Le modérateur du premier débat désastreux est incapable de le regarder de nouveau

NEW YORK — Près de deux mois après le premier débat désastreux entre le président Donald Trump et le démocrate Joe Biden, le modérateur Chris Wallace ne peut se résoudre à le regarder de nouveau.

«Je ne suis pas sûr de le faire un jour», a admis M. Wallace, animateur de l’émission d’actualité «Fox News Sunday».

L’Université George Washington a réuni à distance les dirigeants de la Commission sur les débats présidentiels et les modérateurs des trois débats de la campagne, lundi soir, pour faire le bilan de l’exercice et en tirer des enseignements. Deux points ont retenu l’attention: la popularité accrue du vote anticipé pousse la commission à envisager de tenir les débats plus tôt dans la campagne, et la possibilité pour le modérateur de couper le micro d’un candidat qui dépasse son temps de parole est peut-être là pour de bon.

La commission s’est retrouvée au centre de l’actualité en décidant d’annuler le deuxième des trois débats présidentiels prévus lorsque M. Trump a refusé de participer à un débat à distance après son diagnostic de COVID-19. M. Trump et ses partisans ont accusé la commission d’avoir un parti-pris pour M. Biden.

«Personne n’aime être la cible d’attaques», a déclaré Kenneth Wollack, l’un des coprésidents de la commission. Il a assuré qu’il n’y avait «pas une once de partisanerie» dans les décisions de l’organisme.

Après de nombreux débats internes, la commission a décidé, pour le dernier débat, de couper le micro de MM. Trump et Biden lorsque leur adversaire avait deux minutes pour s’exprimer après la présentation d’un nouveau sujet.

La commission a indiqué que ce n’était pas une nouvelle règle, mais plutôt un moyen d’appliquer les règles qui avaient déjà été acceptées par les candidats. Les interruptions répétées de M. Trump lors du débat du 29 septembre ont forcé ce changement.

Kristen Welker de NBC, la modératrice qui a bénéficié de la possibilité de couper le micro des candidats, a affirmé qu’elle avait été «agréablement satisfaite» de la façon dont cela avait fonctionné. La commission évaluera formellement l’avenir de cette mesure au printemps prochain, a précisé Frank Fahrenkopf, un autre coprésident.

Chris Wallace a dit qu’il aurait souhaité avoir agi plus tôt pour suggérer un «temps d’arrêt» afin que les candidats comprennent qu’ils devaient mieux se comporter.

«J’ai réalisé au bout de 15 minutes que j’avais un problème et que le pays avait un problème», a-t-il affirmé.

Un tournant pour Donald Trump

Mais M. Wallace a estimé que le président avait employé une «très mauvaise stratégie», car il est rapidement devenu clair qu’il se faisait plus de tort à lui-même qu’à M. Biden. Selon M. Fahrenkopf, la performance de M. Trump ce soir-là a été un facteur clé de sa défaite électorale.

«Pour le meilleur ou pour le pire, je pense que le premier débat a été un moment d’éclaircissement profond», a analysé M. Wallace.

Susan Page du quotidien «USA Today», qui a animé le débat entre le vice-président Mike Pence et la démocrate Kamala Harris, a été déstabilisée par la verbosité et l’attitude évasive des candidats, et estime que cela l’a empêchée de donner suite aux questions restées sans réponse. Si elle avait la possibilité de recommencer, elle a dit qu’elle aurait été plus agressive en interrompant M. Pence.

Les modérateurs ont partagé les stratégies auxquelles ils ont eu recours pour se préparer. Mme Welker, qui a reçu des éloges pour sa gestion du dernier débat, a mis de côté son travail à NBC News pour se concentrer sur sa préparation. Elle a expliqué qu’elle avait discuté avec des gens à travers le pays, comme des électeurs indécis et des enseignants travaillant à distance à cause de la pandémie.

«Cela m’a donné une idée et une sensibilité de ce qui était important pour les électeurs», a-t-elle déclaré. «Je voulais vraiment que ce ne soit pas un débat centré sur Washington.»

M. Fahrenkopf a indiqué qu’il devenait de plus en plus difficile de choisir des modérateurs parce que la commission veut toujours s’assurer que rien dans leur travail passé ne les fasse paraître comme favorables à un candidat par rapport à l’autre.

S’il avait un conseil à donner aux téléspectateurs, M. Fahrenkopf a dit que ce serait d’éteindre leur téléviseur après la conclusion du débat et de ne pas écouter les analystes de la télévision leur expliquer ce qu’ils viennent de voir.

«Je pense que c’est un très mauvais conseil», a répliqué M. Wallace, qui joue habituellement ce rôle à Fox News lorsqu’il n’est pas modérateur.

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