Le ministre Sajjan demande une enquête sur le racisme au sein de l’armée

OTTAWA — Le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, a demandé à l’ombudsman militaire de mener une enquête sur le racisme au sein des forces armées, notamment les liens qu’auraient tissés certains militaires avec l’ultradroite suprémaciste.

Cette demande sans précédent auprès de l’ombudsman du ministère de la Défense nationale et des Forces armées canadiennes fait suite à plusieurs incidents troublants qui lient des militaires à des groupes extrémistes ou haineux, notamment les suprémacistes blancs.

La requête du ministre Sajjan intervient aussi à la veille d’une campagne électorale fédérale au cours de laquelle le racisme et les questions identitaires devraient occuper une place importante.

M. Sajjan soutient que sa demande n’est «absolument pas» motivée par la politique partisane.

Il précise par ailleurs que cette requête à l’ombudsman ne signifie pas que l’armée ne peut pas elle-même faire face au racisme dans ses rangs.

Le ministre estime que l’état-major a jusqu’ici bien réagi face aux différents incidents, mais qu’une enquête indépendante est nécessaire afin de mesurer l’étendue du problème et de proposer des moyens de le prévenir.

Le bureau de l’ombudsman Gregory Lick a confirmé avoir reçu la demande du ministre dans une lettre datée du 29 juillet.

L’ombudsman a déjà commencé à se pencher sur la manière dont l’enquête pourrait être conduite, selon son porte-parole, Andrew Bernardo.

Un des incidents à la source de l’inquiétude quant aux liens entre l’armée et des groupes d’ultradroite est survenu en 2017, à Halifax, lorsque des militaires avaient perturbé une cérémonie mi’kmaq. Les cinq marins étaient membres des «Proud Boys», un groupe qui se décrit comme gardien de l’héritage européen en Amérique.

Selon un rapport des services de renseignement militaires réalisé l’an dernier et obtenu en vertu de la Loi sur l’accès à l’information par La Presse canadienne, des ex-militaires et des membres actuels des forces armées «constatent que leurs compétences sont valorisées, en raison de la structure de ces groupes, et leur permettent d’obtenir des positions de leadership».

Le ministre Sajjan, qui dit avoir déjà lui-même été la cible de racisme au sein de l’armée, affirme qu’aucun document ou incident en particulier ne l’a poussé à demander cette enquête, qui ne sera d’ailleurs pas complétée à temps pour les élections fédérales.

Il affirme avoir attendu la nomination officielle d’un ombudsman, puisque M. Lick occupait seulement ce poste sur une base intérimaire depuis le mois de novembre 2018.

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