Le premier ministre manitobain craint une «guerre de races» avec les Autochtones

WINNIPEG – Le premier ministre du Manitoba a semé une controverse en soutenant que les jeunes Autochtones ne devraient pas pouvoir chasser la nuit tombée, un droit ancestral qui pourrait mener selon lui à une «guerre raciale».

Brian Pallister a fait ces commentaires plus tôt cette semaine lors d’un discours prononcé devant des militants conservateurs à Virden, et enregistré par une station de radio locale. Le premier ministre déplorait alors le fait que de jeunes Autochtones partent le soir et tirent sur des orignaux «parce qu’ils en ont le droit». M. Pallister disait souhaiter la fin de cette pratique «stupide», qui pourrait dégénérer en «guerre de races».

Les Autochtones du Manitoba ont le droit de chasser le soir venu lorsque cette pratique est sécuritaire.

Le premier ministre a précisé vendredi dans un communiqué que la chasse nocturne est une pratique dangereuse pour n’importe qui et que «ce droit ne devrait pas prendre le pas sur la responsabilité». Il a indiqué que son gouvernement en appelle aux communautés autochtones dans ce dossier.

Le grand chef Derek Nepinak, de l’Assemblée des chefs du Manitoba, estime que les propos «incendiaires» de M. Pallister nuisent aux efforts de réconciliation menés dans les petites communautés rurales.

Le député néo-démocrate Wab Kinew a qualifié les propos du premier ministre d’épouvantables, d’offensants et de jurassiques. Lui-même Autochtone, M. Kinew admet qu’il chasse, mais pas la nuit tombée, parce que ce n’est pas sécuritaire. «Il existe des gens raisonnables de chaque côté. Le problème, c’est que ces voix raisonnables sont noyées par des propos incendiaires comme ‘guerre de races’. Le premier ministre devrait s’excuser.»

La chef des libéraux du Manitoba, Judy Klassen, elle-même Autochtone, exige aussi des excuses du premier ministre. «Monsieur le premier ministre, nous faisons tous partie de la même race: la race humaine», a-t-elle dit. «Les chasseurs autochtones se sont battus pendant plus d’un siècle pour faire respecter ce droit ancestral garanti par traité.»

Le directeur de la Fédération manitobaine de la faune, Rob Olson, soutient que la chasse nocturne, qui se pratiquait jadis en régions isolées au clair de lune, est de plus en plus controversée parce que de nos jours, elle se fait souvent à bord de camionnettes munies de puissants projecteurs. Or, la chasse nocturne est moins sécuritaire lorsqu’elle a lieu près des fermes ou des ranchs, dit-il.

L’automne dernier, un chasseur autochtone a perdu la vie lors d’une chasse nocturne.

M. Olson espère que le gouvernement manitobain imitera celui de la Saskatchewan voisine et qu’il interdira purement et simplement la chasse nocturne dans certains secteurs.