Le Plan vert du gouvernement Legault est bien en-deçà de son objectif

Le plan prévoit de réduire de 37,5 % les émissions de GES d’ici à 2030 par rapport au niveau de 1990, conformément aux accords internationaux, mais il n’inclut toutefois que 42 % des mesures pour y arriver.  

QUÉBEC — Le Plan vert du gouvernement Legault dévoilé lundi comporte une faille importante : il n’atteint que 40 % de l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

C’est ce que déplore le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique à l’Université du Québec en Outaouais (UQO), Jérôme Dupras, en réclamant de 3 à 4 milliards de dollars supplémentaires pour restaurer les écosystèmes qui absorbent les GES. L’opposition péquiste y voit également un plan qui « manque d’ambition et de courage ».

Le plan prévoit de réduire de 37,5 % les émissions de GES d’ici à 2030 par rapport au niveau de 1990, conformément aux accords internationaux, mais il n’inclut toutefois que 42 % des mesures pour y arriver.

« Je m’attendais à plus, on est très loin des objectifs », a déclaré M. Dupras, en entrevue téléphonique lundi.

Ainsi, le gouvernement ne sait toujours pas quelles mesures il va mettre en place pour atteindre son objectif et ce vide pourrait coûter cher : si le Québec n’atteint pas sa cible, il devra acheter des droits d’émission sur la bourse du carbone, ce qui pourrait se chiffrer en milliards de dollars.

Un aveu d’échec

« C’est un aveu que le plan n’atteindra pas sa cible », a regretté le porte-parole péquiste en matière d’environnement, Sylvain Gaudreault, en entrevue téléphonique. En chiffres clairs, il faut réduire les émissions de 29 mégatonnes de CO2, or le plan n’en planifie que 12,4 mégatonnes, a illustré le député de Jonquière.

A fortiori, de grandes organisations internationales appellent à réduire encore davantage que 37,5 % les émissions de GES, donc le Québec aura un rattrapage d’autant plus grand à effectuer, a souligné M. Dupras.

Il n’y a que quelques dizaines de millions de dollars investis en restauration et aménagements d’écosystèmes sur les 3,6 milliards de dollars du Plan vert, a regretté le chercheur de l’UQO, alors que depuis plusieurs années les grandes organisations reconnaissent que ces écosystèmes représentent « 30 à 40 % de la solution climatique », parce qu’ils absorbent de grandes quantités de GES.

« On aurait dû espérer quelque chose comme 3-4 milliards de dollars » en protection, restauration et aménagements d’écosystèmes, a-t-il commenté.

Autre zone d’ombre du plan : Québec verse beaucoup d’argent en incitatifs, mais n’établit aucune mesure contraignante qui permettrait de sanctionner les comportements polluants.

Le gouvernement ne se donne pas de cadre de « gouvernance environnementale », qui lui permettrait notamment de refuser des projets qui viendraient annuler tous les bénéfices de son plan, a relevé M. Dupras.

« C’est un plan mort-né », a condamné Sylvain Gaudreault. Il estime qu’il aurait été possible d’atteindre les cibles avec davantage de mesures précises et une loi qui force l’atteinte des cibles, comme dans d’autres pays.

« Sinon, ça devient des voeux pieux », a-t-il dit, en appelant à l’instauration d’une véritable éco-fiscalité, comme le recommande le Commissaire au développement durable.

La députée Ruba Ghazal, de Québec solidaire (QS), a également regretté le peu de mesures en écofiscalité, « le nerf de la guerre aux changements climatiques ».

« Aujourd’hui, c’est une des rares journées dans l’année où la CAQ annonce des mesures environnementales, a affirmé la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé. Le reste du temps, le gouvernement annonce des agrandissements d’autoroutes dans les régions urbaines, retarde la construction du tramway à Québec […]. François Legault fait miroiter un pas en avant, mais globalement, le Québec recule en matière de lutte aux changements climatiques. »

L’Union des municipalités du Québec (UMQ) demande pour sa part au gouvernement Legault d’en faire davantage, en matière de transport de personnes et de marchandises.

« L’électrification [des transports] ne doit pas exclure d’autres options pour atteindre les objectifs du Plan vert », a affirmé la présidente de l’UMQ, Suzanne Roy, qui demande un meilleur financement du transport en commun. Elle propose aussi de favoriser le transfert du transport routier vers le maritime et le ferroviaire.

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