Le PQ dénonce la hausse de 10 pour cent de rémunération accordée aux médecins

QUÉBEC — La hausse substantielle de rémunération accordée aux médecins de famille dans les prochaines années est tout simplement révoltante et injustifiable, selon l’opposition péquiste.

L’entente de principe intervenue en août dernier entre Québec et la Fédération des médecins omnipraticiens (FMOQ), qui devra être ratifiée par ses membres, équivaudrait à accorder aux médecins de famille une augmentation moyenne de 10 pour cent en trois ans, entre 2017 et 2020.

Ces derniers recevraient aussi un montant forfaitaire supplémentaire de 40 000 $, en vertu de cette entente de principe, qui n’a pas encore été rendue publique.

En Chambre, outré, le chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée, a jugé ces augmentations démesurées et a demandé au premier ministre Philippe Couillard d’expliquer ses choix budgétaires en santé.

Le premier ministre a répliqué qu’il ne commenterait pas l’entente avant qu’elle soit ratifiée, mais il n’a pas nié les chiffres étalés par M. Lisée.

Ce dernier a dénoncé le fait que si le gouvernement a pu se montrer si généreux envers les médecins, c’était grâce aux coupes successives dans les services de santé pendant des années, notamment dans les soins à domicile.

Le premier ministre a soutenu que le contrôle serré des dépenses exercé au cours des dernières années permettait désormais au gouvernement de réinvestir en santé. Il a donné l’exemple de l’annonce faite quelques heures plus tard par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, visant à offrir un deuxième bain par semaine aux résidents en CHSLD, un investissement de 36 millions $.

«Le jour où 900 millions $ sont donnés à la rémunération des médecins, on va essayer d’abriller ça avec le deuxième bain» offert aux personnes âgées, a dénoncé le chef péquiste. 

Or, «c’est une bonne entente» qui a été conclue entre le gouvernement et les médecins, a commenté pour sa part le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau, lors d’une mêlée de presse, en marge de la rencontre hebdomadaire du conseil des ministres.

Il s’est dit d’ailleurs prêt à la défendre sur la place publique, dès qu’elle sera ratifiée, ce qui devrait être fait au cours des prochaines semaines.

Sans vouloir donner de précisions sur son contenu, M. Moreau a cherché à se faire rassurant. Il s’agit selon lui d’une entente «économiquement très bonne pour le gouvernement et elle comporte de très bonnes nouvelles pour les patients du Québec».

Mais selon la porte-parole péquiste en santé, la députée Diane Lamarre, les Québécois n’ont tout simplement pas les moyens de payer de telles augmentations d’honoraires aux médecins, qui incluent des bonifications négociées avant 2014. Le versement de hausses accordées alors avait été reporté et étalé dans le temps.

En 2015, la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, s’était penchée sur les ententes de rémunération 2010-2015 signées entre le gouvernement et les fédérations des médecins.

Dans un rapport, elle concluait que ces ententes, qui ont permis aux médecins de hausser leur rémunération de près de 60 pour cent en six ans, soit 2,6 milliards $, avaient entraîné un dépassement budgétaire de plus de 800 millions $.

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a qualifié l’entente en question de «pathétique».

Il croit que le gouvernement fait fausse route en maintenant en place le système actuel de rémunération à l’acte, au lieu de privilégier une rémunération fondée sur le nombre de patients suivis.

Un deuxième bain par semaine

L’annonce d’une offre d’un deuxième bain par semaine pour les résidents des CHSLD entraînera l’embauche de 600 préposés aux bénéficiaires à temps plein.

La mesure, annoncée mercredi par le ministre Barrette, nécessitera un investissement récurrent de 36 millions $.

Le ministre n’a cependant donné aucune échéance pour l’embauche de ce personnel supplémentaire. Cela se fera «le plus tôt possible», a-t-il dit, en conférence de presse.

Il n’a pas caché que le succès de cette annonce était «tributaire de la disponibilité de la main-d’oeuvre».

Il existe une pénurie de préposés dans le secteur de la santé.

Le critique en santé de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Paradis, s’est montré satisfait de l’annonce, qu’il réclamait depuis des années, tout en craignant qu’elle puisse être annulée n’importe quand.

Il demande donc au ministre de transformer la directive en «norme officielle».

Le député solidaire de Mercier, Amir Khadir, lui-même médecin, a dit craindre de son côté que le ministre ne réussisse pas à embaucher autant de préposés, faute de main-d’oeuvre disponible.

«Ce que M. Barrette ne dit pas, c’est qu’il a de la difficulté à pourvoir les postes de préposés qu’il a annoncés l’année passée. Pour que cela fonctionne, le ministre doit offrir de meilleurs salaires aux préposés, plutôt qu’aux médecins», a-t-il commenté.