Le Nunavut veut se doter d’une agence civile pour superviser la police

IQALUIT, Nunavut — Le Nunavut prépare un projet de loi pour créer une agence civile de supervision de la police, après qu’un Inuit a été abattu par balle par des policiers dans des circonstances qui restent nébuleuses.

«Nous discutons activement de partenariats avec les principaux organes d’enquête civils et nous proposerons bientôt les changements législatifs nécessaires pour donner à un organe civil le plein pouvoir de mener des enquêtes sur le territoire», a déclaré la ministre de la Justice, Jeannie Ehaloak, dans un courriel.

Mme Ehaloak a fait cette promesse après que le Service de police d’Ottawa a publié les résultats de son enquête sur la mort par balle d’Attachie Ashoona à Kinngait, au Nunavut, le 27 février.

Les enquêteurs ont conclu que les agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) n’avaient «pas dépassé le recours à la force nécessaire pour contrôler la situation». Aucune information sur les circonstances de l’incident n’a été publiée.

La police d’Ottawa a déclaré avoir interrogé cinq agents de la GRC et 10 personnes de la communauté, mais on ne sait toujours pas ce que M. Ashoona faisait avant sa mort ou ce qui a poussé les policiers à dégainer leur arme. Et ce n’est que cette semaine que le nom de l’homme abattu a été rendu public.

«Ils font ce que le système leur permet de faire actuellement», a estimé Benson Cowan, chef de la société d’aide juridique du Nunavut. «Tout ce que cela fait, c’est éroder la confiance dans les institutions qui sont si importantes.»

Aucune information

Le maire de Kinngait, Timoon Toonoo, a confirmé que le conseil municipal n’avait reçu aucune information sur l’enquête. «Nous n’avons rien», a-t-il dit.

M. Cowan a indiqué que l’enquête sur cette affaire avait peut-être été menée de façon approfondie et complète, mais qu’il n’y a aucune façon de le savoir. «Je ne pense pas que quiconque dirait que cela renforce la confiance.»

La méfiance des Inuits envers les forces de l’ordre est connue depuis longtemps. Les médias du Nord rapportent qu’il y a au moins six enquêtes en cours sur le comportement d’agents de la GRC au Nunavut. Plusieurs politiciens de l’Arctique ont réclamé que les policiers fédéraux portent des caméras corporelles lors de leurs interventions.

«Les Nunavummiut ont exprimé le désir de s’éloigner des enquêtes menées par la police sur des incidents graves impliquant des membres de la Division V de la GRC», a souligné Mme Ehaloak.

La GRC au Nunavut n’était pas disponible mardi pour commenter.

La députée néo-démocrate du Nunavut, Mumilaaq Qaqqaq, a estimé que la surveillance civile de la police serait une bonne chose, mais elle croit qu’il faut considérer la situation de façon plus large.

«Où voyons-nous la violence? Où voyons-nous le crime? Nous voyons cela là où il y a de la pauvreté, a-t-elle dit. Nous constatons cela au Nunavut parce que les besoins humains fondamentaux ne sont pas satisfaits.»

Mme Qaqqaq affirme que le gouvernement fédéral doit intervenir face à certains problèmes au Nunavut comme les logements insalubres, qui seraient à l’origine de nombreux problèmes sociaux menant à la criminalité.

«Le gouvernement fédéral fait moins que le strict minimum pour les Inuits», a-t-elle lancé.

Laisser un commentaire
Les plus populaires