Le ministre des Anciens Combattants se félicite de la baisse des dossiers en attente

OTTAWA — Le gouvernement Trudeau se félicite d’avoir réduit le nombre de demandes de prestations d’invalidité d’anciens combattants qui accusaient de sérieux retards, mais le nombre total de dossiers en attente reste inchangé et les défenseurs des vétérans craignent que la COVID-19 retarde le traitement des nouvelles demandes d’aide.

Le cabinet du ministre des Anciens Combattants, Lawrence MacAulay, a fourni des chiffres à jour à La Presse canadienne jeudi soir, quelques heures après que celui-ci s’est vanté des progrès de son ministère pour réduire l’arriéré de demandes.

Les données montrent que si le nombre total de demandes en attente au ministère des Anciens Combattants est demeuré stable, à environ 45 000 à la fin de septembre, le nombre de demandes restées dans la file d’attente pendant plus de quatre mois était de 19 600, soit environ 2000 de moins que trois mois plus tôt.

Les 45 000 demandes comprennent 3600 autres dossiers complets qui attendent depuis moins de quatre mois —  une augmentation de 1300 par rapport à la fin juin —  et près de 9500 demandes auxquelles aucun membre du personnel n’a encore été affecté.

Les autres dossiers sont décrits par le ministère des Anciens Combattants comme des demandes «incomplètes» en attente d’informations supplémentaires.

Les chiffres mis à jour montrent également que le ministère n’a traité que 7400 dossiers entre juillet et septembre, soit une baisse de 2100 par rapport aux trois mois précédents. C’est près de 5000 de moins que pendant la même période en 2019.

Les données indiquent par ailleurs que le ministère a reçu beaucoup moins de nouvelles demandes d’aide qu’à la même période l’année dernière. Les défenseurs des vétérans affirment que cette situation s’explique par le fait que ceux-ci ont plus de difficulté à obtenir leurs dossiers médicaux en période de pandémie.

Moins de 10 000 nouvelles demandes ont été reçues entre juillet et septembre, par rapport à la moyenne sur trois mois d’environ 14 000 en 2019. Cette différence soulève des inquiétudes quant à l’impossibilité pour les anciens combattants dans le besoin de demander de l’aide.

Des difficultés en temps de pandémie

Le ministère a reconnu que les vétérans pourraient avoir du mal à obtenir les renseignements dont ils ont besoin pour présenter une demande.

Mais le gouvernement libéral a jusqu’à présent ignoré les demandes visant à alléger les exigences liées aux demandes des anciens combattants pendant la pandémie COVID-19, affirmant qu’il a offert aux anciens militaires plus de temps pour collecter les informations nécessaires et qu’il accélère le traitement des demandes présentées par des vétérans à risque.

M. MacAulay a évoqué à plusieurs reprises la baisse du nombre de demandes accusant un important retard de traitement lors de sa comparution jeudi devant un comité de la Chambre des communes, au cours de laquelle des députés de l’opposition l’ont interrogé sur le plan du gouvernement pour résorber l’arriéré.

L’accumulation des demandes en attente est devenue un problème politique sérieux pour le gouvernement fédéral et un problème plus personnel pour les anciens combattants invalides ou souffrant de problèmes de santé liés à leur vie militaire. Des milliers d’entre eux étant contraints d’attendre des mois ou des années pour savoir s’ils seraient admissibles aux prestations et services fédéraux destinés aux vétérans.

Les défenseurs des anciens combattants soulignent que ces délais aggravent leur stress financier et émotionnel. Plusieurs vétérans peinent à joindre les deux bouts tout en faisant face à des blessures physiques et à des troubles mentaux.

Le gouvernement libéral a annoncé en juin qu’il réservait près de 90 millions de dollars pour embaucher 300 employés temporaires afin d’accélérer le traitement des demandes d’invalidité.

«Ce que nous devons faire, comme je l’ai indiqué précédemment, est de nous assurer que nous numérisons les fichiers et que nous coordonnons le personnel», a affirmé le ministre MacAulay au comité jeudi. «Et voyez, seulement avec cela, nous avons commencé à réduire l’arriéré. Et lorsque ces nouveaux employés seront en fonction, cela fera une grande différence.»

«Traiter une amputation avec un sparadrap»

Les défenseurs des anciens combattants et d’autres témoins ont affirmé au comité par la suite que le plan du gouvernement ne répondait pas aux besoins des principaux concernés. Le directeur parlementaire du budget a estimé que même avec les nouveaux employés, il y aura encore environ 40 000 demandes en attente dans deux ans.

«La proposition actuelle revient à traiter une amputation avec un sparadrap», a illustré Doreen Weatherbie, présidente de l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada, le syndicat représentant les arbitres du ministère des Anciens Combattants.

Des groupes de vétérans ont réclamé l’approbation automatique des demandes d’invalidité, avec des audits ponctuels pour dissuader les tricheurs. Le porte-parole conservateur pour les anciens combattants, John Brassard, a fait remarquer qu’une approche similaire avait été adoptée pour les prestations d’urgence afin d’aider rapidement les Canadiens pendant la pandémie.

«C’est une situation désastreuse», a dit M. Brassard au ministre MacAulay. «Si le gouvernement peut agir à la vitesse de la lumière pour (la COVID-19), alors pourquoi n’avance-t-il pas à la vitesse de la lumière pour les anciens combattants du Canada et leur famille?»

La porte-parole néo-démocrate pour les anciens combattants, Rachel Blaney, a évoqué les défis de la COVID-19 lors de la réunion du comité, demandant à M. MacAulay si le ministère avait un plan pour faire face à l’afflux attendu de nouvelles demandes après la pandémie.

«Nous n’avons aucun contrôle sur ce qui entre. Nous ne pouvons que gérer ce qui entre», a répondu le ministre. «S’il y a un pic après, comme je l’ai toujours dit, notre travail sera de nous assurer que nous fournissons les prestations aux anciens combattants.»

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