CPE: le PQ propose un tarif universel et une loi anticompressions en éducation

MONTRÉAL — Le Parti québécois (PQ) continue de se positionner nettement à gauche du centre à l’approche des élections.

Le chef péquiste Jean-François Lisée et sa vice-chef Véronique Hivon ont présenté les grandes lignes de leur plateforme en éducation et en petite enfance, jeudi, dans laquelle ils promettent de ramener la contribution universelle des services de garde à 8 $ pour un premier enfant.

De plus, ils entendent réduire à 4 $ le tarif quotidien pour un deuxième enfant et offrir la gratuité pour les suivants ainsi que pour tous les enfants des ménages dont le revenu annuel est inférieur à 34 000 $.

S’adressant au Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), les dirigeants péquistes ont fustigé la politique de tarifs modulés selon les revenus instituée par le gouvernement libéral, qualifiée de «taxe famille» par Véronique Hivon qui, selon elle, «pousse littéralement les familles vers des services (privés) de moindre qualité» en raison de la compensation versée sous forme de crédits d’impôt par Québec.

La mesure péquiste se chiffrerait à environ 300 millions $, mais la perte de revenus entraînée par l’abolition des tarifs modulés serait en grande partie financée par le retrait du crédit d’impôt.

La mise en place de l’ensemble de ces mesures — qui vise les centres de la petite enfance et les services de garde éducatifs subventionnés — ne se ferait toutefois pas la première année d’un mandat péquiste, mais bien «graduellement sur les quatre années du mandat», a précisé M. Lisée.

Bouclier pour les budgets d’éducation

Le Parti québécois entend également adopter une «loi anticompressions» en éducation qui empêcherait non seulement toute réduction dans l’avenir des budgets de l’éducation, des services de garde éducatifs et de protection de la jeunesse, mais qui assurerait aussi leur bonification annuelle afin de couvrir les augmentations incompressibles des coûts de système.

Véronique Hivon a reproché au gouvernement libéral de «jouer au yo-yo» avec le budget de l’éducation. Elle s’en est prise à la stratégie du gouvernement Couillard d’avoir imposé des compressions sévères dans les écoles en 2015-2016 et de faire réapparaître l’argent dans le dernier budget.

«Il y a un peu de magie avant des élections», a-t-elle raillé, ajoutant que «cyniquement» les prévisions budgétaires montrent que les budgets en éducation vont redescendre dans les années futures.

«Déjà, des compressions sont annoncées pour la suite des choses», a-t-elle déploré. Elle a du même souffle dénoncé les intentions du gouvernement libéral de réduire les taxes scolaires de 700 millions $ et de la Coalition avenir Québec de vouloir abaisser ces taxes de 1,4 milliard $, des baisses de taxes qui signifient autant de compressions additionnelles dans le réseau primaire et secondaire.

Jean-François Lisée a reconnu que cette loi pourrait être contraignante advenant un contexte économique qui appelle à se serrer la ceinture: «Si on est en période de très faible croissance économique, effectivement on aura sacralisé la jeunesse et l’enfance et ça veut dire qu’il faudra prendre des décisions difficiles ailleurs».

Mais Véronique Hivon se dit convaincue qu’une telle loi, une fois adoptée, deviendrait difficile à contourner pour les gouvernements futurs. «Si un autre gouvernement veut faire fi de cette loi (…) il va devoir en porter l’odieux publiquement», a-t-elle dit.

Lutter contre l’analphabétisme

Par ailleurs, Jean-François Lisée a aussi fait part de l’intention d’un gouvernement péquiste de lancer dès 2019 la «Décennie québécoise de l’alphabétisation», un effort de mobilisation s’étendant de 2020 à 2030 afin de s’attaquer au taux d’analphabétisme.

M. Lisée a fait valoir qu’il était essentiel d’impliquer l’ensemble de la société pour rejoindre et motiver les citoyens qui ne savent ni lire ni écrire.

Un Québécois sur cinq est analphabète et un sur trois a du mal à comprendre des modes d’emploi.

Réduire les inégalités

Toujours dans la même volonté de camper le PQ du côté social-démocrate, Jean-François Lisée a insisté sur l’importance des services de garde éducatifs et de l’éducation pour réduire les écarts sociaux et, pour y arriver, de la nécessité de maintenir un État fort.

«Nous n’allons ni réduire ni augmenter le fardeau fiscal des Québécois», a-t-il affirmé, avertissant du coup que sa formation n’était pas dans le camp des réductions d’impôt, mais bien dans celui du maintien des services aux jeunes et aux aînés.

Allant plus loin, il a à nouveau dénoncé «la dérive des hausses de rémunération faramineuses» dans le secteur privé et public, invoquant notamment les cas des dirigeants de Bombardier, d’Hydro-Québec et de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Le chef péquiste a dit vouloir proposer «une culture de la modération pour les hausses de rémunération», afin de contrer la «spirale d’augmentation systématique des hauts salaires qui est déconnectée de la réalité».

Tout en reconnaissant qu’il n’avait pas le pouvoir d’agir directement sur le secteur privé, il a fait valoir qu’il avait le pouvoir «de les limiter dans le secteur public» et d’agir possiblement indirectement sur les entreprises qui font affaire avec l’État.

«On veut discipliner le haut et augmenter le bas», a déclaré M. Lisée, rappelant qu’il est également en faveur du rehaussement du salaire minimum à 15 $ de l’heure, mais sur une base graduelle, soit d’ici la fin du prochain mandat en 2022.