Le monde attend nerveusement, impatiemment, le résultat de l’élection

Des voitures Ford modèle T sorties de la chaîne de montage en seulement 90 minutes à la restauration rapide, les États-Unis ont contribué de façon majeure à faire du monde un endroit frénétique et impatient, avide de gratification instantanée.

Se réveiller mercredi et voir que le vainqueur des élections américaines pourrait ne pas être connu pendant des heures, des jours ou des semaines — les experts de partout dans le monde y sont allés de leurs meilleures suppositions — a été un choc pour une planète habituée à l’une des plus grandes exportations américaines: la vitesse.

En l’absence de vainqueur immédiat entre le président Donald Trump et son adversaire Joe Biden, le jeu de devinettes consistant à essayer de déterminer lequel d’entre eux finirait à la Maison-Blanche — et de quelle façon — est rapidement devenu mondial. Les chefs de gouvernement se sont empressés de digérer le retard et les citoyens ont échangé leurs points de vue, leurs espoirs et leurs craintes en ligne et par téléphone.

«J’entends qu’il faudra peut-être un certain temps avant que les choses ne soient réglées», a déclaré le ministre des Finances du Japon, Taro Aso. «J’ignore comment cela pourra nous affecter.»

L’absence de résultat n’était pas si surprenante pour les experts. En cette année bouleversée par la pandémie de coronavirus, de nombreux États ont facilité le vote par correspondance. Cela s’est traduit par un ralentissement de la compilation des résultats, car les bulletins de vote par correspondance prennent souvent plus de temps à traiter que ceux déposés dans les bureaux de vote.

Malgré tout, le malaise de ne pas savoir se mêlait à des inquiétudes croissantes quant à la façon dont l’Amérique pourrait guérir après la division électorale et les angoisses alimentées par les propres revendications extraordinaires et prématurées de la victoire par M. Trump, et sa menace de se tourner vers la Cour suprême pour faire cesser le dépouillement.

De l’Europe, en particulier, sont venus des appels à la patience et à un décompte complet des votes. En Slovénie, berceau de la première dame Melania Trump, le premier ministre de droite, Janez Jansa, a affirmé qu’il est «assez évident que le peuple américain a élu Donald Trump», mais il était une voix solitaire parmi les dirigeants en devançant tout résultat clair.

Le vice-chancelier allemand, Olaf Scholz, a insisté sur un décompte complet en déclarant: «Il est important pour nous que tout soit compté et qu’au final, nous obtenons un résultat clair.

La ministre allemande de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, a déclaré que «la bataille sur la légitimité du résultat — quel qu’il soit — a maintenant commencé».

«C’est une situation très explosive. C’est une situation dont les experts disent à juste titre qu’elle pourrait conduire à une crise constitutionnelle aux États-Unis», a-t-elle dit à la chaîne ZDF. «C’est quelque chose qui doit certainement nous inquiéter beaucoup.»

Sur les marchés financiers, les investisseurs ont eu du mal à interpréter la situation, poussant certains indices à la hausse et d’autres à la baisse.

Dans l’ensemble, l’incertitude a régné. Dans le vide de l’absence de gagnant immédiat, on a observé une certaine jubilation en Russie, en Afrique et dans d’autres parties du monde qui ont été à plusieurs reprises la cible des critiques américaines, affirmant que l’élection et le décompte des voix exposent les imperfections de la démocratie américaine.

«L’Afrique avait l’habitude d’apprendre la démocratie américaine, l’Amérique apprend maintenant la démocratie africaine», a écrit sur Twitter le sénateur nigérian Shehu Sani, reflétant une vision commune dans un continent longtemps habitué aux élections troublées et aux critiques américaines à leur égard.

Au Zimbabwe, le porte-parole du parti au pouvoir ZANU-PF, Patrick Chinamasa, a déclaré: «Nous n’avons rien à apprendre sur la démocratie de la part d’anciens propriétaires d’esclaves.»

Les alliés américains traditionnels s’accrochaient à la conviction que, peu importe le vainqueur, les principes fondamentaux qui sous-tendent depuis longtemps certaines des relations clés des États-Unis survivraient à l’incertitude et au processus électoral américain.

«Quel que soit le résultat de l’élection, ils resteront nos alliés pendant de nombreuses années et décennies, c’est certain», a déclaré Thierry Breton, le commissaire européen chargé du marché intérieur.

Cette idée a été reprise par le premier ministre du Japon, Yoshihide Suga, qui a déclaré lors d’une session parlementaire que «l’alliance Japon-États-Unis est le fondement de la diplomatie japonaise, et sur cette prémisse, je développerai des relations solides avec un nouveau président».

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