Le Parti conservateur maintient qu’exclure Patrick Brown était la bonne chose à faire

OTTAWA — Le président du Comité organisateur de l’élection du chef du Parti conservateur du Canada maintient que la formation ne pouvait pas «courir le risque» d’avoir un candidat qui fait l’objet d’une enquête pour avoir enfreint des lois fédérales.

Dans un courriel envoyé aux membres du parti, vendredi matin, Ian Brodie réitère que la décision d’exclure Patrick Brown de la course à la chefferie était la «bonne chose» à faire pour préserver la réputation «irréprochable» du parti à long terme.

La missive ne fait toutefois pas mention de la révélation faite jeudi soir par une lanceuse d’alerte, Debra Jodoin, qui allègue que M. Brown a enfreint la loi en demandant personnellement à une entreprise privée de payer ses frais de campagne.

Elle n’aborde pas non plus le désaccord entre certains membres d’un sous-comité du parti, qui hésitait dès le départ de la course à approuver la candidature de M. Brown.

Des sources au fait du dossier ont affirmé à La Presse Canadienne que certains membres de ce sous-comité responsable des nominations faisaient pression pour que la candidature de M. Brown ne soit pas retenue pour la course à la chefferie.

Ce sous-comité était présidé par l’ancienne députée d’expérience Deborah Grey. Les autres membres étaient l’actuelle députée Nelly Shin, l’ancien premier ministre du Yukon Darrell Pasloski, l’ancienne ministre sous le gouvernement de Stephen Harper Leona Aglukkaq et la vice-présidente du parti Valérie Assouline, selon plusieurs sources.

Leur recommandation a finalement été ignorée par le comité organisateur national de la course à la direction, qui a approuvé la candidature de M. Brown le 26 avril.

Mme Grey a refusé les demandes d’entrevue de La Presse Canadienne, tandis que les autres membres n’ont pas pu être rejoints dans l’immédiat.

Yaroslav Baran, un porte-parole du parti, a aussi refusé de commenter le désaccord qui date du printemps dernier.

Le Comité organisateur de l’élection du chef a voté à 11 contre 6 en faveur de l’expulsion de M. Brown de la course, mardi, après que M. Brodie a présenté des allégations concernant des décisions financières.

Des sources au courant de la situation ont mentionné que des éléments de preuve tendant à valider les allégations, dont des messages textes impliquant directement M. Brown, n’ont pas été présentés aux membres du comité avant le vote.

L’avocat du Parti conservateur a plutôt transmis l’information au bureau du commissaire aux élections fédérales, qui a confirmé jeudi avoir reçu la documentation, mais a refusé d’en préciser la nature, invoquant des dispositions de confidentialité de la Loi électorale du Canada.

La note envoyée par M. Brodie précise que les informations reçues par le comité national étaient «crédibles» et «vérifiables». Il a par ailleurs remercié les membres du comité organisateur électoral d’avoir accepté de faire un choix que «personne ne devrait avoir à faire».

Ce message a été envoyé aux membres alors que le comité électoral est de plus en plus pressé de révéler davantage d’informations sur ce qui a justifié l’exclusion de M. Brown. L’ex-candidat a fermement nié toute connaissance d’actes répréhensibles au sein de sa campagne.

L’équipe de campagne de M. Brown a aussi indiqué que le parti ne lui a pas fourni d’informations détaillées sur les accusations portées contre lui, au-delà d’une allégation selon laquelle une personne travaillant sur sa campagne était payée pour ce travail par une société privée – une violation des règles électorales fédérales. 

Lors d’une entrevue accordée à La Presse Canadienne, plus tôt cette semaine, M. Brown a explicitement nié qu’il avait personnellement connaissance d’une telle activité.

Mais Mme Jodoin, la lanceuse d’alerte, a souligné dans une déclaration publiée par son avocat, jeudi, que M. Brown lui avait dit «qu’il était permis (qu’elle soit) employée d’une entreprise en tant que consultante, puis que cette société (lui) demande de participer bénévolement à la campagne».

Mme Jodoin a ajouté que M. Brown l’avait personnellement mis en relation avec un tiers dans ce but, affirmant: «Je lui faisais confiance, mais au fil du temps, je me suis de plus en plus inquiétée de cet arrangement et j’ai soupçonné que ce n’était pas correct.»

Dans le courriel de vendredi, M. Brodie a assuré que la campagne de M. Brown a eu plusieurs occasions de répondre aux allégations la semaine dernière, mais que sa version finale «n’a pas répondu à nos préoccupations concernant les violations.»

Le courriel affirme que l’équipe de M. Brown «savait très bien» quelles étaient les allégations et que toute suggestion contraire est «tout simplement incorrecte». 

Chisholm Pothier, un porte-parole de M. Brown, a partagé sur Twitter un extrait d’une lettre que, selon lui, la campagne a envoyée au comité de direction le 30 juin. Sans nommer Mme Jodoin, elle a offert un compte rendu contradictoire de son implication dans la campagne. 

La lettre dit que, d’après ce qu’a compris M. Brown, Mme Jodoin s’est portée volontaire pour être bénévole pendant sa campagne en dehors de ses heures de travail pour l’entreprise privée, qui appartient à un ami de M. Brown. 

La lettre indique que la campagne est prête à rembourser l’argent, qu’elle croit comprendre être d’un montant inférieur à 10 000 $, si ce n’est pas le cas.

Dans son communiqué, M. Pothier a affirmé que l’exclusion de M. Brown avait comme objectif de «réduire» le nombre de compétiteurs dans la course conservatrice. 

M. Brown a accusé les hauts dirigeants du parti de le pousser hors de la course pour avantager son principal rival, le député de longue date de la région d’Ottawa Pierre Poilievre. 

La campagne de M. Poilievre a nié toute implication.

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