Le premier ministre Ball soutient qu’il n’abandonne pas un navire en perdition

SAINT-JEAN, T.-N.-L. — Alors qu’il se prépare à quitter son poste de premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador — en pleine «crise financière», selon certains —, Dwight Ball assure qu’il est fier de son bilan et des bases solides qu’il laisse au prochain chef libéral.

«Je ne pars pas parce que c’est devenu trop difficile: si c’était le cas, je serais parti bien avant», a soutenu M. Ball dans une entrevue accordée à La Presse canadienne, mardi. «Le prochain chef trouvera cette province en bien meilleur état (…) qu’en 2015.»

Le premier ministre Ball a annoncé son intention de démissionner dans une vidéo publiée lundi, après plus de quatre ans à la tête de la province. Il a été réélu en mai, mais les libéraux forment maintenant un gouvernement minoritaire. Cette annonce surprise est survenue alors que la province est aux prises avec une dette publique croissante et une hausse du coût de la vie. Son gouvernement libéral a aussi été secoué par des scandales successifs.

Mais M. Ball, âgé de 63 ans, a donné peu d’éclaircissements sur ce qui a pu le pousser à démissionner maintenant. Il soutient qu’il avait commencé à l’envisager pendant les vacances de Noël, motivé par le désir de passer plus de temps avec sa famille sur la côte ouest de l’île. Il assure aussi que son parti ou son caucus ne lui ont pas montré la porte.

Élu premier ministre en 2015 après trois ans comme chef de l’opposition officielle, M. Ball a déclaré qu’il ne pouvait pas promettre à ses troupes de se représenter aux prochaines élections. Il voulait donc s’assurer qu’un nouveau chef serait rapidement en place, étant donné l’instabilité de tout gouvernement minoritaire.

M. Ball a aussi assuré qu’il resterait député d’Humber-Gros Morne jusqu’aux prochaines élections, même si les sceptiques ne manquent pas. «Il y a cette perception, tout simplement fausse, que je pars», a-t-il soutenu mardi. «Je reste en tant que député et je soutiendrai le nouveau chef, mais dans un rôle bien différent.»

Le premier ministre Ball a également réitéré son engagement à atténuer la hausse des tarifs d’électricité lorsque le très coûteux barrage hydroélectrique de Muskrat Falls sera mis en réseau. Le 10 février dernier, les gouvernements fédéral et provincial ont annoncé qu’ils revisiteraient la structure financière du projet afin de refiler une partie des recettes aux consommateurs.

Le premier ministre a également défendu mardi son choix de démissionner par le biais d’une vidéo plutôt que lors d’une traditionnelle conférence de presse: il voulait s’assurer que son propre message serait entendu avant de s’adresser aux médias lors d’entrevues individuelles mardi.

Le gouvernement Ball a également fait face à un certain nombre de scandales qui ont vu des ministres accuser les coups, ce qui, selon des analystes, a pu miner la popularité du premier ministre au sein de son parti.

Deux ministres ont aussi été exclus du caucus en 2018 à la suite d’allégations de harcèlement formulées par d’autres députés. Un autre ministre a été réprimandé l’année dernière pour avoir enfreint les règles de conduite des députés en facilitant l’embauche d’un ancien membre du personnel politique pour un emploi bien rémunéré dans la fonction publique.

Et lorsqu’on a appris au printemps dernier l’extrême urgence de mitiger les risques de contamination potentielle par le méthylmercure dans l’approvisionnement en eau potable devant le barrage de Muskrat Falls — un engagement que M. Ball avait pris personnellement envers les dirigeants autochtones —, le premier ministre a balayé la responsabilité au ministère des Affaires municipales et de l’Environnement.

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