Le présumé néonazi canadien Patrik Mathews, ex-réserviste, est débouté au Maryland

WASHINGTON — Un juge du Maryland a rejeté mardi des requêtes visant à miner le dossier de la poursuite au procès d’un ancien réserviste des Forces armées canadiennes soupçonné d’avoir voulu déclencher une «guerre raciale» aux États-Unis.

L’avocat du présumé néonazi Patrik Mathews avait demandé mardi au juge que la plupart des preuves d’écoute électronique, de courriels et de géolocalisation ne soient pas admises au procès, parce que les mandats de perquisition auraient violé les droits constitutionnels de son client — les enquêteurs, selon lui, n’avaient pas de cause probable suffisante pour recueillir ces preuves.

Me Joseph Balter a également fait valoir qu’une grande partie de l’«odieuse» rhétorique antisémite et haineuse de Mathews pouvait être entendue sur diverses vidéos, enregistrements et discussions en ligne, et qu’elle est protégée par son droit à la liberté d’expression, garanti par le Premier Amendement aux États-Unis.

Le juge du tribunal de district Theodore Chuang n’a pas été de cet avis. Ces éléments, a-t-il conclu, «fournissent la preuve de l’intention de se livrer à des crimes haineux, donc ces conversations ont été correctement enregistrées». 

Me Balter avait également demandé au tribunal d’autoriser son client à subir son procès séparément de son présumé complice dans le complot, Brian Lemley Jr., au motif que certaines des preuves retenues contre celui-ci pourraient être préjudiciables à Mathews et que Lemley pourrait être appelé à la barre. Le juge Chuang a également rejeté cette requête, insistant sur le fait que les deux affaires sont «correctement jointes» et que tout risque de préjudice pourrait être traité au procès.

Mathews, un ancien sapeur de combat de la Réserve, avait disparu de Beauséjour, au Manitoba, en août 2019, à la suite d’informations dans les médias alléguant qu’il était un recruteur pour «The Base», un groupe suprémaciste blanc. Cette organisation vient d’ailleurs d’être ajoutée par le gouvernement canadien à la «liste des entités terroristes du Code criminel», en tant que «groupe extrémiste violent motivé par des raisons idéologiques», comme les «Proud Boys». 

Création d’un «État blanc»

Mathews a été arrêté aux États-Unis cinq mois plus tard, en janvier 2020, avec Lemley et William Bilbrough, dans le cadre d’une enquête plus large du FBI sur le groupe suprémaciste. Les procureurs soutiennent que les trois hommes fomentaient un complot élaboré pour provoquer une «guerre raciale» aux États-Unis. 

Ils accusent Mathews d’avoir préconisé le meurtre de gens, l’empoisonnement de l’eau potable et le déraillement de trains dans le but d’inciter à une guerre civile au nom de la création d’un «État blanc». Ils l’accusent aussi d’avoir planifié des actes violents à commettre pendant un grand rassemblement proarmes en Virginie.

Mathews fait face à quatre chefs d’accusation: deux d’être un étranger en possession d’une arme à feu et deux autres de transport d’une arme à feu à travers les frontières de l’État avec l’intention de commettre un crime.

Me Balter voulait que deux de ces accusations soient abandonnées, au motif qu’elles sont redondantes — Mathews aurait été accusé deux fois pour la même infraction présumée, selon lui. Le juge Chuang a mis sa décision en délibéré. 

Il a aussi déclaré que lors de la prochaine audience sur les preuves à admettre au procès, il examinerait la question de savoir s’il fallait supprimer certaines déclarations de Mathews, qui violeraient, selon la défense, son droit à ne pas s’incriminer.

Son avocat a aussi plaidé mardi que dans leur zèle à cibler les membres de l’organisation «The Base» pour un crime à caractère haineux, les enquêteurs américains avaient outrepassé les limites de la loi et violé le droit de son client à la liberté d’expression.

L’avocat de Lemley, Ned Smock, a plaidé dans le même sens, soulignant qu’une caméra et des micros clandestins n’étaient pas nécessaires, compte tenu de la facilité avec laquelle le groupe a été infiltré par un agent double. En vertu de la loi américaine, on ne peut recourir à des efforts aussi extraordinaires pour recueillir des preuves que lorsque toutes les autres voies ont été suivies et qu’aucune autre option raisonnable n’existe. Or, même un journaliste du Winnipeg Free Press, qui avait révélé les liens de Mathews avec «The Base», a pu pénétrer dans le groupe, a soutenu Me Smock.

«Toutes ces informations auraient pu être obtenues en continuant (…) les opérations d’infiltration», a-t-il plaidé pour contester, en vain, l’admissibilité de ces preuves. 

Le troisième accusé dans cette affaire, William Bilbrough, a plaidé coupable en décembre de deux chefs d’accusation, y compris le transport illégal d’un étranger, et il a admis dans son accord de plaidoyer qu’il était membre de l’organisation suprémaciste «The Base». Il a été condamné à cinq ans de prison.

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