Le gouvernement Couillard ne regrette pas la mort du projet Énergie Est

QUÉBEC — Les partis politiques au Québec ne regrettent pas la mort du projet d’oléoduc Énergie Est, alors que les ministres du gouvernement Couillard rappelaient, jeudi, la nécessité de se tourner vers des formes d’énergie renouvelable. 

TransCanada a fait une croix sur son projet Énergie Est en raison notamment des nouvelles exigences de l’Office national de l’énergie, qui a décidé en août d’élargir le processus d’évaluation pour tenir compte de la production de gaz à effet de serre (GES) en amont et en aval du projet.

L’oléoduc Énergie Est, évalué à 15,7 milliards $, devait acheminer quotidiennement 1,1 million de barils de pétrole de l’Alberta et de la Saskatchewan vers les raffineries et terminaux portuaires de l’Est du Canada.

«Ça soulevait énormément de questions, a réagi le ministre de l’Environnement, David Heurtel. C’était un projet qui traversait plus de 700 cours d’eau, dont le fleuve Saint-Laurent, dont la rivière aux Outaouais.»

M. Heurtel a rappelé qu’il a dû s’adresser aux tribunaux pour forcer TransCanada à se soumettre au processus d’évaluation environnemental québécois.

«On a beaucoup évolué par rapport au pétrole et surtout, toute la question de la lutte contre les changements climatiques, la nécessité de passer à d’autres types de combustibles, c’est une question qui est encore plus importante que jamais», a-t-il souligné en mêlée de presse à l’Assemblée nationale, jeudi. 

De son côté, le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, a indiqué que le projet de TransCanada n’avançait plus depuis 30 jours. «C’était clair qu’il y avait de l’eau dans le gaz», a-t-il dit.

Le PQ crie victoire

Le Parti québécois (PQ) a quant à lui applaudi la décision de TransCanada.

«C’est une très grande victoire, a déclaré le chef du PQ, Jean-François Lisée. C’est une victoire des Québécois et c’est une victoire du Parti québécois parce que, nous, on s’est opposé, depuis le début, très clairement, à ce projet d’Énergie Est, alors que la CAQ et les libéraux étaient prêts à le laisser passer à certaines conditions.»

Or, le PQ a longtemps soufflé le chaud et le froid sous la gouverne de l’ancien chef Pierre Karl Péladeau.

En 2015, M. Péladeau s’est abstenu de dire, pendant plusieurs mois, s’il était pour ou contre le projet. Il s’est contenté de répéter que son opinion n’était pas importante puisque le projet était soumis à la juridiction fédérale.

Alors que deux de ses députés dénonçaient le projet de TransCanada haut et fort sur la place publique, M. Péladeau refusait d’aller aussi loin qu’eux.

Il avait mis en garde contre les simplifications dans ce dossier. «Toujours simplifier comme ça, je pense que, parce que c’est une situation complexe, la situation des hydrocarbures au Québec», avait dit M. Péladeau, avant de corriger le tir et de se rallier à ses députés. 

Le député Amir Khadir, de Québec solidaire (QS), avait alors félicité M. Péladeau d’avoir entendu «la voix de la raison» en exprimant son opposition au projet de TransCanada.

Jeudi, QS en a remis, en qualifiant le projet avorté d’oléoduc de «projet d’un autre siècle».

«Le pétrole est quelque chose dont, tranquillement, on doit se départir», a affirmé sa coporte-parole, Manon Massé. 

La Coalition avenir Québec (CAQ) aurait exigé, pour sa part, des retombées économiques «majeures», une application des normes environnementales et une acceptabilité sociale suffisante des communautés.

«Ces conditions-là n’étaient pas rencontrées», a laissé tomber le député caquiste Éric Caire. 

La chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, qui s’opposait à Énergie Est, s’est également réjouie de la décision de TransCanada.