Le portrait des victimes du massacre en Nouvelle-Écosse commence à émerger

HALIFAX — On commençait à en savoir un peu plus, lundi, sur certaines des victimes de l’une des pires tueries de l’histoire récente au Canada, qui a fait au moins 18 morts dans le nord de la Nouvelle-Écosse en fin de semaine.

On sait maintenant que le tueur a assassiné notamment une policière de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), une enseignante, deux infirmières, deux agents correctionnels et des voisins de Portapique, petite communauté rurale surplombant la baie de Cobequid.

Le président du Syndicat des enseignants de la Nouvelle-Écosse a exprimé sa tristesse d’avoir perdu «l’une des nôtres», après la publication de l’avis de décès de Lisa McCully, enseignante à l’école primaire de Debert, située à une vingtaine de minutes en voiture de Portapique, où a débuté samedi soir la sinistre tragédie. Paul Wozney a indiqué que Mme McCully était connue comme une enseignante passionnée, qui aimait la vie, et qui a été «victime de cette violence insensée».

Le syndicat a eu aussi un bon mot pour la policière Heidi Stevenson, mère de deux enfants, une «vétéran de 23 ans» au sein de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), «qui a donné sa vie en répondant à un appel».

Un autre policier a été blessé dans la tragédie, mais il a obtenu son congé de l’hôpital lundi pour poursuivre sa convalescence chez lui.

Deux infirmières

Darcy Dobson a écrit sur Facebook que sa mère, Heather O’Brien, une infirmière de Truro, en Nouvelle-Écosse, était du nombre des victimes. «La douleur va et vient par vagues. J’ai l’impression d’être en dehors de mon propre corps. Cela ne peut pas être réel», a écrit Mme Dobson. «À 9 h 59, elle a envoyé son dernier texto à notre groupe de discussion familial. À 10 h 15, elle était partie. Elle a roulé en voiture dans la même rue de la même ville qu’elle traverse chaque jour», a-t-elle écrit.

«Elle était gentille. Elle était belle. Elle ne méritait rien de tout cela. Pour chaque personne souffrant de cette tragédie insensée, n’hésitez pas à tendre la main car nous sommes tous connectés à jamais dans cet horrible gâchis.» Mme Dobson souhaite maintenant que sa mère ne soit pas définie par cette tragédie, mais par «la façon dont ses yeux brillaient lorsqu’elle parlait à ses petits-enfants, la façon dont elle adorait Noël (…) combien elle aimait être infirmière».

L’Ordre des infirmières de Victoria (VON) a noté la mort de Mme O’Brien, mais aussi celle d’une autre infirmière, Kristen Beaton. «Tous nos fournisseurs de soins de santé sont des héros de première ligne, écrit Jo-Anne Poirier, PDG de l’agence d’infirmières à domicile. Hier, deux de ces incroyables héroïnes, Heather O’Brien et Kristen Beaton, ont été arrachées à leurs familles, et à VON. Nous pleurons leur disparition. Nous pleurons pour leurs familles.»

Des voisins, des agents correctionnels

Kelly Blair a perdu son frère cadet bien-aimé Greg, 45 ans, et sa femme Jamie, 40 ans, abattus chez eux à Portapique. Le couple dirigeait une petite entreprise d’appareils au gaz naturel et au propane. La tante, Judy MacBurnie, a indiqué que les Blair avaient deux jeunes enfants, qui sont maintenant pris en charge par leurs grands-parents, et que Greg Blair avait également deux fils plus âgés, nés d’une précédente union.

Pour Kelly Blair, son «frère et meilleur ami» a été abattu sans raison. «Pourquoi? Simplement pourquoi?», se demandait-elle lors d’un bref entretien téléphonique, lundi. «Honnêtement, je ne sais pas vraiment ce qui s’est passé. Ils ont tous les deux été abattus. C’est tout ce que nous savons, nous ne savons pas pourquoi. Nous ne savons pas…»

Taylor McLeod a confirmé de son côté que son père Sean McLeod et l’épouse de celui-ci, Alanna Jenkins, de Wentworth, faisaient aussi partie des victimes. Tous les deux étaient agents correctionnels — Mme Jenkins à l’Établissement Nova pour femmes, à Truro, M. McLeod à l’Établissement de Springhill, depuis plus de 20 ans.

Jody MacBurnie, voisin et ami proche du couple, a décrit une matinée effrayante, dimanche, pour les résidents de cette route rurale dans la petite ville. Il a vu des véhicules de patrouille de la GRC se précipiter sur la route, «puis nous sommes venus découvrir que leur maison était en feu».

Tammy Oliver-McCurdie, elle, a appris dimanche soir que sa soeur, son beau-frère et sa nièce, voisins du tueur, avaient été retrouvés morts dans leur maison de Portapique. Jolene Oliver, qui aurait eu 40 ans cette année, son mari Aaron Tuck, 45 ans, et leur fille de 17 ans avaient déménagé dans cette localité après la mort du père de M. Tuck il y a quelques années. En entrevue téléphonique depuis l’Alberta, Mme Oliver-McCurdie se consolait tant bien que mal en se disant que la petite famille était morte ensemble, comme elle avait toujours vécu, malgré les embûches.

«Un voisin affable»

À Portapique, la plupart de ceux qui connaissaient le tueur le considéraient comme un voisin affable et fier de sa résidence secondaire en bois rond.

Sa voisine Nancy Hudson l’avait rencontré il y a environ 18 ans lorsqu’il a acheté la propriété sur le chemin Portapique Beach, qui se trouve à quelques pas de chez elle. «Il était très jovial (…) mais il y a un autre côté à Gabe: il a eu quelques problèmes, surtout avec sa petite amie», raconte Mme Hudson, en entrevue devant chez elle. Selon sa voisine, le tueur était d’une jalousie maladive.

Portapique compte une centaine d’habitants, la plupart vivant dans des maisons modestes le long de la route 2 sur la rive nord de la baie de Cobequid. Mais le tueur a aussi transporté sa folie meurtrière dans le nord de la Nouvelle-Écosse.

Corrie Ellison, 42 ans, de Truro, en Nouvelle-Écosse, a été décrit lundi comme un ami attentionné et aimable qui se mettait en quatre pour aider les autres. Richard Ellison, qui vit à Portapique, a confirmé que son fils Corrie était chez lui en fin de semaine, mais il a refusé de commenter davantage sa mort.

Gina Goulet, une femme de 54 ans de Shubenacadie, a combattu le cancer à deux reprises avant que sa vie ne lui soit ravie, dimanche, a déclaré sa fille Amelia Butler. Mme Goulet a travaillé comme denturologiste pendant 27 ans, mais sa fille n’a pas pu dire si elle connaissait le tueur, qui travaillait dans le même domaine.