Le pape exprime «honte et douleur» pour le mal commis contre les Autochtones

QUÉBEC — L’ambiance plutôt calme qui régnait sur les plaines d’Abraham tout au long de la journée de mercredi est devenue rapidement survoltée au moment où le pape François s’est présenté en papemobile pour saluer la foule en début de soirée.

Le souverain pontife est arrivé à Québec, mercredi après-midi, pour poursuivre sa visite au pays marquée par des excuses officielles aux Autochtones pour la participation de l’Église catholique romaine au système des pensionnats.

Bon nombre de personnes – autochtones et allochtones – attendaient de voir le Saint-Père sur les plaines d’Abraham où une grande scène a été aménagée, entre autres, pour des prestations artistiques ainsi que pour projeter le discours du pape François prononcé à la Citadelle. 

À la suite de son allocution durant laquelle il a renouvelé sa demande de pardon, le souverain pontife a fait une boucle sur les plaines à bord de sa papemobile. À l’approche du convoi papal, la foule, plutôt dispersée, s’est compactée en vitesse près des barrières installées le long du trajet. 

À son passage, des cris de joie et des mains levées pour le saluer se sont multipliés. Le pape a béni plusieurs bébés durant son parcours.

L’un d’entre eux, le petit Santiago, neuf mois, avait fait le voyage avec ses parents depuis la Rive-Sud de Montréal spécialement pour voir le pape.  

«Je suis émue, je suis touchée pour Santiago aussi. C’est un souvenir qu’il va avoir pour toute sa vie. Il n’avait pas un mois qu’il était déjà baptisé, c’était important pour moi», explique sa mère Emmanuelle Labrie.

«De venir ici, de rencontrer le pape, d’être béni par le pape, c’est un bébé spécial, je pense», poursuit-elle.

En matinée, plusieurs personnes étaient déjà installées avec leurs chaises pliantes le long des barrières délimitant la route.

Claudia Baldassarri et son conjoint sont arrivés lundi de la métropole québécoise pour voir le pape François. Avant la pandémie, le couple avait l’habitude de voyager en Italie pour assister à l’Angélus du Saint-Père.

«Je n’ai jamais vu ce pape-là, outre que par la télé. C’est un beau cadeau que le pape nous fait. Je n’aurais jamais pensé le voir cette année», dit Mme Baldassarri, sans oublier que son passage l’est d’abord pour les peuples autochtones.

«C’est une marque de grand respect. (…) Personne ne peut être insensible à ce qui s’est passé», ajoute la Montréalaise, qui s’est promis de crier «Viva el papa» lorsqu’elle verrait le Saint-Père.

Louise Michaud s’est dite fière de l’implication du pape François pour la réconciliation avec les peuples autochtones.

«Il fait de gros efforts pour racheter ce que les communautés (religieuses) ont fait aux enfants des pensionnats», indique la résidante de Loretteville, accompagnée de ses deux amies.

«Une petite étape»

Pour les Autochtones rencontrés, il faudra davantage que des excuses pour réparer le mal qui a été commis dans les pensionnats, financés par le fédéral et dirigés par des congrégations religieuses. 

Aux yeux d’Omer St-Onge, un survivant de la communauté innue de Maliotenam, sur la Côte-Nord, la venue du pape représente «une petite étape» dans la guérison spirituelle.

Coiffé d’un chapeau autochtone représentant le courage et le respect, M. St-Onge espère des actions concrètes.

«C’est le temps que le pape décide de nous redonner les artefacts, les objets qui nous ont été pris qui sont tous au Vatican et dans les églises, des documents des jeunes gens qui sont décédés. J’ai des amis qu’on n’a plus jamais revus pendant le pensionnat», affirme l’homme dont le nom de naissance est Uapan Ushekatok, signifiant en français Étoile du matin.

Frédéric Flamand, atikamekw de la communauté de Manawan dans Lanaudière, croit qu’il faut une forme de reconnaissance pour aider à tourner la page et que l’Église admette ses torts. 

«La guérison se fera seulement avec le temps. Mais ce que j’aimerais aujourd’hui, c’est que ce soit dans les livres d’histoire, que ce ne soit pas caché (…) pour que les jeunes comprennent notre histoire, notre situation sociale dans nos communautés», a soutenu M. Flamand, dont plusieurs des proches sont des survivants des pensionnats. 

Le premier ministre Justin Trudeau a aussi rappelé que les excuses «ne sont pas un point final, mais un point de départ» dans la réconciliation.

À la Citadelle de Québec, prenant la parole avant la gouverneure générale Mary Simon et le pape, M. Trudeau a souligné que la Commission de vérité et réconciliation avait demandé des excuses pour le rôle qu’a joué l’Église catholique en tant qu’institution dans le système des pensionnats.

Critiques

Deux critiques principales ont fait surface depuis les excuses de lundi: le pape n’a jamais mentionné les abus sexuels dans les pensionnats du Canada, et il ne s’est pas excusé au nom de l’Église en tant qu’institution, préférant plutôt demander pardon pour le mal commis par de «nombreux chrétiens».

Mercredi, à la Citadelle de Québec, le pape a parlé d’un «système déplorable, promu par les autorités gouvernementales de l’époque, qui a séparé de nombreux enfants de leurs familles», et dans lequel «diverses institutions catholiques locales ont été impliquées».

«C’est pourquoi j’exprime honte et douleur et, avec les évêques de ce pays, je renouvelle ma demande de pardon pour le mal commis par de nombreux chrétiens contre les peuples autochtones», a déclaré le pape François.

«Je suis vraiment reconnaissant d’avoir rencontré et écouté ces derniers mois à Rome plusieurs représentants des peuples autochtones, et de pouvoir renforcer, ici au Canada, les belles relations nouées avec eux. Les moments vécus ensemble ont laissé en moi une empreinte et le désir profond de faire nôtre l’indignation et la honte pour les souffrances subies par les Autochtones, en promouvant un chemin fraternel et patient à entreprendre avec tous les Canadiens, selon la vérité et la justice, en œuvrant pour la guérison et la réconciliation, toujours animés par l’espérance», a-t-il ajouté.

Horaire chargé

L’avion transportant le pape François a atterri mercredi après-midi à l’aéroport de Québec, où il a été accueilli par des responsables et des dignitaires, dont le premier ministre du Québec, François Legault.

Le pape a serré des mains et échangé des mots avec plusieurs personnes. Le souverain pontife a ensuite pris place dans une Fiat blanche. Une foule s’est rassemblée le long de la route depuis l’aéroport, plusieurs prenant des photos et des vidéos.

Jeudi, le pape François se rendra à la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré où il célébrera la messe à 10h00. Entre 10 000 et 15 000 personnes pourront y assister avec de l’espace pour les invités à l’intérieur et à l’extérieur de la basilique. Une diffusion de la messe sera également offerte sur les Plaines d’Abraham.

En fin d’après-midi, le pape se rendra à la Cathédrale-Basilique Notre-Dame de Québec pour rencontrer les évêques, les prêtres, les diacres, les consacrés, les séminaristes et les agents de pastorale.

D’autres rencontres sont prévues vendredi matin avec les membres de la compagnie de Jésus à l’Archevêché de Québec, puis avec une délégation d’Autochtones de l’Est du Canada. Il s’envolera ensuite pour le Nunavut.

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