Le premier Noir «major de promotion» à Princeton aimerait revenir au Canada

Lorsqu’il poursuivait ses études supérieures à la prestigieuse Université Princeton, au New Jersey, le Montréalais Nicholas Johnson était souvent l’un des seuls étudiants noirs dans sa classe.

Ce «sentiment étrange» est familier à de nombreuses personnes de couleur qui tentent de surmonter les barrières systémiques dans les établissements universitaires d’élite, reconnaît le jeune homme de 22 ans. Mais il a eu la chance de croiser sur son chemin des mentors qui l’ont poussé à poursuivre ses études en recherche opérationnelle et en ingénierie financière.

Et à titre de tout premier Noir «major de promotion» de toute l’histoire de Princeton — 274 ans —, il espère servir lui aussi de modèle pour d’autres étudiants de couleur qui évoluent dans des environnements dominés par les Blancs. Le «major de promotion» est l’étudiant qui a obtenu d’excellentes notes et qui prononce le discours lors de la collation des grades.

«J’espère que cette réalisation pourra servir d’inspiration», dit Nicholas Johnson au bout du fil depuis Princeton, à quelques jours de la cérémonie — virtuelle — de dimanche. «C’est un événement très important, surtout compte tenu des liens historiques de Princeton avec l’esclavage.»

Les neuf premiers présidents de Princeton, fondée en 1746, possédaient tous des esclaves — certains vivaient même à la résidence officielle du président jusqu’en 1822, au moins, selon des chercheurs de la vénérable institution. Après avoir appris qu’il serait le «major de promotion» cette année, les responsables de l’université ont parcouru les archives pour confirmer l’importance historique de cet honneur, rappelle Nicholas Johnson. «Après le choc initial, j’ai senti que j’avais une certaine responsabilité.»

Lorsque les médias ont souligné le caractère historique de l’événement plus tôt ce mois-ci, l’ex-première dame des États-Unis Michelle Obama s’est empressée de féliciter le jeune homme. «L’ancienne de Princeton est très fière de vous, Nick!», a-t-elle écrit sur Twitter. «J’ai le sentiment que ce n’est que le début pour vous et j’ai hâte de voir tout ce que vous continuerez d’accomplir.»

Un CV d’enfer

Diplômé de l’école primaire et secondaire privée pour garçons «Selwyn House», de Westmount, Nicholas Johnson s’est bâti un curriculum vitae impressionnant jusqu’à Princeton. Alors qu’il accumulait les distinctions académiques, le jeune homme occupait ses temps libres en présidant une société d’honneur en ingénierie, en faisant du bénévolat auprès d’Ingénieurs sans frontières, en publiant un journal de pédagogie de l’écriture et en aidant ses camarades en tant que tuteur.

Et puis, au-delà du campus de Princeton, le jeune Nicholas a participé à un échange d’étudiants à Hong Kong et a effectué des stages à l’Université d’Oxford et au Montreal Institute for Learning Algorithms (MILA). Il a également travaillé comme ingénieur logiciel au siège de Google en Californie.

Bien que son succès l’ait mené un peu partout dans le monde, Nicholas Johnson affirme que son «coeur est toujours» au Canada. C’est pourquoi il a consacré sa thèse de maîtrise à l’élaboration d’algorithmes pour résoudre un «problème d’optimisation» dans les interventions de santé préventive du Canada visant à réduire la prévalence de l’obésité. Il soutient que le projet pourrait avoir des applications intéressantes pour la pandémie actuelle de COVID-19.

«Ce type particulier d’intervention en santé que j’examinais a été conçu pour changer les comportements qui sont socialement acquis», explique-t-il.

Améliorer le monde

Plutôt que de prononcer un discours devant une mer d’étudiants portant toge et mortier, le major de promotion a enregistré un discours «condensé», qui sera diffusé dans le cadre de la cérémonie virtuelle de collation des grades de Princeton.

Même s’il espère retrouver ses camarades de classe lors d’une «vraie» cérémonie l’an prochain, le jeune homme reconnaît qu’un avenir incertain attend plusieurs des diplômés. Il demeure toutefois optimiste face à l’issue de cette pandémie — et la promotion 2020 a un rôle important à jouer pour combattre cette crise, dit-il. «Je pense que les diplômés sortiront de cette expérience plus sages et plus résilients, et encore plus déterminés à jouer leur rôle pour améliorer le monde.»

Nicholas Johnson passera l’été en stage au sein du groupe D.E. Shaw, une entreprise mondiale d’investissement et de développement technologique, avant de se lancer cet automne dans ses études de doctorat au prestigieux Massachusetts Institute of Technology. Après cela, le jeune prodige ne peut prédire où son chemin le mènera, mais il espère que ce sera dans son pays d’origine.

«Mes années d’études aux États-Unis m’ont amené à apprécier encore plus la société canadienne et le mode de vie canadien, dit-il. Je pense que c’est vraiment un mode de vie que je souhaiterais.»

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