Le présumé espion à Hydro-Québec est formellement accusé et reste en détention

LONGUEUIL, Qc — Un employé d’Hydro-Québec de la région de Montréal accusé d’espionnage économique a comparu pour la première fois en cour depuis qu’il a été accusé d’avoir envoyé des secrets commerciaux en Chine, et il demeurera en détention jusqu’à une audience sur une libération sous caution.

Yuesheng Wang, âgé de 35 ans, a comparu lundi devant la Cour du Québec à Longueuil, par vidéoconférence depuis le quartier général de la GRC à Montréal, avec l’aide d’un traducteur.

Ce résidant de Candiac a été accusé d’avoir obtenu un secret commercial au profit de la République populaire de Chine. C’est la première fois au Canada qu’une personne est accusée d’espionnage économique en vertu de la Loi sur la protection de l’information.

M. Wang a également été accusé de trois infractions au Code criminel : utilisation frauduleuse et sans autorisation d’un ordinateur ; obtention d’un secret commercial par la tromperie, le mensonge ou d’autres moyens frauduleux ; et abus de confiance.

Le procureur de la Couronne, Marc Cigana, s’est opposé à la libération sous caution dans le dossier de M. Wang, estimant qu’il présente un risque de fuite.

Les gestes à l’origine des accusations contre M. Wang auraient été commis entre le 1er janvier 2018 et le 22 août 2022, dans le cadre de ses fonctions chez Hydro-Québec. Trois des quatre chefs d’accusation sont passibles chacun d’une peine maximale de 10 ans de prison. L’accusation d’abus de confiance est passible d’une peine maximale de cinq ans.

La GRC allègue que l’accusé a mené des travaux pour des centres de recherche chinois et une université chinoise et qu’il a publié des articles scientifiques et déposé des demandes de brevets au nom de ces établissements plutôt qu’au nom de la société d’État québécoise.

La police a également allégué qu’il avait utilisé des informations sans le consentement de son employeur, portant atteinte à la propriété intellectuelle d’Hydro-Québec.

La GRC a déclaré que son Équipe intégrée sur la sécurité nationale (EISN) avait ouvert une enquête en août après avoir reçu une plainte de la Direction de la sécurité corporative d’Hydro-Québec.

M. Wang, qui a indiqué ne pas parler français et avoir une connaissance limitée de l’anglais, a secoué la tête lorsque les accusations ont été traduites en mandarin pour lui devant le tribunal mardi.

Il a voulu avoir son enquête sur le cautionnement immédiatement, mais son avocat lui a conseillé de retarder la procédure. La juge de la Cour du Québec, Anne-Marie Beauchemin, a ordonné le renvoi de M. Wang dans un centre de détention.

L’affaire a été reportée à vendredi, une séance au cours de laquelle davantage de preuves seront divulguées et les parties discuteront de la planification d’une audience pour une libération sous caution.

Aucun des deux avocats n’a pu dire après l’audience de mardi si M. Wang avait la citoyenneté canadienne.

Wesley Wark, un expert des questions de sécurité nationale et de renseignement, a souligné que l’affaire Wang n’est pas le premier incident d’espionnage économique dans le pays, mais la première affaire à avoir conduit à des accusations en vertu de la Loi sur la protection de l’information, vieille de 21 ans. M. Wark, chercheur principal au groupe de réflexion Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale, a déclaré que le cas était «inhabituel».

«Cela … me semble aussi être une affaire étrange, potentiellement « à portée de main », et je veux dire par là que cela n’implique pas directement un État étranger: il y a l’indication dans la fiche d’information de la GRC que M. Wang agissait au profit de l’État chinois, mais qu’il ne communiquait pas directement avec l’État chinois», a-t-il soutenu.

La définition de «secret commercial» est très large, a dit M. Wark, ce qui peut rendre l’affaire difficile à prouver devant les tribunaux. Il a déclaré que les accusations démontrent qu’une grande partie de l’activité d’espionnage au Canada se déroule en dehors de l’orbite du gouvernement fédéral et au sein du secteur privé.

L’avocat de M. Wang, Gary Martin, a déclaré aux journalistes devant la salle d’audience mardi que les accusations retenues contre son client étaient «sans précédent».

«C’est la première fois que quelqu’un est accusé de ce chef d’accusation au Canada, alors nous verrons ce que le tribunal établira, et nous devons également examiner les preuves qui sont présentées», a-t-il indiqué.

Le service public d’électricité du Québec a déclaré que M. Wang était un chercheur qui a travaillé sur les matériaux de batterie avec le Centre d’excellence en électrification des transports et en stockage d’énergie, connu sous le nom de CETEES.

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