L’ambassadeur américain exhorte l’Ukraine à assainir son système judiciaire

OTTAWA — La faiblesse du système judiciaire ukrainien compromet les perspectives de réformes au pays, qui sont essentielles pour que l’Ukraine surmonte l’agression russe, a soutenu un ambassadeur de l’administration Trump.

Kurt Volker, le représentant spécial des États-Unis pour les négociations sur l’Ukraine, a fait valoir que le système judiciaire ukrainien subissait les influences politiques «depuis longtemps».

M. Volker a offert cette mise en garde mardi, lors d’une conférence internationale à Toronto sur l’avenir du pays d’Europe de l’Est.

L’événement a permis au nouveau président Volodymyr Zelenskiy de faire sa première apparition en Amérique du Nord. M. Zelenskiy semblait ravi avant et après sa rencontre avec le premier ministre canadien Justin Trudeau.

M. Zelenskiy, un comédien populaire sans expérience politique, a été facilement élu à la présidence ukrainienne au printemps, délogeant le président sortant Petro Porochenko.

Sa participation à la conférence visait notamment à dissiper les inquiétudes sur sa capacité à diriger le pays. Les représentants d’une trentaine de pays, ainsi que ceux d’organisations internationales telles que le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, veulent que les réformes entamées par M. Porochenko se poursuivent.

M. Zelenskiy a également rencontré David Lipton, le premier directeur général adjoint du Fonds monétaire international, qui a déjà bloqué des milliards de dollars en fonds de reconstruction pour l’Ukraine en raison de préoccupations liées à la corruption.

L’ambassadeur américain Kurt Volker a souligné que M. Lipton avait exprimé des inquiétudes sur le manque de «sécurité juridique» en Ukraine — une stabilité régie par des règles qui donne aux investisseurs potentiels la confiance dont ils ont besoin pour entrer sur le marché.

«Les investisseurs n’ont pas cette confiance pour le moment, a indiqué M. Volker. Certaines choses terribles freinent l’économie ukrainienne parce qu’elle éloigne les investissements étrangers.»

Cela étant dit, les États-Unis sont convaincus que M. Zelenskiy est prêt à accélérer les réformes en Ukraine.

Trudeau demeure optimiste

De son côté, M. Trudeau était certainement optimiste quant à l’avenir de l’Ukraine, vantant l’accord de libre-échange entre le Canada et le pays.

«On reconnaît qu’avec l’élection (de M. Zelenskiy), il y a une nouvelle énergie aux réformes. Mais on a quand même vu énormément d’améliorations en Ukraine dans les dernières années et je sais que ça va continuer», a-t-il soutenu en conférence de presse.

En 2014, la Russie a annexé la péninsule ukrainienne de Crimée, l’une des plus graves violations des frontières en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, un acte que le Canada et ses alliés occidentaux considèrent comme illégal. Moscou a également fomenté une insurrection prorusse dans l’est de l’Ukraine, qui a fait plus de 13 000 morts.

M. Zelenskiy a reconnu que le Canada soutenait son pays de façon «inébranlable et inconditionnelle», notamment par l’entremise des sanctions qu’il impose à la Russie.

Les deux dirigeants ont également discuté de la décision du Canada d’ouvrir la porte aux exportations d’armes vers l’Ukraine, ce qui est devenu possible à partir de décembre 2017, lorsque Affaires mondiales Canada a supprimé les restrictions imposées aux entreprises canadiennes qui souhaitent obtenir un permis pour y vendre des armes.

Le Canada a été le premier pays occidental à reconnaître l’indépendance de l’Ukraine en 1991, après la chute de l’Union soviétique.

Depuis 2014, le Canada a fourni à l’Ukraine une aide militaire, juridique, financière et politique de 785 millions $.

La population canadienne comprend par ailleurs 1,3 million de personnes d’origine ukrainienne, ce qui en fait l’une des communautés de la diaspora les plus influentes du pays.

Une visite lourde de sens

M. Zelenskiy a assisté à la conférence à Toronto plus d’un mois avant de se rendre aux États-Unis. L’ambassadeur ukrainien a déclaré que ce n’était pas une erreur.

Selon Andriy Shevchenko, ambassadeur de l’Ukraine au Canada, le président Zelenskiy est conscient de l’importance des liens qui se sont développés entre l’Ukraine et le Canada depuis près de 30 ans.

Depuis son élection, M. Zelenskiy a travaillé rapidement pour dissoudre le Parlement de son pays et organiser de nouvelles élections législatives plus tard ce mois-ci, bien avant la date prévue.

Cela aidera M. Zelenskiy à définir les priorités de sa présidence, qui comprendront notamment la lutte contre les menaces venant de Russie, a affirmé M. Shevchenko.

Les conservateurs veulent aller plus loin

L’opposition conservatrice a déclaré mardi que le gouvernement libéral n’en faisait pas assez pour montrer son soutien à l’Ukraine.

Erin O’Toole et James Bezan, porte-paroles du parti en matière d’affaires étrangères et de défense, ont appelé le gouvernement à envoyer des troupes canadiennes pour diriger une mission internationale de maintien de paix le long de la frontière entre l’Ukraine et la Russie.

Ils ont également appelé à augmenter l’aide militaire et au développement et à élargir les sanctions contre la Russie.