Le président sri-lankais fuit le pays dans un contexte de crise économique

COLOMBO, Sri Lanka — Le président du Sri Lanka a fui le pays tôt mercredi, quelques jours après que des manifestants ont pris d’assaut son domicile et son bureau ainsi que la résidence officielle de son premier ministre au milieu d’une crise économique de trois mois qui a déclenché de graves pénuries de nourriture et de carburant. 

Le président Gotabaya Rajapaksa, sa femme et deux gardes du corps sont partis à bord d’un avion de l’armée de l’air du Sri Lanka à destination de la ville de Malé, la capitale des Maldives, selon un responsable de l’immigration qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat en raison de la sensibilité de la situation. 

M. Rajapaksa avait accepté de démissionner sous la pression des manifestants. Le premier ministre Ranil Wickremesinghe a affirmé qu’il partirait une fois qu’un nouveau gouvernement serait en place.

Les législateurs ont convenu d’élire un nouveau président la semaine prochaine, mais ont eu du mal mardi à décider de la composition d’un nouveau gouvernement pour sortir le pays en faillite de l’effondrement économique et politique.

Les démissions promises n’ont pas mis fin à la crise – et les manifestants ont juré d’occuper les bâtiments officiels jusqu’au départ de leurs principaux dirigeants. Pendant des jours, les gens ont afflué vers le palais présidentiel presque comme s’il s’agissait d’une attraction touristique – en train de nager dans la piscine, s’émerveiller devant les peintures et se prélasser sur les lits empilés avec des oreillers. À un moment donné, ils ont également brûlé la maison privée du premier ministre.

Alors que les législateurs ont convenu, lundi dernier, d’élire un nouveau président issu de leurs rangs le 20 juillet, ils n’ont pas encore décidé qui prendra le poste de premier ministre et remplira le cabinet.

Le nouveau président servira le restant du mandat de M. Rajapaksa, qui se termine en 2024 – et pourrait potentiellement nommer un nouveau premier ministre, qui devrait ensuite être approuvé par le Parlement.

Le premier ministre doit occuper le poste de président jusqu’à ce qu’un remplaçant soit choisi – ce qui ne manquera pas de mettre encore plus en colère les manifestants qui veulent le départ immédiat de M. Wickremesinghe. 

La corruption et la mauvaise gestion ont laissé la nation criblée de dettes, incapable de payer les importations de produits de première nécessité, provoquant le désespoir parmi ses 22 millions d’habitants. Les Sri-Lankais doivent sauter des repas et font la queue pendant des heures pour essayer d’acheter du carburant rare – une dure réalité dans un pays dont l’économie avait connu une croissance rapide et avait une classe moyenne croissante et confortable, jusqu’à ce que la dernière crise s’aggrave.

L’impasse politique a alimenté la crise économique puisque l’absence d’un gouvernement de coalition alternatif menaçait de retarder le renflouement espéré du Fonds monétaire international (FMI). Le gouvernement doit soumettre un plan sur la soutenabilité de la dette au FMI en août avant de parvenir à un accord.

En attendant, le pays compte sur l’aide de l’Inde voisine et de la Chine.

Interrogé pour savoir si la Chine était en pourparlers avec le Sri Lanka au sujet d’éventuels prêts, un responsable du ministère chinois des Affaires étrangères n’a donné aucune indication si de telles discussions avaient lieu.

«La Chine continuera d’offrir son aide dans la mesure où nos capacités permettent le développement social et la reprise économique du Sri Lanka», a déclaré le porte-parole, Wang Wenbin. «En ce qui concerne sa dette envers la Chine, nous aidons les institutions financières concernées à trouver une solution appropriée par le biais de consultations avec le Sri Lanka.»

Mardi, des chefs religieux du Sri Lanka ont exhorté les manifestants à quitter les bâtiments gouvernementaux qu’ils occupent si M. Rajapaksa démissionne comme promis mercredi. Les manifestants ont juré d’attendre que Gotabaya Rajapaksa et Ranil Wickremesinghe aient quitté leurs fonctions. 

Après la prise d’assaut des bâtiments gouvernementaux, «il était clair qu’il y avait un consensus dans le pays sur le fait que la direction du gouvernement devait changer», a expliqué Jehan Perera, directeur exécutif du Conseil national pour la paix du Sri Lanka, un groupe de réflexion.

Des mois de manifestations ont presque démantelé la dynastie politique Rajapaksa, qui a dirigé le Sri Lanka pendant la majeure partie des deux dernières décennies.

Les manifestants accusent le président et ses proches d’avoir siphonné de l’argent des coffres du gouvernement pendant des années et d’avoir accéléré l’effondrement du pays en gérant mal l’économie. M. Rajakpaksa a reconnu que certaines de ses politiques avaient contribué à l’effondrement économique. 

Le président n’avait pas été vu ni entendu depuis samedi, bien que son bureau ait publié des déclarations indiquant qu’il continuait à exercer ses fonctions.

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