Le ministre Hehr s’excuse pour ses propos aux survivants de la thalidomide

OTTAWA — Le ministre fédéral des Personnes handicapées s’est excusé publiquement, mardi, à un groupe de survivants de la thalidomide qui l’accusaient d’avoir fait des remarques dégradantes à leur endroit lors d’une rencontre cet automne.

Kent Hehr, qui est lui-même quadriplégique, a affirmé mardi qu’il n’avait jamais voulu blesser quiconque dans cet entretien, qui s’est déroulé le 19 octobre avec un groupe de survivants qui réclamait une plus grande compensation pour les malformations causées par un médicament pour les femmes enceintes qui est maintenant interdit. M. Hehr s’est excusé «de ce qui est ressorti de cette rencontre et de la façon dont ils ont interprété ce qui s’est passé à cette rencontre».

Plus tôt, mardi, les membres du groupe ont causé toute une commotion à Ottawa en accusant M. Hehr d’avoir suggéré que leur situation était moins grave maintenant que lorsqu’ils étaient enfants.

Selon Fiona Sampson, une survivante de la thalidomide qui a participé à cette rencontre, M. Hehr aurait dit que «tout le monde au Canada avait une histoire larmoyante» et que «plusieurs personnes avaient des difficultés au Canada — les handicapés, les gens pauvres —, pas seulement (eux)».

Selon le récit de Mme Sampson, lorsque M. Hehr a été informé de l’impact de leur condition sur leur espérance de vie, il aurait répondu «qu’il leur restait probablement 10 années à vivre et qu’il s’agissait là de bonnes nouvelles pour le gouvernement du Canada».

Dans sa déclaration, Kent Hehr a vigoureusement nié avoir fait cette dernière remarque et croit que le groupe a mal interprété ses autres commentaires. Il dit s’être excusé au groupe directement le mois dernier.

Mme Sampson accuse aussi M. Hehr d’avoir touché une survivante de façon non sollicitée. «C’était…un contact physique qui a violé son espace privé», a-t-elle expliqué.

M. Hehr dit avoir été informé de cette allégation spécifique seulement lors de la conférence de mardi. «S’il y a eu quelconque contact physique, c’était complètement accidentel et je m’en excuse.»

Une augmentation de l’indemnité réclamée

Les survivants demandent au gouvernement fédéral de leur verser une indemnité forfaitaire de 250 000 $ et d’augmenter leur pension annuelle, comme il s’y était engagé.

Selon les survivants, les victimes de la thalidomide n’ont reçu jusqu’ici que la moitié de l’indemnité forfaitaire promise (125 000 $) et ont du mal à boucler leurs fins de mois, à cause de la gravité de leur invalidité.

Mais ce sont leurs allégations contre M. Hehr qui ont monopolisé les discussions, mardi.

«Nous étions choqués et sidérés parce que vraiment, il est le ministre responsable des personnes handicapées. Il est censé être notre défenseur», a déclaré Mme Sampson.

«Non seulement il ne nous a pas défendus, mais il nous a dégradés, il nous a insultés.»

Les excuses de M. Hehr ne seront lourdes de sens que si le gouvernement respecte sa promesse, selon elle.

Mme Sampson dit que son groupe a eu des rencontres plus positives avec d’autres ministres du cabinet Trudeau, dont la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett et la ministre des Affaires étrangères, Chystia Freeland.

Le porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD) en matière de santé, Don Davies, croit que ces commentaires témoignent d’un problème plus grand au sein du cabinet libéral.

«Je crois qu’ils démontrent un problème plus profond, celui d’un manque de sensibilité, que je trouve beaucoup plus dérangeant», a-t-il déclaré.

Il y a trois ans, en décembre 2014, la Chambre des communes avait adopté à l’unanimité une motion dans laquelle le Parlement s’engageait à apporter son plein appui aux victimes canadiennes de la thalidomide.

Ce sédatif était administré aux femmes enceintes, au tournant des années 1960, pour lutter contre les symptômes liés à la nausée du matin. On s’est aperçu plus tard qu’il causait des malformations congénitales chez le bébé à naître, et parfois la mort du foetus ou du bébé.

Dans un communiqué, Santé Canada a dit être au courant des inquiétudes soulevées par le groupe, assurant qu’elles seront prises en considération.

«Le gouvernement du Canada est entièrement engagé à fournir du soutien aux survivants confirmés de la thalidomide pour qu’ils vieillissent avec dignité.»

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