Le PQ ne croit pas les explications de Sabia sur le REM devant un comité

QUÉBEC — L’opposition péquiste a remis en cause mardi la parole du président de la Caisse de dépôt et placement, Michael Sabia, qui prétend qu’il n’a pas subi les pressions du gouvernement Couillard pour prolonger dans l’ouest de l’île de Montréal son futur Réseau express métropolitain (REM).

La Presse avait notamment déjà rapporté que les ministres Carlos Leitao, Martin Coiteux et Geoffrey Kelley avaient fait pression auprès de la Caisse pour obtenir que leurs circonscriptions dans le West Island soient couvertes par le REM.

En commission parlementaire mardi, M. Sabia a dit avoir rencontré beaucoup de monde, notamment des élus, mais que l’idée de faire une antenne vers Sainte-Anne-de-Bellevue venait de son institution.

Il a ajouté que ce n’était pas le modèle de la Caisse d’accepter de faire quelque chose qui ne contribue pas à l’ensemble des activités du réseau, parce qu’il faut que ce réseau soit rentable.

«On agit de façon indépendante, nous prenons nos propres décisions d’investissement et le REM est traité de la même façon que l’ensemble des autres investissements que nous faisons», a-t-il insisté, rappelant ainsi le principe que la Caisse est indépendante et à l’abri de toute ingérence politique.

Le porte-parole du Parti québécois, le député Alain Therrien, a dit «sérieusement avoir trop de respect pour l’intelligence» de M. Sabia pour croire que l’ajout d’une antenne de 16 km vers Sainte-Anne-de-Bellevue, au coût de 1,4 milliard $, avec quatre fois moins d’achalandage que les autres lignes, vient de l’initiative de la Caisse.

«Je ne peux pas comprendre que vous ayez dit ok pour cette ligne-là, alors que cette ligne n’est pas rentable, je ne vous crois pas, je ne vous crois pas, je suis désolé, les chiffres sont là pour le prouver», a-t-il déclaré.

Il a rappelé que la Caisse voulait — et va obtenir — 8 pour cent de profit par année sur son investissement avec le REM, même si la ligne du West Island a un achalandage moindre, mais il a ajouté que c’est bien parce que le gouvernement va verser un financement annuel — qui équivaut pratiquement à ce rendement.

Le ministre des Finances, Carlos Leitao, a pour sa part rétorqué que le gouvernement avait soumis deux projets en 2015, un train électrifié pour le pont Champlain, et un autre pour relier l’aéroport, et qu’en avril 2016, la Caisse était revenue avec un projet intégrant les deux lignes.

Par ailleurs, mentionnons qu’au cours d’un échange avec un élu du gouvernement, M. Sabia a indiqué que la Caisse était ouverte à ajouter des stations à son REM une fois que la phase 1 du projet sera terminée, mais toujours conditionnellement à leur rentabilité.

Soulignons que le Parti québécois critique de façon véhémente le REM et a proposé un contre-projet, le Grand Déblocage, qu’il réaliserait s’il forme le prochain gouvernement.

Évalué à un peu plus de 7 milliards $, le plan du PQ prévoit neuf circuits de bus rapide dans l’est et l’ouest de Montréal, sur la Rive-Sud et sur la Couronne Nord, cinq lignes de tramways électriques dont quatre sur l’île desservant le secteur de l’hippodrome, l’aéroport international Montréal-Trudeau, l’est de Montréal jusqu’à son extrémité et le boulevard Saint-Laurent.

Le REM est un projet de plus de 6,3 milliards $, selon les chiffres officiels, financé à moitié par la Caisse de dépôt et pour l’autre moitié par Québec, le fédéral et Hydro-Québec. Si on ajoute les 3 milliards $ investis par les pouvoirs publics aux 11 milliards $ versés en redevances sur 20 ans par le gouvernement, les municipalités et les usagers, pas moins de 14 milliards $ seront versés en fonds publics et en tarifs aux usagers à ce réseau entièrement privé, propriété de la Caisse.

Le REM comprendra une grande ligne allant de la couronne nord (Deux-Montagnes) à la Montérégie (Brossard) en passant par l’île de Montréal, ainsi que deux segments vers l’ouest de l’île, un vers l’aéroport et l’autre vers Sainte-Anne-de-Bellevue, pour un total de 26 stations.

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