Le PQ demeure présent en région: 7 de ses 9 élus s’y trouvent

MONTRÉAL — Ceux qui restent: lundi, neuf candidats du PQ ont résisté à la vague caquiste qui a déferlé sur le Québec et ont été élus. Le Parti québécois (PQ) a conservé presque tout l’est de la province et sept de ces élus représentent des régions loin des grands centres. Le programme du PQ a-t-il plus résonné en région?

Le constat territorial est le suivant: les élus péquistes vont représenter toute la Côte-Nord avec deux circonscriptions, deux autres en Gaspésie, celle des Îles-de-la-Madeleine, une dans le Bas-St-Laurent, et une au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Plus proches des grands centres, Joliette et Marie-Victorin sur la Rive-Sud (Montréal), sont restées aux mains du parti de René Lévesque.

Mais ailleurs, ce fut la déconfiture: le parti a 19 députés de moins qu’en août, au moment de la dissolution de l’Assemblée nationale. Plus aucun député sur l’Île de Montréal ni dans la grande région de Québec.

Le PQ, qui s’est posé en parti des régions, a-t-il réussi ce pari?

«Certainement en partie», juge le député réélu dans Jonquière, Sylvain Gaudreault, en entrevue téléphonique.

«Je pense qu’on avait des propositions fortes en matière de régions et que cela a été bien reçu», dit-il soulignant notamment les engagements de décentralisation du PQ, dont la remise de pouvoirs aux instances régionales.

Il souligne aussi que le PQ a failli l’emporter dans deux autres régions: Ungava, où le candidat caquiste a battu le péquiste par seulement 44 voix et dans la circonscription d’Abitibi-Ouest, où la marge a été très mince. Gaspé fut plus que serrée, et en raison d’une anomalie, une demande de recomptage judiciaire a été déposée. Le PQ pourrait l’emporter là aussi.

Réaliste, il estime toutefois que les régions «ont quand même entendu le message de la CAQ».

Et puis, le vote lors d’une élection ne s’explique pas par un seul facteur, juge-t-il. 

Des candidats populaires chez eux

Et alors qu’un autre constat s’impose — huit des neuf élus péquistes de lundi étaient déjà députés — il est d’avis que cela a sûrement joué un rôle aussi. Une espèce de «prime au député à l’urne», dit-il. Le seul nouveau venu est Joël Arseneau, tout de même fort connu de la population pour avoir été maire des Îles-de-la-Madeleine.

«Il y a un mélange d’attachement au candidat local (…) dans les régions, les députés ont une notoriété plus forte. Il y a un sentiment fort d’appartenance, d’attachement envers leur député, vu comme le défenseur des priorités locales», explique M. Gaudreault.

Il s’agit là d’un facteur réellement important, juge le professeur Emmanuel Choquette, qui enseigne la politique à l’Université de Sherbrooke.

Car la CAQ s’est davantage implantée en région que le PQ, constate-t-il d’abord. 

Plusieurs candidats du PQ l’ont emporté avec de très faibles marges. C’est le cas de Joël Arseneau, avec seulement 18 voix de plus que son plus proche adversaire, ou Lorraine Richard avec 127. Et dans la majorité des cas, c’est un caquiste qui les a chauffés sur la ligne d’arrivée, indique le professeur.

Ceux qui ont résisté le doivent à leur personnalité, et à leur travail accompli dans leurs circonscriptions respectives, où les enjeux locaux comptent pour les électeurs, ajoute-t-il. Bref, «quand le candidat local est plus important que le candidat national (le chef)», souligne M. Choquette.

Par exemple, dans le cas de Pascal Bérubé (réélu dans Matane-Matapédia), les électeurs peuvent avoir considéré que c’est la personne la mieux placée pour défendre les enjeux locaux à l’Assemblée nationale. Il ne croit pas que c’est parce que le programme du PQ a plus résonné en région. «Aucun doute qu’il est une personnalité importante du PQ, extrêmement apprécié des électeurs et très impliqué dans sa localité», un peu l’équivalent de Véronique Hivon qui a conservé son château fort, juge-t-il.

Le principal intéressé en convient.

D’avoir été connu auprès de l’électorat de son coin de pays l’a aidé à se faire réélire, a dit Pascal Bérubé. Le candidat péquiste a récolté près de 70 pour cent du vote populaire. Quant au succès plus global des candidats dans les régions, il juge qu’il y «aura des analyses à faire».

Le PQ peut-il se relever?

«Ce n’est pas impossible. Le Parti libéral l’a déjà fait», tranche le professeur Choquette.

Mais le défi auquel il fait face est que son option numéro un, la souveraineté, est en chute libre depuis des années.

«Si cet objectif est moins fort, le tissu qui tient ce groupe-là ensemble s’effrite», analyse-t-il.

La relève de la formation politique pourrait s’appuyer sur un élément contextuel, par exemple, un conflit majeur avec Ottawa, ou tout simplement se trouver un autre cri de ralliement pour rejoindre l’électorat, comme l’environnement, qui pourrait devenir un facteur majeur d’appui pour un parti politique.

Le soir de l’élection, alors qu’il devenait évident que le PQ n’allait arracher que quelques sièges, la présidente du Parti, Gabrielle Lemieux, avait déclaré que le gros défi du parti avait été d’incarner le changement. Plus difficile pour un parti qui se trouve sur la scène politique depuis bientôt 50 ans que pour les nouveaux venus comme la CAQ et Québec solidaire.

Pour Sylvain Gaudreault, l’aventure péquiste est loin d’être terminée.

Mercredi, les candidats élus se sont regroupés à Québec. Dans le salon d’un condo, en toute simplicité, en partageant de la pizza.  

M. Gaudreault dit y avoir vu des collègues très déterminés, qui veulent faire le combat, «convaincus que le PQ a une offre distinctive à proposer».

«Cet esprit de groupe est en phase avec une volonté de bien faire les choses, avec réalisme», a pour sa part déclaré en entrevue téléphonique Pascal Bérubé, qui se dit encore abasourdi des résultats. «Et de faire le travail pour les gens de chez nous».

Il affirme que le parti est en «mode reconquête».

Le travail sera plus ardu à 9 qu’à 28, leur effectif au moment de la dissolution de l’assemblée. Moins de budget  — le PQ  a perdu son statut de groupe parlementaire reconnu — et moins de personnel pour fouiller les dossiers.

Un dur constat: «J’aurais aimé être au gouvernement, alors la débarque est forte. Et là on doit se battre pour des budgets, donc on est loin de ce qu’on aurait voulu», dit M. Gaudreault. Outre les ressources financières, il s’agit de négocier avec les autres partis sur le temps de parole, la présence en commissions parlementaires et les motions qui pourront être présentées.

«Il y a différentes façons de faire. On sera plus créatifs, plus spontanés. Et notre équipe a des compétences variées», fait valoir M. Bérubé, qui refuse de baisser les bras.  

Aucun échéancier n’a encore été déterminé pour le choix d’un nouveau dirigeant. Jean-François Lisée, qui n’a pas été réélu, a aussi quitté son poste de chef du parti lundi soir.

«Ça ne presse pas», a laissé tomber le député de Jonquière.

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Les élus du PQ

nom —  circonscription — écart avec le parti le plus proche — 2e parti ayant récolté le plus de votes

 

Joël Arseneau (Îles-de-la-Madeleine) 18 Parti libéral

Pascal Bérubé (Matane-Matapédia) 17 279 CAQ

Catherine Fournier (Marie-Victorin) 705 CAQ

Sylvain Gaudreault (Jonquière) 4890 CAQ

Véronique Hivon (Joliette) 4431 CAQ

Harold Lebel (Rimouski) 6037 CAQ

Martin Ouellet (René-Lévesque) 1623 CAQ

Lorraine Richard (Duplessis) 127 CAQ

Sylvain Roy (Bonaventure) 2830 Parti libéral

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