Le ministre Blair refuse de dire si l’arme de Marc Lépine sera interdite

OTTAWA — Au 30e anniversaire de la tuerie à l’École Polytechnique, le gouvernement Trudeau souligne sa promesse d’interdire des armes d’assaut de style militaire mais refuse de dire si l’interdiction à venir s’appliquera à l’arme utilisée par Marc Lépine.

Aux Communes vendredi matin, c’était l’heure des discours commémoratifs. Le premier ministre Justin Trudeau a profité de son temps de parole pour souligner que son gouvernement a l’intention d’interdire «le genre d’arme utilisée à l’École Polytechnique».

«Nos gestes en disent plus long que nos mots», a d’abord noté M. Trudeau dans son discours. «Ces armes conçues pour tuer le plus grand nombre de personnes possible dans le plus court laps de temps possible n’ont pas de place dans nos communautés, dans nos rues, dans notre pays», a-t-il ajouté.

Tous les députés l’ont alors applaudi, sauf les élus conservateurs. Il y a toutefois eu une exception dans les bancs de l’opposition officielle. Un des 10 députés conservateurs québécois, l’élu de Chicoutimi-Le Fjord, Richard Martel, a participé aux applaudissements.

Quelques heures plus tard, le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, a tenté de préciser le message.

«Ce que (le premier ministre) a dit (…) c’est que nous faisons le travail nécessaire pour interdire les armes semblables à celle utilisée dans cet événement tragique il y a 30 ans», a déclaré le ministre.

Pas question d’identifier le Ruger Mini-14 par son nom, malgré l’insistance des journalistes.

«Ce que je ne veux pas provoquer comme phénomène, c’est que des individus aillent s’acheter ces armes avant que ne soit publiée la liste (des armes éventuellement interdites)», a fini par lâcher le ministre pressé de questions.

Et il a tenu à répéter à plusieurs reprises que lorsque cette liste sera publiée, il fera connaître les critères utilisés pour la dresser.

Pour l’opposition bloquiste, le message du discours de M. Trudeau semblait pourtant clair.

«J’ai cru entendre (…) que le premier ministre avait bel et bien dit qu’il allait s’assurer du bannissement de cette arme-là», a affirmé le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet. 

La prudence du ministre Blair ne plaît pas à sa collègue libérale de Brossard-Saint-Lambert, «déçue» qu’on n’ait pas encore banni cette arme, 30 ans après la tuerie.

«Ça nous laisse dans des beaux débats de caucus», a fait remarquer Alexandra Mendès, décrivant le caucus libéral «à l’image du pays», c’est-à-dire divisé sur la question du contrôle des armes à feu.

«Le ministre Blair est (…) très engagé à arriver à une décision mais c’est le comment, je crois, qui actuellement est le plus difficile», a-t-elle tout de même offert.

Mme Mendès a cru bon rappeler le prix politique payé par son parti lorsqu’il a mis en place un registre d’armes d’épaule.

La tuerie de Polytechnique avait donné naissance à une campagne pour le contrôle des armes à feu, campagne qui, après plusieurs années de lutte, avait convaincu le gouvernement libéral de Jean Chrétien de mettre sur pied ce registre. Le gouvernement conservateur de Stephen Harper l’a détruit.

La semaine dernière, Polysesouvient a rappelé aux libéraux leur promesse d’étendre le contrôle des armes à feu. Et à la lecture de la lettre signée par Heidi Rathjen et Nathalie Provost, on comprend que le groupe croit que la promesse libérale couvre le Ruger Mini-14.

«Nous anticipons enfin le bannissement du Ruger Mini-14, l’arme utilisée pour tuer quatorze de nos filles ou consoeurs et en blesser autant d’autres en moins de 20 minutes», dit la lettre adressée au ministre Blair. 

Extraits des discours aux Communes

Andréanne Larouche, députée bloquiste: «L’attentat antiféministe de Polytechnique n’a pas fait que 14 victimes. Il en a fait beaucoup plus: des milliers, des millions. Le Québec tout entier, 30 ans plus tard, vit encore avec ce fardeau, ce sentiment désagréable de s’être sali.»

Jagmeet Singh, chef du NPD: «Trente ans après que les Canadiennes et les Canadiens aient dit « plus jamais » à la suite de la tragédie de l’École Polytechnique, nous devons reconnaître collectivement qu’il nous reste un long chemin à parcourir pour respecter cet engagement.»

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur: «Il est tout à fait inacceptable que la violence faite aux femmes soit d’actualité. C’est pourquoi je me propose et je propose à tous les Canadiens de ne pas se contenter d’être respectueux envers les femmes. Soyons également proactifs et prouvons par des gestes concrets à quel point nous avons à coeur la sécurité et la dignité de chaque vie, de chaque femme.»

Justin Trudeau, premier ministre: «Nos gestes en disent plus long que nos mots. (…) Ces armes conçues pour tuer le plus grand nombre de personnes possible dans le plus court laps de temps possible n’ont pas de place dans nos communautés, dans nos rues, dans notre pays.» 

Jenica Atwin, députée du Parti vert: «Il ne s’agissait pas d’un acte isolé, mais plutôt la conséquence directe de la misogynie rampante dans notre société. Cette violence qui cible spécifiquement les femmes n’a toujours pas été éradiquée dans nos communautés.»

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

Commentaires
Laisser un commentaire