Ottawa veut que la Corée du Sud et le Canada «deviennent les meilleurs amis au monde»

SÉOUL, Corée, République de — Ottawa veut que la Corée du Sud et le Canada «deviennent les meilleurs amis au monde», a déclaré mardi la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, après avoir entamé des discussions plus étroites sur la sécurité économique avec ses homologues à Séoul.

Mme Joly est arrivée dans la capitale sud-coréenne avec le premier ministre Justin Trudeau, qui effectue sa première visite officielle dans ce pays, alors que les deux gouvernements tentent de nouer des liens plus étroits et de travailler ensemble sur les problèmes de sécurité mondiale.

Le ministre de l’Industrie, François-Philippe Champagne, s’est joint à Mme Joly pour entamer un dialogue en haut lieu «sur la sécurité économique», les deux pays s’engageant à tenir des réunions régulières et à suivre leurs progrès pour s’éloigner de la dépendance vis-à-vis de la Chine.

La visite de M. Trudeau, qui devrait séjourner dans ce pays jusqu’à ce qu’il se rende au Japon pour participer au sommet des dirigeants du G7, à Hiroshima, jeudi, fait suite au voyage du président sud-coréen Yoon Suk Yeol à Ottawa l’automne dernier.

Depuis lors, les deux pays ont publié leur stratégie indopacifique respective, fournissant une feuille de route pour renforcer les relations militaires et économiques dans cette région, afin de contrebalancer l’influence de Pékin.

Tina Park, chargée de cours à l’Université de Toronto et PDG de l’organisme «The Park Group», a déclaré que la fréquence des réunions entre les dirigeants des deux pays reflète leur engagement à établir une relation plus solide entre Séoul et Ottawa.

«Il y a un nouvel élan, alors que nous réfléchissons cette année au 60e anniversaire des relations diplomatiques entre le Canada et la Corée», a écrit Mme Park dans un courriel.

«Je ne pense pas qu’il y ait eu une époque où la Corée et le Canada étaient aussi proches que maintenant, et je ne pense pas que nous ayons connu une période où nos deux dirigeants se sont rencontrés aussi fréquemment», déclarait la semaine dernière Lim Woongsoon, ambassadeur de la Corée du Sud au Canada, lors d’une entrevue à Ottawa.

Économie verte 

La Corée du Sud est le septième partenaire commercial du Canada pour les importations et les exportations, avec un commerce de marchandises de 16,7 milliards $ en 2021.

M. Trudeau devrait s’adresser à l’Assemblée nationale du pays mercredi. Il doit également visiter le cimetière national de Séoul et participer à l’ouverture d’un sentier commémoratif rendant hommage aux sacrifices des soldats canadiens lors de la bataille de Kapyong.

L’économie verte et le changement climatique, ainsi que la mise en place d’un programme de mobilité des jeunes entre les deux pays, figurent parmi les priorités de ce voyage officiel.

L’ambassadeur Lim a déclaré que le Canada et la Corée du Sud avaient de bonnes raisons de renforcer leurs liens économiques et culturels. En plus de sa diaspora importante au Canada, la Corée du Sud a des intérêts commerciaux importants dans les minéraux essentiels que le Canada a à offrir, a-t-il souligné. Et les deux pays sont alignés sur leurs engagements à s’éloigner des carburants émetteurs de GES.

«Nous avons plus à offrir que la ‘K-pop’ et les ‘drama coréens’», a-t-il dit en riant, faisant référence aux genres de musique et de séries télévisées du pays qui sont devenus très populaires dans le monde entier.

Mobilité des jeunes 

Le Canada et la Corée du Sud semblent également être en pourparlers sur la manière de faciliter le travail des jeunes dans les deux pays. M. Lim indique qu’ils s’attendent à signer un protocole d’entente sur la mobilité des jeunes.

Il n’a pas donné de détails, mais les deux pays ont déjà un programme vacances-travail. Le Canada a conclu des accords avec d’autres pays pour délivrer des visas pour les stages étudiants et le développement de carrière pour les jeunes professionnels. «Nous allons faire venir plus de jeunes Coréens au Canada l’année prochaine», a déclaré M. Lim.

Le gouvernement libéral se concentre sur l’établissement de relations plus étroites avec la Corée du Sud et le Japon alors qu’il cherche à étendre ses alliances au-delà des partenaires occidentaux traditionnels, au milieu d’une menace croissante de la Russie et de tensions avec la Chine.

Selon M. Lim, les entreprises sud-coréennes s’inquiétaient elles aussi d’une dépendance excessive à l’égard des fournisseurs chinois. L’ambassadeur a déclaré que c’est pourquoi la visite de M. Trudeau se concentrera sur la résilience de la chaîne d’approvisionnement — la transition vers une énergie verte étant «en tête de l’ordre du jour».

Les entreprises sud-coréennes ont manifesté de l’intérêt pour le Canada en ce qui concerne les véhicules électriques. SK On Co., par exemple, veut lancer une usine de composants de batteries à Bécancour, près de Trois-Rivières. 

Le litige avec Stellantis 

Il y a depuis quelques jours un différend entre le gouvernement fédéral et le constructeur automobile Stellantis, qui construisait une usine de batteries pour véhicules électriques à Windsor, en Ontario, en partenariat avec le fabricant de batteries sud-coréen LG Energy Solution.

Stellantis a arrêté la construction lundi, affirmant que le gouvernement fédéral «n’avait pas respecté ce qui avait été convenu».

Lors de la conférence de presse de mardi soir à Séoul, le ministre Champagne a déclaré qu’il était persuadé qu’Ottawa parviendrait à un accord avec Stellantis. Il a indiqué que les négociations se concentraient sur les subventions à la production pour correspondre aux incitatifs offerts par les Américains en vertu de la «loi sur la réduction de l’inflation».

M. Champagne a indiqué qu’il allait s’entretenir mercredi avec la haute direction de LG Energy Solution et de Stellantis, à l’occasion d’un dîner d’État, à Séoul. Il a affirmé que son intention était de réassurer la position canadienne et qu’il souhaite que l’investissement aille de l’avant. 

Il a profité de l’occasion pour interpeller le gouvernement de l’Ontario, avec lequel Ottawa est partenaire dans le cadre de l’accord. «Mon message au premier ministre Ford et (au ministre du Développement économique, de la Création d’emplois et du Commerce) Victor Fedeli, c’est de faire ce qu’on a toujours fait ensemble. Vous savez quand on travaille ensemble, ce sont les Canadiens et les Canadiennes qui gagnent, ce sont les travailleurs de l’automobile dans ce cas là, c’est l’industrie qui gagne». 

Le gaz naturel liquéfié

Au-delà des minéraux critiques, l’ambassadeur Lim a déclaré que la Corée du Sud se concentrait sur l’évolution vers des sources de carburant plus propres.

Il a déclaré que les entreprises sud-coréennes investissent massivement dans des usines d’hydrogène et d’ammoniac dans le monde entier et sont curieuses de se développer au Canada. L’ambassadeur chiffre les investissements actuels dans les technologies vertes canadiennes à 8 milliards $. 

Le Conseil canadien des affaires demande à M. Trudeau de plaider davantage en faveur du gaz naturel liquéfié (GNL), après une stratégie indopacifique fortement axée sur les énergies renouvelables. Le Japon et la Corée du Sud tentent tous deux de se sevrer du charbon, et l’industrie canadienne affirme que le GNL est un bon carburant de transition, le temps que des pays adoptent progressivement des technologies comme l’hydrogène.

La Corée du Sud et le Japon ont tous deux investi dans le projet LNG Canada, qui devrait être lancé en 2025, et M. Lim a déclaré que Séoul s’attendait pleinement à ce que la deuxième phase du projet se poursuive. Il a souligné que la Corée du Sud s’est engagée à devenir neutre en carbone, mais a besoin d’une solution provisoire alors qu’elle tente de fermer 50 centrales au charbon.

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