Elizabeth May de nouveau élue cheffe du Parti vert du Canada

OTTAWA — Elizabeth May a été choisie pour redevenir cheffe du Parti vert du Canada après s’être présentée en promettant de partager le rôle avec Jonathan Pedneault.

Mme May, députée de longue date de la Colombie-Britannique qui a dirigé le parti de 2006 à 2019, a remporté la course à la direction au sixième tour de scrutin avec 4666 voix. Elle est restée en tête dès le départ, mais la candidate Anna Keenan a conservé une solide deuxième place tout au long.

«C’est un peu un ‘déjà-vu’, mais ce n’est pas la même chose parce que (…) maintenant c’est une proposition totalement différente parce que je ne suis pas ici toute seule», a déclaré en français Elizabeth May.

Elle a rejoint la course à la chefferie en s’engageant de nommer M. Pedneault comme co-leader, et les deux chercheront à modifier la constitution du parti pour permettre un modèle valide de codirection.

«Officiellement, nous avons mené une campagne séparément comme le demandent Élection Canada et les règles du Parti vert. Mais les gens qui ont voté pour moi savaient que notre plateforme indiquait clairement que nous étions une équipe, a expliqué Mme May. Nous ne pouvons pas dire officiellement que nous sommes co-leader du Parti vert du Canada parce que cela demande un changement de la constitution.»

M. Pedneault, originaire de Montréal, est un expert de 32 ans des situations de crise qui a enquêté sur des abus dans des zones de guerre, notamment en Afghanistan.

«On est le parti pour les Québécois qui cherchent une voix différente à Ottawa, une voix qui va les représenter de manière objective, mais qui va aussi faire avancer les intérêts de tous les Québécois et de l’environnement et de la planète», a déclaré M. Pedneault aux côtés de Mme May après l’annonce de sa victoire.

Mme May a insisté pour que les autres candidats, pas seulement M. Pedneault, la rejoignent sur scène. Elle a vanté le modèle de codirection du parti soulignant que ce modèle de leadership met l’accent sur le fait que les Verts font les choses différemment.

Les membres de la formation politique ont envoyé au cours de la dernière semaine leur bulletin de vote en vue d’élire un nouveau chef pour succéder à Annamie Paul.

Six noms figurent sur le bulletin de vote, mais quatre d’entre eux avaient l’intention de former un duo à la direction.

L’autre tandem dans la course était formé d’Anna Keenan et de Chad Walcott. Tous deux ont affirmé que le parti a besoin de nouveaux visages à la suite du désastre électoral de 2021 et de la longue série de querelles intestines qui a suivi.

Dans son discours, Mme May a dit qu’elle a entendu «les voix qui réclament du changement».

«Il est vraiment possible d’avoir un changement avec un pouvoir sur le terrain avec les racines très engagées dans les enjeux primordiaux, particulièrement contre la crise des changements climatiques», a prononcé en français Mme May.

Sarah Gabrielle Baron et Simon Gnocchini-Messier se présentaient en solo. Tous deux n’en étaient pas à leur première expérience dans une course à la direction du Parti vert.

Les candidats à la direction ont prononcé de courts discours avant l’annonce des résultats à 20 heures, chacun soulignant l’importance de l’unité.

«Nous avons traversé une période un peu difficile, mais nous en sommes sortis, a déclaré Mme May dans son discours. Et nous pouvons dire en toute confiance qu’à l’issue de cette soirée, nous sommes unis, quel que soit le résultat. Nous travaillons ensemble.»

Reconstruire le parti

Mme May, âgée de 68 ans, a souligné son expérience tout au long de la campagne à la direction, affirmant qu’elle avait laissé les choses en excellent état lorsqu’elle a démissionné après les élections fédérales de 2019.

Lors de cette élection, trois députés ont été élus au Parlement et les candidats verts ont obtenu 6,5 % des suffrages exprimés, ce qui reste insuffisant pour obtenir le statut de parti officiel à la Chambre des communes.

Lors des élections de 2021, qui se sont tenues dans le contexte du mandat tumultueux de l’ancienne dirigeante Annamie Paul, le soutien a chuté à 2,3 % du vote populaire. Mme May a conservé son siège et Mike Morrice a également été élu en Ontario. Mme Paul a terminé au quatrième rang dans la course électorale pour Toronto Centre.

«Il y a trois ans, j’ai démissionné de mon poste de cheffe, convaincue que le parti était fort et prêt avec trois députés élus pour voir un changement, a déclaré Mme May.

«Je pense que nous avons besoin de changement. J’entends absolument les voix qui veulent un changement, qui veulent voir des dirigeants plus jeunes, qui veulent voir une voie différente à mesure que le parti avance.»

Elizabeth May est entrée dans la course à la chefferie en voulant reconstruire le parti. Beaucoup s’attendent à ce qu’elle essaie d’accroître son soutien, notamment en essayant de recruter des électeurs néo-démocrates désenchantés par le leadership de Jagmeet Singh.

Taux de participation décevant

Mme May et M. Pedneault chercheront à affirmer que les Verts sont plus dignes de confiance que les autres partis en matière d’environnement.

«Ceux d’entre vous qui sont des baby-boomers comme moi deviennent beaucoup plus radicaux maintenant. Nous nous battons pour nos petits-enfants. Nous n’abandonnons pas, nous ne prenons pas de pauses, nous travaillons pour assurer la sécurité de la planète», a-t-elle lancé aux partisans à l’écoute.

Les membres des Verts ont commencé à voter le 12 novembre et les résultats ont commencé à être communiqués à une cinquantaine de membres du parti réunis dans un hôtel du centre-ville d’Ottawa peu après 20h. Quelque 300 autres personnes ont suivi les résultats en ligne.

Environ 22 000 membres avaient le droit de voter, mais seulement un peu plus de 8000 ont voté au premier tour. Interrogée par un journaliste samedi, Mme May a reconnu être «déçue» par le taux de participation.

«Mais je dois dire qu’étant donné le climat dans lequel cette campagne s’est déroulée, et je pense que nous tous, candidats, avons ressenti les vents contraires, c’est une démonstration respectable du soutien de nos membres et de leur engagement envers ce parti», a ajouté Mme May.

Au cours de la course de six mois, les candidats à la direction n’ont pas tardé à reconnaître les difficultés du parti et ont proposé des visions différentes sur la façon de panser les blessures, d’encourager les partisans et d’attirer de nouveaux soutiens aux urnes.

Annamie Paul, qui est devenue la première femme noire à diriger un parti fédéral au Canada en 2020, a démissionné de son poste de cheffe des Verts peu de temps après les élections de l’an dernier. Il y a eu une décision antérieure d’évincer Mme Paul en tant que cheffe, qui a dit être victime d’accusations qu’elle a décrites comme «racistes» et «sexistes».

Mme Paul a qualifié son temps en tant que leader comme «la pire période» de sa vie.

Amita Kuttner, une astrophysicienne choisie comme cheffe intérimaire des Verts après le départ de Mme Paul, est devenue la première dirigeante transgenre d’un grand parti politique fédéral au Canada.

Amita Kuttner, qui s’identifie également comme une personne non binaire, n’a pas cherché la direction permanente, mais a parlé de la nécessité de l’unité du parti pendant son mandat.

Plusieurs des candidats ont parlé d’un besoin de réduire de division pendant la campagne à la direction, y compris Amita Keenan et Chad Walcott.

Amita Keenan a déclaré aux journalistes qu’elle était fière d’avoir reçu les votes qu’elle avait obtenus et a déclaré que c’était à Mme May de décider quel avenir elle aurait au sein du parti.

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