà bien chargé au cours duquel ils ont parfois bourlingué à travers plusieurs pays avant d’arriver au Canada.

«Rappelons-nous que ces gens-là, ces familles-là, ont traversé un parcours difficile, ponctué de traumatismes et de violence, illustre Bruno Hidalgo, intervenant pour Pause Famille. C’est essentiel qu’on puisse les accueillir et les soutenir dès le jour un.»

Lançant un cri du cœur d’une seule voix, ces organismes réclament que leur financement soit revu à la hausse pour «renforcer leur capacité à offrir soutien et accompagnement adéquats aux demandeurs d’asile». Aucun chiffre n’a toutefois pu être avancé quant au montant nécessaire pour répondre à tous les besoins.

«Ce n’est pas un enjeu d’argent», soutient M. Reichhold, rappelant qu’Ottawa rembourse Québec pour les frais encourus par l’accueil des demandeurs d’asile.

Ils souhaitent aussi le renversement d’une décision du Conseil des ministres québécois datant de 1996, qui limite l’accès aux services publics pour les demandeurs d’asile, comme l’assurance-maladie et certaines prestations. Une demande réitérée à maintes reprises, mais qui demeure sans suite malgré les appels répétés du milieu, fait valoir M. Reichhold. «On nous dit toujours que c’est le fédéral qui doit s’en mêler», laisse-t-il tomber.

Le regroupement souhaiterait également que les demandeurs d’asile aient accès à l’ensemble du Programme d’accompagnement et de soutien à l’intégration offert par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec, aux services de garde subventionnés et aux mesures d’employabilité financées par Services Québec. 

Le renforcement des services d’accompagnement juridique pour les demandeurs d’asile ainsi qu’un dispositif d’hébergement transitoire pour ceux qui n’auront pas accès à un logement transitoire font aussi partie des demandes.

Conséquences

À long terme, il est plus coûteux pour la société de ne pas soutenir rapidement les demandeurs d’asile, rappellent plusieurs intervenants.

«Trop souvent, les demandeurs d’asile sont perçus comme un fardeau et non comme un actif pour notre société, dénonce Sylvie Guyon, membre du comité immigration de Verdun et du comité de rapprochement interculturel de Ville-Émard/Côte Saint-Paul. Pendant la pandémie, on a réalisé que ces demandeurs d’asile étaient surreprésentés parmi les travailleurs des services essentiels. On s’est soudainement mis à les appeler nos « anges gardiens »…»

«En leur imposant un parcours semé d’embûches et de stress, qui s’étend parfois sur plusieurs années, le gouvernement fait un très mauvais calcul, à notre avis», renchérit-elle.

Martin Savard, président du conseil d’administration de Concert’Action Lachine, rappelle qu’en étant mal informés sur leurs droits et sur leur employabilité, les demandeurs d’asile sont plus susceptibles d’être victimes de fraude ou d’accidents du travail.

«Ces arrivants-là sont plus que des chiffres, souligne Gary Obas, porte-parole de L’organisme pour l’Intégration, la Citoyenneté et l’Inclusion, sis dans Montréal-Nord. Ce sont des gens qui veulent contribuer à l’essor économique de la société. La plupart des demandeurs d’asile finiront par devenir résidents permanents du Canada.»

«Si on ne les aide pas en partant en leur donnant accès à des ressources et à de la francisation, certains ne trouveront jamais du travail et vivront d’aide sociale, poursuit M. Hidalgo. Ils ne pourront pas se loger adéquatement et avoir accès à certains services. Les enfants n’auront pas accès à une scolarité satisfaisante. Et ce cycle va se poursuivre.»

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Cette dépêche a été rédigée avec l’aide financière de la Bourse de Meta et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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