Le modèle d’affaires de l’industrie de la pharmacie semble périmé, dit l’AQPP

MONTRÉAL – Le modèle d’affaires de l’industrie de la pharmacie au Québec semble dépassé, notamment en raison de la méthode de rémunération des pharmaciens qui dépend encore beaucoup de la vente de médicaments, juge l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP), forte d’une nouvelle étude.

Celle-ci a été commandée par l’AQPP en janvier dernier à deux économistes qui ont dévoilé lundi leur «livre blanc sur la pharmacie communautaire».

Selon l’économiste spécialisé en santé Yanick Labrie, les politiques gouvernementales «mal avisées» de la dernière décennie sur la compression des coûts des médicaments et la rémunération des pharmaciens ont eu une série d’effets pervers, en plus de générer des économies qu’il qualifie de «marginales». Notamment, ces politiques sont la source d’énormes frictions entre les joueurs de l’industrie, note-t-il, en plus de multiplier les stratégies commerciales pour récupérer l’argent autrement.

«Les coûts sont généralement transférés à d’autres payeurs, notamment les patients», est-il écrit dans les conclusions de l’étude.

Jean Thiffault, le président de l’AQPP, a été étonné de certains des constats de l’étude.

«Ce qui m’a surpris, ce sont les divisions entre les divers intervenants du milieu de la pharmacie, du milieu de la santé. Il y a beaucoup de divisions qui sont causées par les politiques du ministre de la Santé qui met les gens un peu en opposition les uns aux autres. Il y a vraiment une urgence de rebâtir les ponts», a-t-il déclaré.

Parmi les conséquences des politiques publiques, M. Labrie relève aussi l’intégration verticale — ou consolidation — accrue dans l’industrie entre les étapes de fabrication, de distribution et de vente, qui peut amener un pharmacien à conclure des ententes commerciales pour privilégier certaines marques de produits, par exemple.

L’AQPP craint aussi que les appels d’offres que veut effectuer le gouvernement québécois ne mènent à une pénurie de certains médicaments.

«Si on réduit les prix artificiellement, cela fait en sorte à un moment donné qu’il y a une catégorie de médicaments qui ne sont tout simplement plus rentables et donc les compagnies vont réaffecter leur production à produire ceux qui ont une marge bénéficiaire un peu plus grande. On l’a observé», a indiqué M. Labrie.

«Si on tue la concurrence, il y a des gens qui ne soumissionnent plus», a-t-il ajouté.

Quant au mode de rémunération des pharmaciens, il n’a pas changé en 40 ans, alors que la réalité des soins de santé a évolué, a souligné M. Labrie en dévoilant son étude. Il demeure plus axé sur la vente de médicaments que sur la livraison de services de pharmaciens.

L’économiste signale à ce titre que la rémunération des pharmaciens dépend encore grandement des allocations professionnelles, soit des ristournes versées par les fabricants de médicaments génériques. Une situation qui crée un malaise chez des pharmaciens, note-t-il.

L’AQPP rappelle que les pharmaciens souhaitent ne plus dépendre des allocations professionnelles et être rémunérés pour les services professionnels rendus aux patients. À ce sujet, ils indiquent n’avoir aucune difficulté à ce que le gouvernement québécois négocie lui-même avec les fabricants de médicaments génériques, à la condition que leurs honoraires professionnels soient augmentés pour pallier le manque à gagner.

«On est dus pour un renouveau», a déclaré M. Thiffault.

De plus, les compressions du salaire des pharmaciens ont mené à une réduction de leurs heures de travail et donc de leur disponibilité au public, soutient l’Association.

M. Labrie dit avoir rencontré, avec l’économiste Julie Frappier, une soixantaine d’intervenants du milieu — mais pas du gouvernement québécois — qui sont nombreux à avoir dénoncé la sous-utilisation des pharmaciens, qui ne peuvent notamment pas vacciner au Québec. Ils ont pourtant cette autorisation dans sept provinces canadiennes.

«On renonce à certains avantages» collectivement, a expliqué M. Labrie lors de sa présentation.

L’AQPP espère que le livre blanc sera une source de réflexion et de discussions pour renouveler l’industrie.

Récemment, l’AQPP a fait parler d’elle pour son conflit avec le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, au sujet de la rémunération des pharmaciens. Elle a indiqué récemment qu’elle allait se tourner vers l’arbitrage en raison de l’impasse dans les négociations.

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