Le Parti communiste chinois célèbre 70 ans au pouvoir

PÉKIN, Chine — Le Parti communiste chinois a célébré mardi ses 70 ans au pouvoir avec un défilé militaire qui a mis en lumière les ambitions mondiales du pays, tandis que de nouveaux affrontements opposaient la police de Hong Kong et des manifestants.

Des camions transportant des missiles nucléaires conçus pour échapper aux défenses américaines, un drone d’attaque supersonique et d’autres produits issus d’un effort de développement d’armes vieux de deux décennies ont traversé Pékin alors que des soldats défilaient devant le président Xi Jinping et d’autres dirigeants sur la place Tiananmen. Des avions de chasse ont survolé des spectateurs qui ont agité des drapeaux chinois sous un ciel nuageux.

La parade a mis en évidence l’ambition d’influence stratégique de Pékin pour accompagner son statut de deuxième économie mondiale, alors même que le gouvernement de M. Xi réprime la dissidence, illustrant les tensions entre une dictature fermée, à parti unique, et une société en évolution rapide.

Ces objectifs stratégiques incluent le remplacement des États-Unis en tant que puissance dominante de la région du Pacifique et l’application de revendications potentiellement volatiles à Taïwan, à la mer de Chine méridionale et à d’autres territoires contestés.

«Aucune force ne peut arrêter les progrès du peuple chinois», a déclaré M. Xi dans un discours télévisé à l’échelle nationale.

À Hong Kong, des manifestants prodémocratie qui voulaient embarrasser le parti lors de l’événement politique de premier plan de cette année se sont battus avec la police, alors que des dizaines de milliers de personnes manifestaient.

Un homme a été atteint à l’épaule par un officier de police. C’est la première fois qu’un manifestant est atteint par une balle. La vidéo qui s’est rapidement répandue sur les médias sociaux semble montrer l’officier ouvrant le feu alors que le manifestant le frappe avec une matraque, atteignant le bras du policier.

Les protestations dans l’ancienne colonie britannique suscitent l’inquiétude de Pékin. Dans un discours prononcé lundi, M. Xi a promis de respecter son engagement de permettre aux dirigeants du territoire de gérer leurs affaires.

M. Xi a été rejoint à la tribune Tiananmen par le premier ministre Li Keqiang, les anciens présidents Hu Jintao et Jiang Zemin et d’autres personnalités du parti. Les autorités ont déclaré que l’événement comprendrait 15 000 soldats, plus de 160 avions et 580 pièces d’équipement militaire.

Cet anniversaire commémore la fondation de la République populaire de Chine par le dirigeant de l’époque, Mao Zedong, à la suite d’une guerre civile avec le gouvernement nationaliste, qui s’est replié à Taïwan le 1er octobre 1949.

La présentation «d’armes de haute qualité» est censée montrer que Pékin est sur la bonne voie pour «rajeunir la Chine sur la scène mondiale», a déclaré Henry Boyd, un analyste militaire à l’Institut international d’études stratégiques de Londres.

«Le message est le suivant: la Chine est une grande puissance et elle doit être prise au sérieux, a dit M. Boyd. Elle ne doit pas être traitée comme une inférieure.»

La dirigeante de Hong Kong, Carrie Lam, a assisté au défilé en compagnie d’une délégation de responsables et de dignitaires de Hong Kong, dans une démonstration d’unité avec le parti au pouvoir.

M. Xi, vêtu d’une veste grise Mao, a circulé à bord d’une limousine décapotable, passant en revue des douzaines de rangées de missiles montés sur camion, de véhicules de transport de troupes blindés et d’autres équipements militaires.

Soutenues par le boom économique de la Chine, les dépenses militaires ont augmenté de 400 pour cent au cours de la dernière décennie, alors que Pékin tente de rivaliser avec les États-Unis, la Russie et l’Europe en matière de technologie de l’armement. Selon des analystes étrangers, la Chine est, avec les États-Unis, un leader des avions sans pilote et rattrape son retard dans les missiles et dans d’autres secteurs.

L’Armée de libération du peuple, la plus grande armée du monde avec deux millions d’hommes et de femmes en uniforme, travaille également sur des avions de combat, le premier porte-avions construit en Chine et une nouvelle génération de sous-marins à propulsion nucléaire.

Le Dongfeng-17, un planeur à armement nucléaire qui, selon des analystes étrangers, est conçu pour manœuvrer à grande vitesse afin d’éviter les défenses antimissiles, a été dévoilé mardi. Cela pourrait aider à contrer des systèmes américains comme ceux déployés en Corée du Sud et au Japon.

L’un des autres était un avion sans pilote baptisé Sharp Sword qui, doté de bombes ou de missiles, serait le premier drone de combat mis au point par une puissance autre que Washington et ses alliés européens.

L’accent mis par Pékin sur les missiles et autres armes à longue portée reflète les ambitions officielles de projeter une puissance au-delà des frontières chinoises.

Selon des analystes, le bombardier à longue portée H-6N, présenté pour la première fois mardi, pourrait être utilisé pour attaquer les forces américaines ou d’autres forces dans le Pacifique.

Un autre missile présenté, le Dongfeng-41, aurait la plus longue portée au monde, jusqu’à 15 000 kilomètres. Selon des analystes, il pourrait atteindre les États-Unis en 30 minutes et transporter jusqu’à 10 ogives pour frapper des cibles distinctes.

Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), les dépenses militaires de la Chine l’année dernière ont été les deuxièmes plus élevées au monde, avec un budget estimé à 250 milliards $ US. Les États-Unis, avec une force de 1,3 million de soldats, ont mené les dépenses à 650 milliards $ US, soit plus de deux fois et demie le niveau de la Chine.

L’arsenal nucléaire chinois compte environ 280 ogives, contre 6450 pour les États-Unis et 6850 pour la Russie, selon le SIPRI. Pékin a déclaré vouloir une «dissuasion nucléaire minimale crédible», mais ne serait pas le premier à utiliser des armes atomiques lors d’un conflit.

Le pouvoir du parti communiste semble être assuré trois décennies après avoir écrasé les manifestations pour la démocratie centrées sur la place Tiananmen en 1989.

Pékin tente de soutenir la croissance économique et d’empêcher des pertes d’emplois politiquement dangereuses dans le contexte d’une guerre tarifaire avec Washington sur le commerce et la technologie, ce qui a malmené les exportateurs chinois.

Le gouvernement de M. Xi a resserré le contrôle politique et réprimé le militantisme en faveur des droits de l’homme et de la démocratie. Pékin est critiqué pour son traitement des musulmans dans le nord-ouest de la Chine, où le gouvernement américain, des activistes et des chercheurs disent qu’un million de personnes ont été arrêtées.

M. Xi, le fils d’un commandant de l’armée de guérilla de Mao, est devenu le dirigeant le plus puissant de la Chine depuis des décennies. Le parti a levé les limites de son mandat de président l’année dernière, annulant les efforts pour créer un système fondé sur le consensus et limiter le pouvoir de chaque dirigeant.

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