Le Nebraska et le Maine pourraient influencer les résultats de l’élection

Une loi adoptée il y a des dizaines d’années dans ces deux États fait en sorte que les votes des grands électeurs sont calculés différemment qu’ailleurs au pays. Et le 3 novembre, ceux-ci pourraient faire pencher la balance.

OMAHA, Neb. — Le Nebraska ne sera jamais considéré comme un État pivot étant donné qu’il n’a pas soutenu un candidat démocrate à la présidentielle depuis 1964, mais si la course est serrée, l’État pourrait jouer un rôle clé dans le choix du prochain président.

Tout cela grâce à une loi adoptée il y a des dizaines d’années et qui visait à attirer des candidats à l’élection présidentielle dans un État qu’ils ignorent généralement parce qu’il est invariablement conservateur. Dans les autres États américains, le candidat qui obtient le plus de votes gagne automatiquement tous les votes des grands électeurs. Au Nebraska et dans le Maine, toutefois, les votes sont attribués différemment : deux votes pour le gagnant de l’État, plus des votes pour le gagnant de chaque district du Congrès.

Au Nebraska, alors que le vote à l’échelle de l’État ira de toute évidence au président Donald Trump, l’ancien vice-président Joe Biden a de bonnes chances de gagner dans le deuxième district du Congrès de l’État, ce qui signifie que l’un des cinq votes du collège électoral pourrait revenir au démocrate.

Mais la situation inverse pourrait se produire dans le Maine. Donald Trump pourrait obtenir un vote, même si le démocrate devrait remporter l’État dans son ensemble.

« Je n’étais pas au courant de cela », a affirmé Shirl Mora James, une dirigeante du Parti démocrate au Nebraska.

« J’ai fait des appels en Pennsylvanie. Peut-être que j’ai besoin de passer des appels dans le Maine. »

Des motifs différents aux lois

Bien que le Nebraska et le Maine adoptent la même approche pour l’attribution des votes au collège électoral, ils avaient des motivations différentes pour leurs lois.

Dans le Maine, les élus ont adopté cette nouvelle approche en 1969 dans l’espoir de mieux représenter les électeurs qui pourraient être perdants dans le décompte à l’échelle de l’État, mais qui formeraient tout de même une minorité substantielle.

Le Nebraska en est venu au même système plus de 20 ans plus tard, mais les élus cherchaient plutôt à attirer l’attention des candidats à l’élection présidentielle. Une élue démocrate de l’époque, DiAnna Schimek, a rappelé que le candidat démocrate à la présidence, Bobby Kennedy, avait fait une tournée dans 11 villes et était parvenu à convaincre les républicains qu’en modifiant le système du collège électoral, l’État pourrait redevenir pertinent.

« À ce moment-là, le Nebraska comptait », s’est souvenue Mme Schimek.

Comme l’a dit la militante démocrate de longue date Patricia Zieg, sans le système actuel du Nebraska, « nous serions simplement un Dakota du Nord chaleureux. »

Des profils différents

Bien qu’ils partagent la distinction d’aller potentiellement contre leurs votes à l’échelle de l’État, les districts du Maine et du Nebraska sont décidément différents.

Le deuxième district du Maine est l’un des plus grands et des plus ruraux du pays, avec ses petites fermes, ses communautés côtières et ses vastes étendues de forêt. Cela n’a rien à voir avec le deuxième district du Nebraska, qui s’étend des quartiers urbains centenaires d’Omaha et des lofts branchés du centre-ville à des quartiers de banlieue et qui se termine à une trentaine de kilomètres à l’ouest dans des fermes d’agrément et des champs de maïs. Le district du Nebraska plonge également au sud, vers les banlieues plus anciennes près de la base aérienne d’Offutt.

Ces différences aident à expliquer pourquoi les deux districts pourraient favoriser les candidats opposés.

L’une des principales raisons de l’avance de Joe Biden dans les sondages est son soutien parmi les électeurs urbains et suburbains. Un sondage indique que M. Biden a une légère avance dans le district du Nebraska malgré de mauvais chiffres à l’échelle de l’État.

Dans le Maine, le premier district plus urbain, où l’on retrouve la très progressiste Portland, est fortement démocrate, mais le deuxième est bien plus favorable à Donald Trump. Les sondages laissent entrevoir une course serrée entre les deux candidats.

En 2016, M. Trump a réussi à recueillir un seul vote électoral dans le deuxième district du Maine, tandis que la démocrate Hillary Clinton a pris les trois autres voix de l’État.

Pour la période électorale actuelle, le président Trump s’est rendu dans le Maine en juin pour discuter avec des pêcheurs et visiter une usine qui fabrique des écouvillons essentiels aux tests de COVID-19. Ses deux fils et le vice-président Mike Pence, ont également visité l’État lundi dernier.

« C’est parti, Maine. Et la route de la victoire traverse le nord du Maine », a déclaré M. Pence lors d’un rassemblement à Hermon, dans le deuxième district.

Un retour au système traditionnel ?

Les républicains du Nebraska étaient embarrassés lorsque le démocrate Barack Obama a remporté le vote électoral du deuxième district en 2008. Ils avaient changé les limites du district en 2011 pour siphonner les votes démocrates et éviter que cela se reproduise.

Le Parti républicain l’État milite également pour revenir au système traditionnel dans lequel le vainqueur rafle tout. Jusque-là, Theresa Thibodeau, présidente du Parti républicain du comté de Douglas, dit avoir utilisé ce vote pour Barack Obama comme motivation pour les républicains.

« Je pense que cela a été une révélation pour beaucoup de gens, a indiqué Mme Thibodeau. Honnêtement, je pense que beaucoup d’électeurs républicains sont restés à la maison parce qu’ils pensaient que le Nebraska resterait rouge. »

Fred Conley, un ancien conseiller municipal démocrate qui se présente à l’Assemblée législative du Nebraska, croit que la course compétitive dans le district a manifestement généré plus d’enthousiasme et d’organisation de la part des militants du parti.

Et c’est d’ailleurs pour cette raison que Mme Schimek dit avoir fait la promotion de ce système il y a de cela plusieurs années.

« Je voulais donner aux gens le sentiment que leur vote comptait vraiment », a-t-elle expliqué.

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