Le prince a probablement approuvé le meurtre de Khashoggi, selon un rapport américain

WASHINGTON — Le prince héritier d’Arabie saoudite a probablement approuvé le meurtre du journaliste américain Jamal Khashoggi à l’intérieur du consulat saoudien à Istanbul, selon un rapport du renseignement américain récemment déclassifié. Le document publié vendredi fait instantanément monter la pression sur l’administration Biden pour que le royaume soit tenu responsable d’un meurtre qui a suscité l’indignation du monde entier.

Les constats des services de renseignement étaient connus depuis longtemps de nombreux responsables américains et, même s’ils restaient confidentiels, ils avaient été rapportés avec des degrés de précision variables.

Mais la réprimande publique du prince héritier Mohammed ben Salmane demeure un point névralgique dans les relations américano-saoudiennes. Il ne fait aucun doute que, tandis que le prince continuera probablement son ascension vers le trône, les Américains l’associeront à jamais au meurtre brutal d’un journaliste qui a promu la démocratie et les droits de l’homme.

Pourtant, alors même que l’administration Biden dévoilait ces nouvelles informations, elle semblait déterminée à préserver la relation saoudienne en évitant de punir directement le prince malgré les demandes de certains démocrates du Congrès et d’alliés de M. Khashoggi pour des sanctions significatives et ciblées.

Questionné par des journalistes, le secrétaire d’État Antony Blinken a défendu la démarche.

«Ce que nous avons accompli par les mesures que nous avons prises, ce n’est pas de rompre la relation, mais de la recalibrer pour qu’elle corresponde plus à nos intérêts et à nos valeurs», a-t-il déclaré. «Je pense que nous devons également comprendre que cela va au-delà d’un seul individu.»

M. Blinken a eu une rencontre virtuelle sur plusieurs enjeux des relations entre le Canada et les États-Unis, vendredi, avec le ministre canadien des Affaires étrangères, Marc Garneau. À la suite de la rencontre, M. Garneau a été questionné par les journalistes canadiens sur le rapport concernant le meurtre de Khashoggi.

«On va examiner le rapport qui a été rendu public aujourd’hui. Il est clair que le Canada demande depuis un certain temps que le royaume de l’Arabie saoudite permette une enquête ouverte et transparente pour arriver au fond des choses concernant ce meurtre affreux de Jamal Khashoggi, (…) qui était aussi une attaque contre la liberté de la presse», a affirmé M. Garneau, rappelant que le Canada a imposé en 2019 des sanctions à l’endroit de 17 citoyens de l’Arabie saoudite.

Bien que les responsables du renseignement se soient abstenus de dire que le prince avait ordonné le meurtre d’octobre 2018, le document de quatre pages le décrit comme exerçant un «contrôle absolu» sur les organisations de renseignement du royaume et affirme qu’il aurait été hautement improbable qu’une opération comme le meurtre du journaliste ait eu lieu sans son approbation.

Le ministère des Affaires étrangères de l’Arabie saoudite a répondu en déclarant que le royaume «rejette catégoriquement l’évaluation offensive et incorrecte du rapport concernant la direction du royaume».

Peu de temps après la publication de ces informations, le département d’État a annoncé une nouvelle politique, appelée «Khashoggi Ban», qui permettra aux États-Unis de refuser les visas aux personnes qui nuisent, menacent ou espionnent des journalistes au nom d’un gouvernement étranger. Il a également déclaré qu’il imposerait des restrictions de visa à 76 personnes saoudiennes qui ont menacé des dissidents à l’étranger.

Le département d’État a refusé de dire qui serait touché en raison de la confidentialité des dossiers de visa. Mais une personne au fait des mesures a affirmé que le prince n’était pas visé. La personne a parlé sous le couvert de l’anonymat en raison de la sensibilité de l’affaire.

Le département du Trésor a également annoncé des sanctions contre un ancien responsable du renseignement saoudien, Ahmad Hassan Mohammed al Asiri, qui, selon les officiels américains, était le chef de file de l’opération.

Par Eric Tucker et Aamer Madhani – The Associated Press

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