Le nombre de migrants morts en mer en se dirigeant vers l’Europe a doublé, dit l’ONU

BARCELONE, Espagne — Le nombre de migrants et de réfugiés qui sont morts après avoir pris la mer pour tenter de rejoindre l’Europe a plus que doublé pendant les six premiers mois de l’année, comparativement à la même période l’an dernier, a prévenu mercredi l’agence onusienne des migrations.

Au moins 1146 personnes ont perdu la vie entre janvier et juin, selon l’Organisation internationale pour les migrations. Le nombre de personnes qui ont tenté de traverser la Méditerranée a bondi de 58 %, selon le document de l’IOM.

Le périple entre la Libye et l’Italie, en plein centre de la Méditerranée, a été le plus mortel, avec 741 pertes de vie. Suit la traversée de l’océan Atlantique entre l’ouest de l’Afrique et les îles Canaries espagnoles, avec au moins 250 morts, selon l’agence onusienne. Au moins 149 personnes sont aussi mortes en traversant l’ouest de la Méditerranée vers l’Espagne, et six autres l’est de la Méditerranée vers la Grèce.

L’IOM estime que le nombre réel de personnes qui se sont noyées en tentant de rejoindre l’Europe est possiblement beaucoup plus élevé, puisque certains naufrages ne sont jamais rapportés et que d’autres sont difficiles à valider.

Les organisations de défense des droits de la personne préviennent que l’absence de navires gouvernementaux de recherche et de sauvetage, surtout dans le centre de la Méditerranée, rend les traversées de migrants encore plus périlleuses, puisque les gouvernements européens font de plus en plus appel à des pays d’Afrique du Nord aux ressources très limitées.

Le nombre d’opérations de recherche et de sauvetage organisées par la Tunisie a bondi de 90 % pendant les six premiers mois de l’année. La Libye a intercepté et renvoyé vers ce pays déchiré par la guerre plus de 15 000 hommes, femmes et enfants, soit trois fois plus qu’au même moment l’an dernier, selon le rapport de l’IOM.

Au même moment, les autorités italiennes ciblent de plus en plus les navires d’organisations humanitaires qui tentent depuis des années de combler le vide laissé par les gouvernements européens, détenant couramment ces navires pendant des mois, voire des années.

Si plusieurs facteurs ont contribué à la hausse du bilan depuis le début de l’année, comme une augmentation du nombre de rafiots utilisés, «l’absence d’opérations proactives de recherche et de sauvetage organisées par les gouvernements européens dans les eaux internationales, combinée aux restrictions imposées aux ONG» est l’un des principaux facteurs, a dit une porte-parole de l’IOM, Safa Msehli.

«Ces gens ne peuvent être abandonnés lors d’un périple aussi dangereux», a-t-elle lancé à l’Associated Press.

L’Italie a détenu neuf navires utilisés par des ONG depuis le début de l’année, selon le groupe de recherche ISPI, qui étudie les données et les statistiques concernant les migrations.

Des pays méditerranéens comme l’Italie, Malte, l’Espagne et la Grèce ont fréquemment demandé à d’autres pays européens de les aider à s’occuper des gens qui arrivent chez eux après avoir été secourus.

L’an dernier, quand la pandémie a sévèrement limité les déplacements entre les pays, le nombre de réfugiés et de migrants arrivés en Europe par la mer a chuté à son niveau le plus bas depuis 2015. Un million de personnes sont alors débarquées en Europe, principalement pour échapper au conflit en Syrie.

Le naufrage le plus mortel de l’année jusqu’à présent s’est produit le 22 avril au large des côtes libyennes, quand 130 personnes se sont noyées après avoir lancé plusieurs appels à l’aide.

La garde côtière libyenne, qui est équipée et entraînée par l’Union européenne, a été critiquée après la publication d’une vidéo montrant un de ses navires pourchassant et tirant des coups de semonce en direction d’un navire de migrants le 30 juin. Les dirigeants libyens ont reconnu que cela avait mis en péril la vie des migrants et promis de demander des comptes aux responsables.

Au cours des dernières années, des groupes de défense des droits de la personne ont dénoncé les mauvais traitements et la torture infligés aux migrants interceptés par la garde côtière libyenne, et leur détention dans des centres aux conditions abominables.

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