Le NPD est accusé de sexisme par les conservateurs dans l’affaire Katie Telford

OTTAWA — La cheffe adjointe des conservateurs à Ottawa, Candice Bergen, qualifie de «condescendants et de sexistes» les explications des néo-démocrates pour refuser d’appuyer la motion demandant au premier ministre de congédier sa cheffe de cabinet, dans la foulée de l’«affaire Vance».

La Chambre des communes débattait mardi d’une motion conservatrice demandant à Justin Trudeau de congédier Katie Telford, après le récent témoignage d’un ancien conseiller du premier ministre suggérant que sa cheffe de cabinet était au courant d’une allégation visant le chef d’état-major Jonathan Vance , aujourd’hui à la retraite.

M. Trudeau a toujours défendu Mme Telford, affirmant que personne au sein de son bureau ne savait que l’allégation était de nature sexuelle — ce que les conservateurs refusent de croire.

Avant le débat, mardi, le porte-parole néo-démocrate en matière de défense, Randall Garrison, avait indiqué que pour son parti, la responsabilité dans cette affaire incombait à M. Trudeau et au ministre de la Défense, Harjit Sajjan, et non à Mme Telford, qui fait partie du personnel politique, non élu.

Une position que partagent le Bloc québécois et son porte-parole en matière de Justice, Rhéal Fortin, qui souligne que l’ombudsman des Forces armées avait assemblé un dossier étoffé sur les allégations d’inconduites sexuelles contre le général Vance et que le ministre de la Défense en avait dissimulé le contenu durant trois ans.

«La première personne responsable du camouflage de ces allégations est le ministre Sajjan. Ce ne sont pas les employés qui sont imputables des choix faits par le gouvernement, mais bien les élus qui doivent assumer leurs responsabilités», estime M. Fortin.

Le Bloc votera lui aussi contre la motion conservatrice sur le congédiement de Mme Telford. Pour le parti, c’est le gouvernement qui s’est mis dans l’embarras en refusant d’agir.

«Pour ce qui est du premier ministre Justin Trudeau, soit il cautionne les agissements de son ministre et préfère ne pas être tenu au courant ou il ne dit pas toute la vérité. Dans les deux cas, il fait partie du problème», note Rhéal Fortin.

Randall Garrison, du NPD, a également déclaré que dans les affaires d’inconduite sexuelle, il est courant que les femmes soient blâmées pour ne pas avoir porté plainte au bon endroit. Il trouve «extrêmement ironique que les conservateurs décident que la personne qui devrait porter le chapeau pour avoir omis d’agir est l’une des seules femmes impliquées» dans cette affaire.

Or, la députée conservatrice Bergen plaide que Mme Telford n’avait pas été victime de harcèlement sexuel et que le fait d’être la principale adjointe de M. Trudeau en faisait probablement l’une des femmes les plus puissantes du pays.

«Suggérer que les femmes qui occupent des postes de pouvoir ne devraient pas être tenues aussi responsables que des hommes, je trouve ça, en tant que femme, très condescendant — comme si, en quelque sorte, les femmes ne pouvaient pas être traitées de la même façon», a-t-elle déclaré en entrevue. «Je trouve ça condescendant et sexiste.»

L’opposition veut entendre Telford

En conférence de presse, mardi, le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, a qualifié de ridicule l’accusation de Mme Bergen. Il a soutenu que les efforts des conservateurs ne contribuaient pas à rendre l’armée plus sûre pour les femmes militaires. «Ils veulent seulement savoir qui blâmer et ils veulent dire qui est le pire, des conservateurs ou des libéraux (…) Ils ont tous les deux échoué», a-t-il dit.

Bien que les partis d’opposition ne s’entendent pas sur la question de savoir si la cheffe de cabinet de M. Trudeau devrait conserver son poste, les deux veulent l’entendre en comité parlementaire. Les conservateurs devaient continuer à faire pression lundi pour qu’elle vienne témoigner au Comité de la défense des Communes, mais la réunion a été annulée sans préavis.

Interrogé là-dessus mardi, M. Trudeau n’a pas répondu directement. Il a déclaré que l’objectif de son gouvernement était de soutenir les survivants d’agressions sexuelles et ceux qui sont victimes de harcèlement.

En réponse aux pressions continues auxquelles son gouvernement est confronté quant à la manière dont il avait traité les allégations contre M. Vance et les rapports d’inconduite sexuelle dans l’armée, les libéraux ont demandé à une ancienne juge de la Cour suprême et haute-commissaire des Nations unies pour les droits de l’Homme d’examiner la question.

Boisvenu demande à Arbour de refuser

Il s’agira du deuxième examen sur la question effectué en six ans par une juge à la retraite de la Cour suprême. Le gouvernement affirme que le nouvel examen de Louise Arbour se concentrera sur la façon dont l’armée gère les agressions sexuelles, le harcèlement et d’autres formes d’inconduite.

Mais le sénateur conservateur du Québec Pierre-Hugues Boisvenu demande à Mme Arbour de ne pas accepter ce mandat, «en tout respect pour les femmes qui œuvrent au sein des Forces armées canadiennes». Dans un communiqué, il estime que le gouvernement libéral n’a pas donné suite aux recommandations de l’examen précédent mené par la juge Marie Deschamps, notamment «de créer un centre indépendant de responsabilisation en matière de harcèlement sexuel et d’agression sexuelle à l’extérieur des Forces armées canadiennes pour traiter les plaintes».

«En ce sens, la juge Arbour, dont la réputation dépasse les frontières de notre pays, ne peut accepter de jouer dans cette cynique parodie puisque les victimes ont été sacrifiées pour protéger l’image du premier ministre et celle de son ministre de la Défense», soutient le sénateur Boisvenu.

Les détails de l’allégation visant M. Vance n’ont pas été confirmés publiquement, mais Global News a rapporté qu’il s’agissait d’un courriel obscène envoyé à une subalterne en 2012, avant de devenir chef d’état-major de la défense. M. Vance n’a jamais répondu à nos demandes d’entrevue, mais Global soutient qu’il a nié toute conduite inappropriée. Il fait actuellement l’objet d’une enquête de la police militaire.

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