Le ministre Champagne ne croit pas les démentis de Moscou dans l’affaire Navalny

OTTAWA — Le Canada et ses alliés du G7 acceptent avec un scepticisme certain les démentis de Moscou concernant l’empoisonnement d’Alexeï Navalny, a soutenu vendredi le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne.

M. Navalny, farouche opposant de Vladimir Poutine, est présentement dans un hôpital de Berlin après avoir été placé dans un coma artificiel. L’Allemagne a accusé la Russie de l’avoir empoisonné avec un agent neurotoxique chimique. Le Kremlin a nié avoir eu quoi que ce soit à voir avec l’empoisonnement de M. Navalny. «Je pense que tout le monde prend ça avec un grain de sel», a déclaré M. Champagne à La Presse Canadienne.

Le Canada collabore avec l’Allemagne et leurs partenaires du G7 pour une réponse coordonnée à l’agression de Moscou contre une figure politique de l’opposition en Russie. M. Champagne n’a pas voulu dire si des sanctions ou davantage d’expulsions de diplomates sont à prévoir: Ottawa souhaite avant tout que les auteurs de cette agression soient traduits en justice, a-t-il dit.

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a également déclaré vendredi que M. Navalny avait été «sans l’ombre d’un doute» empoisonné par un agent chimique militaire de type Novitchok, une famille de neurotoxines développées par l’Union soviétique.

M. Champagne avait participé plus tôt cette semaine à une réunion virtuelle des ministres des Affaires étrangères du G20, qui comprend la Russie, l’Arabie saoudite et la Chine. Mais le Canada a choisi le plus restreint G7, composé uniquement de pays démocratiques, pour avoir une discussion plus vigoureuse sur ce que le ministre Champagne a appelé une initiative scandaleuse du gouvernement du président Poutine pour étouffer la dissidence en Russie. «Je ne peux pas concevoir un monde dans lequel le Novitchok ou une substance de la famille des Novitchok aurait été utilisé en Russie sans que l’État soit directement ou indirectement impliqué», a-t-il soutenu.

Dans un communiqué conjoint publié vendredi, ses homologues allemands et français, Heiko Maas et Jean-Yves Le Drian, demandent que les auteurs de cette «tentative d’assassinat» soient traduits en justice.

La Grande-Bretagne a identifié le Novitchok comme l’agent utilisé pour empoisonner l’ex-espion russe Sergueï Skripal et sa fille Ioulia à Salisbury en mars 2018. Cette affaire avait conduit à un ballet d’expulsions diplomatiques entre la Russie et les pays occidentaux.

Quelles sanctions ?

Michael Bociurkiw, un analyste né au Canada qui a travaillé pour l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, estime que le Canada et ses alliés disposent d’un certain nombre de «mesures plus dures» qu’ils pourraient imposer à la Russie.

«Plus de sanctions, mais en tirs groupés, notamment l’expulsion de diplomates et la fermeture de postes diplomatiques — ou même la suspension des droits d’atterrissage pour les avions immatriculés en Russie», a-t-il suggéré. On pourrait aussi, selon lui, bloquer les achats de propriétés privées ou commerciales par les Russes. M. Champagne a indiqué qu’il était trop tôt pour préciser les mesures particulières qui pourraient être prises.

Le ministre a accordé cette entrevue alors qu’il respecte une «quarantaine», après avoir visité quatre pays la semaine dernière, dont le Liban. M. Champagne a aussi rencontré à Rome son homologue chinois, Wang Yi, à qui il a demandé à nouveau la libération de Michael Kovrig et Michael Spavor — ou au moins un accès consulaire aux deux Canadiens.

MM. Kovrig et Spavor sont détenus en Chine depuis décembre 2018 dans ce qui est largement considéré comme des représailles par Pékin pour l’arrestation par le Canada, à Vancouver, de la dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou, en vertu d’un mandat d’extradition américain. M. Champagne a déclaré qu’il avait eu également avec M. Wang une discussion «robuste» sur les droits de la personne, notamment la répression de la démocratie par la Chine à Hong Kong.

Le Canada a déjà suspendu son traité d’extradition avec Hong Kong et interdit l’exportation de biens militaires avec cette ancienne colonie britannique, rétrocédée à la Chine en 1997. Mais certains souhaiteraient que le gouvernement Trudeau en fasse plus pour aider les Canadiens et les partisans de la démocratie à quitter Hong Kong avant qu’ils ne subissent des représailles.

M. Champagne a indiqué qu’il travaillait sur ces prochaines étapes avec son collègue de l’Immigration, Marco Mendicino.

Le ministre des Affaires étrangères a par ailleurs déclaré qu’il prévoyait effectuer davantage de voyages à l’étranger malgré les restrictions imposées par la COVID-19. Il estime qu’il est important pour le Canada de dialoguer directement avec ses principaux alliés, ce qu’il a fait lors d’une réunion de deux heures, à Londres il y a une semaine, avec son homologue britannique, Dominic Raab.

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