Le plan d’infrastructure fédéral tardera à donner ses fruits, prévient le DPB

OTTAWA – Le Directeur parlementaire du budget estime que le programme d’infrastructures mis sur pied par le gouvernement fédéral pour relancer l’économie risque de ne pas avoir des effets aussi rapides que l’auraient souhaité les libéraux.

Dans un rapport publié jeudi sur le nouveau plan en matière d’infrastructure du gouvernement libéral, annoncé dans le budget de 2016, le Directeur parlementaire du budget (DPB) révèle que pour la première phase, dotée d’un financement de 13,6 milliards $ sur deux ans, 31 ministères et agences ont défini jusqu’ici des projets totalisant seulement 4,6 milliards $.

Or, le gouvernement libéral comptait justement sur cet ambitieux programme d’infrastructures pour relancer au plus tôt l’économie canadienne et stimuler la croissance au cours des prochaines années — et, par le fait même, soutenir les finances publiques.

Dans leur premier budget, les libéraux ont estimé que les dépenses en infrastructures au cours de la première phase entraîneraient une augmentation de 0,2 pour cent du produit intérieur brut (PIB) en 2016-2017 et de 0,4 pour cent en 2017-2018. Selon le DPB, Ottawa devrait débourser environ 11 milliards $ avant la fin de la première phase, le 31 mars 2018, s’il veut atteindre ces estimations.

Or, le DPB constate qu’«en raison de l’écart entre le financement annoncé et la valeur actuelle des projets établis, le gouvernement risque de ne pas obtenir» les retombées économiques escomptées dans les délais fixés.

Le DPB avait déjà prévenu que les projets d’infrastructures sont plus lents à démarrer que prévu. Dans un rapport précédent, il indiquait que le quart environ des fonds prévus pour les infrastructures ne sont pas dépensés durant l’année où ils ont été inscrits aux budgets — notamment parce que les subventions fédérales sont versées après réception des factures.

«Cela ne veut pas dire que les infrastructures ne sont pas construites ou planifiées», a précisé le ministre de l’Infrastructure et des Collectivités, Amarjeet Sohi.

Le Directeur parlementaire du budget souligne par ailleurs que le gouvernement libéral «n’a pas mis en place de cadre de mesure du rendement» qui permettrait de suivre la façon dont les fonds sont dépensés.

Le gouvernement souhaite affecter 186,7 milliards $ au nouveau plan en matière d’infrastructure au cours des 10 prochaines années, dont 82,8 milliards $ en nouveaux fonds. Le programme est déployé en deux phases: la première (13,6 milliards $ sur deux ans) vise à «relancer l’économie», alors que la deuxième visera «à améliorer la productivité économique du pays à long terme». Les détails de cette deuxième phase devraient être annoncés dans le prochain budget.

Le ministre Sohi a laissé entendre qu’une nouvelle ronde de négociations avec les provinces pourrait être nécessaire afin de ficeler les paramètres de la deuxième phase. Lors de la première phase, ces négociations, conclues l’été dernier, avaient retardé les investissements fédéraux dans l’économie canadienne.

Ottawa et la Fédération canadienne des municipalités (FCM) ont par ailleurs dévoilé, jeudi, les détails d’un fonds de 50 millions $ annoncé dans le plus récent budget fédéral pour «renforcer la planification et la prise de décisions relatives aux infrastructures». Le gouvernement fédéral fournit aussi 75 millions $ à la FCM pour la mise en oeuvre du programme «Municipalités pour l’innovation climatique».