Le NPD veut faire reconnaître en Chambre les pensionnats comme un lieu de «génocide»

OTTAWA — Les néo-démocrates demandent au gouvernement de reconnaître ce qui s’est passé dans les pensionnats fédéraux pour Autochtones comme un «génocide» — pas seulement un génocide «culturel». 

Dans une motion qui doit être déposée jeudi à la Chambre des communes, la députée néo-démocrate Leah Gazan demande à ses collègues députés de considérer à l’unanimité l’histoire des pensionnats autochtones comme la destruction délibérée et systémique d’un groupe culturel au Canada. 

«Il n’y a pas de réconciliation sans vérité. Et ce qui s’est passé dans les pensionnats était clairement un acte de génocide, avec des impacts qui se répercutent dans les communautés de nos familles aujourd’hui», a déclaré Mme Gazan, députée de Winnipeg-Centre et membre de la première nation Wood Mountain Lakota, en Saskatchewan. «En l’honneur de tous les enfants qui ne sont jamais rentrés à la maison, en l’honneur de toutes les mères, les pères et les familles qui ont souffert dans le chagrin, nous devons mettre fin au débat.»

On apprenait le mois dernier qu’un radar pénétrant avait détecté ce que l’on croit être les restes de 215 enfants dans un site de sépultures non marquées près d’un ancien pensionnat de Kamloops, en Colombie-Britannique. Les pensionnats pour Autochtones, parrainés par le gouvernement fédéral, mais gérés par des communautés religieuses, ont fonctionné au Canada pendant plus de 120 ans. 

Dans son rapport final, en 2015, la Commission de vérité et réconciliation, après sept ans d’audiences et des milliers de témoignages, a conclu que ces pensionnats avaient été «un élément central» de la «politique indienne du Canada», qualifiée de «génocide culturel». 

Mais Mme Gazan estime que cette affirmation n’est pas suffisante, parce qu’en droit international, il n’existe pas de définition juridique du «génocide culturel». Par contre, «ce qui s’est passé dans les pensionnats était un génocide, point à la ligne», a-t-elle déclaré, citant la Convention des Nations unies pour la prévention et la répression du crime de génocide. 

«Les critères de la Convention sont remplis»

Le génocide comprend n’importe lequel des critères énoncés dans la définition de la Convention de 1948, et Mme Gazan estime que la politique canadienne des pensionnats pour Autochtones respecte ses cinq critères: meurtre de membres du groupe, atteinte grave à leur intégrité physique ou mentale, soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle, mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe, et transfert forcé d’enfants du groupe à un autre. 

La ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, a déclaré mercredi que les libéraux «examineront le libellé de la motion». Elle a souligné que le premier ministre Justin Trudeau avait déclaré la semaine dernière qu’il acceptait la conclusion de l’enquête de 2019 sur les femmes autochtones disparues et assassinées selon laquelle «ce qui s’est passé équivaut à un génocide».

Lors d’une conférence de presse avec Mme Gazan, mercredi matin, le grand chef de l’Assemblée des chefs du Manitoba, Arlen Dumas, a soutenu que nier l’acte de génocide «minimiserait l’histoire et la réalité» des survivants des pensionnats, qui ont existé jusque dans les années 1970. «Le pensionnat n’est pas un fait historique qui s’est produit il y a des centaines d’années: ça se passait encore hier», a déclaré le chef Dumas. «Mes jeunes frères et sœurs ont fréquenté un pensionnat!»

Des églises chrétiennes et le gouvernement fédéral avaient commencé à ouvrir des pensionnats dans les années 1880 et les ont maintenus en activité pendant plus d’un siècle, cherchant à convertir et à assimiler les enfants autochtones — à «sortir l’Indien en eux». Ces enfants y ont subi des agressions physiques et sexuelles généralisées et des milliers y sont morts. Le dernier pensionnat fédéral a fermé ses portes en 1996, à Punnichy, en Saskatchewan.

Survivant de la troisième génération, le chef Dumas estime que les églises chrétiennes devraient également reconnaître leur rôle. «Je suis très déçu de la position de l’Église, son silence.»

Dimanche dernier, place Saint-Pierre, le pape François a exprimé sa «douleur» face à la récente découverte, par la première nation Tk’emlups te Secwepemc, des sépultures non marquées au pensionnat de Kamloops. Mais de nombreux dirigeants autochtones ont fait part de leur déception et de leur frustration face aux remarques du pape, qui ne s’est pas excusé, selon eux, pour le rôle clé joué par l’Église catholique dans cette politique fédérale.

«De vieilles blessures se sont ouvertes. Notre nation s’est réveillée», a déclaré Gerry Shingoose, une aînée et survivante, qui a fréquenté le pensionnat de Muscowequan, en Saskatchewan, pendant une décennie, dans les années 1960. «Je demande à chacun d’entre vous de transmettre cet amour aux survivants et à leurs familles, car lorsque nous étions à l’école, nous n’avons jamais reçu cet amour: nous avons reçu de la haine», a-t-elle déclaré. «Et aucun enfant ne devrait jamais vivre cela.»

Mme Gazan demandera le consentement unanime de la Chambre pour que le gouvernement fédéral reconnaisse les activités des pensionnats autochtones du Canada comme un acte génocidaire.

Le Programme de soutien en santé pour la résolution des problèmes des pensionnats indiens offre une ligne d’écoute téléphonique pour aider les survivants des pensionnats et leurs proches souffrant de traumatismes provoqués par le rappel d’abus passés. Le numéro est le 1-866-925-4419.

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