Le portrait du juge pro-esclavage George Duncan Ludlow retiré de l’UNB

FREDERICTON — La pression monte pour que l’Université du Nouveau-Brunswick (UNB) retire le nom de George Duncan Ludlow de l’édifice accueillant sa faculté de droit à Fredericton en raison de ses liens avec l’esclavage et les abus envers les Autochtones.

Tandis que le débat sur l’héritage de Ludlow gagne du terrain, quelqu’un a retiré son portrait du hall de l’immeuble.

On ignore qui a déplacé le tableau accroché dans Ludlow Hall, mais des membres du corps professoral ont indiqué qu’il avait été retiré sans discussion.

Les questions adressées par La Presse canadienne au bureau de John Kleefeld, doyen de la faculté de droit, sont restées sans réponse. Le doyen a plutôt publié un communiqué indiquant que le président de l’université, Paul Mazerolle, mettait en place un groupe de travail pour explorer les conventions de dénomination.

«Le groupe de travail intercampus examinera également le problème de la dénomination en général et recommandera les prochaines étapes pour aborder la dénomination de Ludlow Hall», a déclaré John Kleefeld dans un message transmis par courriel.

George Duncan Ludlow a été le premier juge en chef du Nouveau-Brunswick, mais il a également été l’un des derniers juges de l’Empire britannique à défendre la légalité de l’esclavage tandis que son père, Gabriel, était un marchand d’esclaves.

Une résolution adoptée le mois dernier par la Société des étudiants en droit réclame que le nom «Ludlow» soit retiré du bâtiment sans délai.

La semaine dernière, l’association des étudiants de l’UNB a appelé à son retrait immédiat du bâtiment ainsi que de toutes les cartes et de la documentation concernant l’université.

«L’association des étudiants de l’Université du Nouveau-Brunswick demande la création d’une plaque qui situe de manière appropriée la place de Ludlow dans l’histoire du Nouveau-Brunswick, soulignant à la fois sa contribution à la rédaction des premières lois du Nouveau-Brunswick, ainsi que sa défense de l’esclavage et son engagement à séparer les enfants autochtones de leurs parents et de leur culture», a déclaré le groupe d’étudiants dans un communiqué.

Nicole O’Byrne, professeure de droit et historienne du droit à l’UNB, explique que M. Ludlow était un loyaliste de New York, devenu le premier juge en chef du Nouveau-Brunswick dans les années 1780.

«Les professeurs ont étudié Ludlow avant l’ouverture de Ludlow Hall en 1968 et ont découvert le problème de sa décision relative à l’esclavage», a-t-elle relevé en entrevue.

«Ils ont soulevé la question du fait que ce ne serait peut-être pas le meilleur nom pour le bâtiment. Le président a retenu le nom quand même, sa décision avait déjà été prise.»

Mme O’Byrne ajoute qu’on a appris par la suite que Ludlow était également membre de longue date du conseil d’administration de l’école de jour Sussex Vale Indian, où des enfants autochtones étaient soumis à la servitude.

La professeure de droit dit avoir commencé à entendre parler du passé de George Duncan Ludlow de la part d’étudiants, en 2015, lorsque la Commission de vérité et réconciliation du Canada a achevé son rapport final.

«Les étudiants ont commencé à en discuter à ce moment-là et au cours des quatre dernières années, j’ai vu de plus en plus d’étudiants soulever la question», a-t-elle partagé.

Nicole O’Byrne dit craindre que si le nom et le portrait de Ludlow sont retirés sans explication, cela revienne à effacer l’histoire.

«Je serais plus intéressée de voir le portrait accroché avec une explication de l’héritage controversé de George Duncan Ludlow, et peut-être une autre exposition qui explique l’histoire de l’esclavage dans les Maritimes et l’histoire des écoles de jour et des pensionnats», suggère-t-elle.

Ce débat à l’UNB s’inscrit dans un mouvement visant à retirer plusieurs noms et symboles de l’époque coloniale dans les espaces publics au Canada.

L’année dernière, la ville de Halifax a enlevé une statue d’Edward Cornwallis, fondateur de la ville en 1749. Ce geste se voulait un acte de réconciliation en réaction à une proclamation de Cornwallis qui offrait une prime à quiconque tuait un Mi’kmaw.

Puis, en août dernier, une statue de Sir John A. Macdonald, le 1er premier ministre du Canada, a été retirée des marches devant l’hôtel de ville de Victoria. Un autre geste de réconciliation pour son rôle dans la création du système de pensionnats du pays.