Le programme de résidence permanente pour les «anges gardiens» se fait attendre

OTTAWA — Le gouvernement fédéral avait annoncé en grande pompe à l’été un programme visant à accorder la résidence permanente aux demandeurs d’asile travaillant aux premières lignes de la lutte contre la COVID-19, mais il n’est pas encore prêt à recevoir les candidatures.

Le ministre fédéral de l’Immigration, Marco Mendicino, avait dévoilé ce programme en août, afin que ces «anges gardiens» soient reconnus pour leur travail dans le secteur de la santé. Mais impossible pour l’instant de savoir à quel moment les candidats pourront déposer une demande ou espérer recevoir une réponse.

«Le processus de candidature pour cette initiative s’ouvrira dans les mois à venir», a déclaré un porte-parole du ministère de l’Immigration, interrogé à ce sujet cette semaine.

Un ensemble de critères pour déterminer l’admissibilité des demandeurs avait été publié lors de l’annonce, mais le gouvernement est toujours en train de peaufiner les détails.

Parmi ces critères, le candidat doit avoir demandé l’asile au Canada avant le 13 mars et avoir occupé des emplois très spécifiques pendant un minimum de 120 heures entre le 13 mars et le 14 août. Ce critère a immédiatement soulevé des questions, notamment quant à savoir ce qui se passerait si une personne n’atteignait pas les 120 heures parce qu’elle était tombée malade de la COVID-19.

Un porte-parole du ministre a déclaré que le gouvernement voulait s’assurer que le programme soit équitable. «Nous sommes dans les dernières étapes de la définition des détails et des critères», a indiqué Alexander Cohen.

Un autre élément complexe est l’acceptation de ces critères par le gouvernement du Québec, qui exerce un contrôle important sur l’immigration dans la province.

Depuis 2017, des milliers de demandeurs d’asile sont arrivés au Québec après avoir traversé la frontière avec les États-Unis. Cet afflux a exercé des pressions sur un filet de sécurité sociale déjà en difficulté pour les nouveaux arrivants et s’est ajouté à un arriéré croissant de dossiers devant la Commission de l’immigration et du statut de réfugié.

L’Entente sur les tiers pays sûrs

Plusieurs ont accusé le gouvernement fédéral de Justin Trudeau d’avoir perdu le contrôle de la frontière. Les demandeurs d’asile ont pu être admis sur le territoire canadien en vertu d’une disposition de l’accord régissant les demandes de statut de réfugié des personnes entrant au Canada en provenance des États-Unis.

En vertu de l’Entente sur les tiers pays sûrs, en vigueur depuis 2004, le Canada et les États-Unis se reconnaissent mutuellement comme des endroits sûrs où trouver asile. Cela signifie que le Canada peut renvoyer aux États-Unis les réfugiés potentiels qui se présentent aux points d’entrée terrestres, parce qu’ils doivent faire valoir leurs droits dans le pays où ils sont arrivés en premier. Mais une fois qu’une personne se trouve effectivement sur le territoire canadien, la façon dont elle est arrivée n’a pas d’importance. Toute personne se trouvant au Canada peut déposer une demande d’asile.

Au moins 58 625 personnes sont entrées au Canada à travers des passages non officiels depuis 2017 et ont demandé le statut de réfugié. La grande majorité de ces personnes sont arrivées au Québec.

Alors qu’elles attendent une décision sur leur demande — un processus qui peut prendre des années —, bon nombre d’entre elles ont trouvé du travail dans des secteurs jugés essentiels lors de la première vague de la pandémie. Plusieurs oeuvrent dans le secteur de la santé et dans les centres de soins de longue durée, qui ont été durement touchés par la COVID-19.

C’est lorsque leur importance dans la lutte contre le virus a fait les manchettes que certains ont commencé à les appeler les «anges gardiens». Les gouvernements fédéral et provincial ont alors accepté de leur accorder un statut au Canada en reconnaissance de leur contribution.

La porte-parole du Nouveau Parti démocratique en matière d’immigration, Jenny Kwan, affirme que le gouvernement Trudeau doit agir rapidement pour que le programme se mette en branle.

Les demandeurs d’asile ne sont que l’une des nombreuses populations d’immigrants vulnérables dont le travail a été essentiel pour que le pays continue de fonctionner pendant la première vague de la pandémie, souligne-t-elle.

«Il est temps de garantir un statut pour tous», a dit Mme Kwan. 

En juillet, la Cour fédérale a déclaré inconstitutionnels des éléments de l’Entente sur les tiers pays sûrs et a donné au gouvernement six mois pour répondre à cette décision historique.

Les deux parties seront devant le tribunal vendredi pour débattre de l’opportunité de prolonger cette suspension.

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