Le nombre de femmes en génie à l’université et ingénieures est encore en hausse

MONTRÉAL — Le 6 décembre 1989, l’École polytechnique de Montréal avait été le lieu d’une lâche tuerie lors de laquelle 14 femmes ont été assassinées. Vingt-huit ans plus tard, force est de constater que le drame n’a pas découragé les femmes d’étudier dans ce domaine ni de devenir ingénieures: tant en nombre qu’en proportion, il y a augmentation constante par rapport à la fin des années 1980. Et dans certains domaines du génie, elles sont même un peu plus nombreuses que les hommes.

En 1989, 17 pour cent des étudiants de Polytechnique étaient des femmes, tous niveaux d’études confondus. En 2017, leur proportion est de 28 pour cent, soit 2300 étudiantes, ou près d’un étudiant sur trois.

Leur nombre a augmenté aussi sur le marché du travail: en 1989-1990, elles n’étaient que 4,3 pour cent des ingénieurs dans la province alors qu’aujourd’hui elles sont un peu plus de 14 pour cent.

Selon le dernier rapport d’Ingénieurs Canada intitulé «Des ingénieurs canadiens pour l’avenir», la proportion de femmes inscrites à des programmes de génie au Canada a battu des records en 2016, tant au premier cycle (20,7 pour cent) qu’au deuxième cycle (25,3 pour cent).

La progression est constante au cours des années, tant sur les bancs d’école que dans les firmes de génie.

Signe des temps, la présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec est une femme — Kathy Baig est la quatrième à exercer ces fonctions — tout comme la présidente du conseil d’administration de la Corporation de l’École polytechnique de Montréal, Michèle Thibodeau-DeGuire, la première à occuper ce poste.

Mme Thibodeau-DeGuire est aussi la première femme à avoir obtenu son diplôme en génie civil au Québec. Elle se rappelle que lorsqu’elle était étudiante, de 1958 à 1963, il n’y avait que quatre femmes dans toute l’École Polytechnique — sur 1500 étudiants.

«Une expérience extraordinaire», se rappelle-t-elle.

Et elles étaient 800 étudiantes à Polytechnique au moment du massacre de 1989.

«L’année suivante, le nombre de filles avait augmenté et c’était le plus beau cadeau qu’on pouvait avoir, de penser que ça n’avait pas fait peur outre mesure aux filles. Parce que ça aurait pu arriver.»

Mme Thibodeau-DeGuire croit qu’il s’agit là d’une indication qu’il est possible de faire en sorte que tous ceux et celles qui ont les capacités et qui aiment les mathématiques et les sciences puissent aider à trouver des solutions pour toutes sortes de problèmes de la société.

«Ça n’aurait pas d’allure que la moitié de la société, les filles, se disent, ce n’est pas ma place, moi, je n’irai pas étudier en génie. Alors qu’on a besoin de tous les cerveaux possibles», dit-elle.

Si certaines facultés peuvent prétendre à la parité hommes-femmes chez les étudiants, comme celles de droit, l’École polytechnique de Montréal, malgré les augmentations d’inscriptions de femmes, est loin du compte. 

«Il faut prendre le temps. Ce sont de grands changements de société», réplique-t-elle.

Mais dans certains domaines du génie, leur nombre dépasse légèrement celui des étudiants masculins. Elle cite entre autres le génie chimique, le génie biomédical et le génie biologique. Pas beaucoup de femmes en génie informatique, par contre.

«Au moins, les préjugés sont en train de tomber», dit-elle.

Pour les filles, il faut continuer à démanteler les préjugés, mais il faut aussi se préoccuper des garçons qui décrochent, insiste-t-elle: «On a besoin de tout le monde!»

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