Le personnel d’une maison de retraite s’y installe pour une deuxième fois

MONTRÉAL — Le personnel d’une maison de retraite située dans les Cantons-de-l’Est vit avec les résidents pour éviter qu’ils ne soient confinés dans leur chambre pendant le confinement.

C’est la deuxième fois depuis le début de la pandémie que les employés du Manoir Stanstead, dans la ville du même nom, s’installent avec les résidents.

Depuis le 9 janvier, les Québécois sont soumis à des restrictions strictes. Les salles à manger de tous les établissements de soins de longue durée et résidences privées pour aînés sont notamment fermées.

Pour Donna Rolfe, il est inacceptable de fermer la salle à manger et de garder les résidents enfermés dans leurs chambres. Afin de s’assurer que ces résidents ne sont pas isolés, le personnel a décidé de s’installer dans l’établissement.

«Ils auraient dû rester dans leur chambre. Il n’est tout simplement pas humain de les garder entre quatre murs, dit Mme Rolfe, la directrice adjointe de la résidence. Même si on s’enferme avec eux, on garde toujours le masque et on respecte les six pieds de distance, mais ils peuvent au moins venir manger dans la salle à manger, deux par table, et parler entre eux, à six pieds de distance les uns des autres.»

Le Manoir Stanstead compte 52 résidents, dont la majorité d’entre eux sont âgés de 90 ans ou plus. Si de nombreuses résidences privées pour aînés au Québec ont été durement touchées par la deuxième vague de COVID-19, la résidence n’a signalé aucun cas.

Parmi les employés qui se sont installés dans la résidence, on compte des préposés aux soins, des membres du personnel d’entretien et de la cuisine.

Mme Rolfe dit que le personnel avait été vacciné. Toutefois, le manque de vaccins a contraint les autorités à retarder la campagne pour les personnes âgées vivant dans des maisons de retraite.

Tout ce qui entre dans la maison est soigneusement désinfecté, raconte-t-elle.

Les employés ne pourront pas voir leur famille d’ici le 8 février, et ce, si le gouvernement québécois lève les restrictions en cours. Ceux qui ont décidé de s’installer avec les résidents l’ont fait avec sérénité.

Patrica Buzzell est la seule cuisinière à rester dans cette bulle. Elle aura travaillé 28 jours d’ici le 8 février. Le personnel a emménagé sur place dans les 48 heures après y avoir été invité.

«Tout va très bien. Nous sommes tous dans notre famille, notre propre petite bulle. Nous protégeons tous tout le monde, raconte-t-elle. Je ne pouvais pas laisser ces gens dans une pièce 24 heures sur 24. Ce n’est pas humain, ce n’est pas leur style de vie. Ils ont l’habitude de sortir pour leurs repas et de parler aux gens avec qui ils sont assis. Pour certains, ce sont les seules visites qu’ils reçoivent.»

La décision a été facile pour Faye Chamberlain, une préposée aux soins. «C’est un peu différent pour moi parce que ma mère est résidente, mon frère travaille ici, mon fils travaille ici à temps partiel. C’est un peu comme une affaire de famille», explique-t-elle.

Si la mère de Mme Chamberlain a la chance de voir ses enfants, d’autres n’ont pu recevoir de visiteurs depuis des mois, ajoute la préposée. Selon elle, s’enfermer avec eux est un petit prix à payer pour améliorer leur vie de tous les jours.

«Les gens le font tout le temps. On n’a qu’à penser aux militaires qui vont à l’étranger. Ces 30 jours sont un très, très petit sacrifice pour assurer leur santé et leur sécurité.»

Le neuvième petit-enfant de Mme Rolfe est né jeudi et son mari, chauffeur de camion, est seul à la maison. «Il reste occupé au travail… mais il sait que je dois faire ce que j’ai à faire, il est très favorable à cela.»

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